La Catalogne ou le retour du nationalisme en Europe

Face aux derniers événements en Catalogne, revient à l’esprit un discours du pape Pie XI (1922-1939) prononcé le 24 décembre 1930, dans le contexte d’une Europe issue de la Grande Guerre et d’une crise économique sans précédent. Il définit alors le nationalisme « égoïste et dur” comme “La haine et l’envie au lieu du mutuel désir du bien, la défiance et la suspicion au lieu de la confiance fraternelle, la concurrence et la lutte au lieu de la bonne entente et de la coopération, l’ambition d’hégémonie et de prépondérance au lieu du respect et de la protection de tous les droits, fussent-ils ceux des faibles et des petits. » Ces propos restent d’une grande actualité.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les peuples européens avaient compris le prix du nationalisme qui, pour la seconde fois en moins de trente ans, avait conduit à la guerre. Ils se sont alors engagés dans une construction inédite, celle de l’unité du continent sur la base de la réconciliation des anciens belligérants. Cette construction se fondait aussi sur la démocratie et le respect des droits humains. L’Europe aida l’Espagne à sortir de la dictature franquiste et à construire une véritable démocratie qui reconnaisse toute leur place aux identités régionales. De même l’Europe aida le Portugal et la Grèce à emprunter la voie démocratique, puis elle a accueilli les pays de l’Europe centrale et orientale débarrassées de la dictature communiste. La construction européenne fut une entreprise de raison, dans l’idée qu’il vaut mieux s’unir, que les peuples sont plus forts unis que divisés, que le bien commun exige la confiance, l’amitié, la solidarité.

Aujourd’hui, dans un contexte de Pax europea, se développe une crise difficile à comprendre pour un citoyen européen qui porte une vision rationnelle de l’Europe. La Catalogne est une région prospère, qui jouit d’une large autonomie administrative, politique, culturelle dans le contexte de l’État espagnol, dans le contexte d’une démocratie parfaitement respectueuse des droits humains, dans celui de son intégration à l’Europe. Elle construit du reste un rapport direct de coopération avec d’autres grandes régions européennes comme Auvergne-Rhône-Alpes, la Lombardie et le Bade-Wurtemberg, que l’on appelle les « quatre moteurs de l’Europe ». Dans l’Europe d’aujourd’hui, le nationalisme « égoïste et dur » n’est plus le fait des États, mais de certaines régions. La Catalogne illustre bien les paroles de Pie XI ; la crise actuelle est le fruit d’une haine accumulée durant des siècles, qui nourrit la méfiance et la suspicion, avec une grande difficulté à vivre dans le monde actuel, à dépasser un passé qui appartient au passé, mais que certains ne veulent pas qu’il passe. A Barcelone, l’on parle de la prise de la ville par Philippe V en 1713, comme d’un événement subi l’an dernier. La crise est le fruit d’une manipulation de l’histoire.

Elle est aussi le fruit de l’égoïsme qui refuse la coopération avec les autres régions espagnoles moins prospères, qui refuse la solidarité économique et fiscale avec de plus faibles. Elle est le fruit d’un sentiment de domination culturelle et politique qui fait penser aux Catalans qu’ils sont plus forts que tous, qu’ils n’ont besoin de personne. Jusqu’à renoncer à la langue espagnole. Dans les écoles publiques, l’espagnol n’est plus enseigné que quelques heures par semaine. On comprend la volonté de faire vivre sa propre langue, le catalan est une langue riche, longtemps mise à l’écart il est vrai. Mais est-il raisonnable et juste de priver toute une génération d’une langue comme l’espagnol qui permet de voyager et travailler dans toute une partie du monde ? C’est bien la tentation du repli sur soi, dans une forteresse inexpugnable.

Mais la question catalane, c’est aussi la question espagnole. Au nationalisme catalan, comme au nationalisme basque, s’oppose un nationalisme castillan, avec une véritable guerre des drapeaux nationaux, dans laquelle le drapeau européen réconciliateur avec ses étoiles, est singulièrement absent. Le problème pour l’Europe, c’est que le cas catalan n’est pas isolé. D’autres régions, parmi les plus riches, sont appelées par les populistes à un tel isolationnisme pour se protéger de l’Europe, c’est-à-dire du principe de solidarité entre les régions, en érigeant des frontières, et si celles-ci ne sont pas suffisantes, des murs. Les soi-disant référendums organisés en Lombardie et en Vénétie par les Ligues du Nord en témoignent.

Toute l’histoire de l’humanité enseigne que le nationalisme conduit à la haine et à la guerre. Récemment encore, la dissolution de la Yougoslavie devrait nous y faire penser. La passion peut toujours l’emporter sur la raison.

Quatre-vingt ans après le début de la guerre civile espagnole, les Castillans et les Catalans devraient s’en souvenir. En 1995, Jean-Paul II avec présenté à l’ONU l’idée d’une Charte des Nations. Il invitait chaque nation à « accueillir l’identité du voisin ». Pour lui, il s’agissait d’un devoir conforme au droit naturel et au bien commun, condition pour éviter « ces manifestations pathologiques qui se font jour lorsque le sens d’appartenance prend des tons d’auto exaltation et d’exclusion de la différence, en se développant sous des formes nationalistes, racistes et xénophobes » (Message pour la Paix, 1° janvier 2001).

La situation est devenue extrêmement dangereuse. Il faut d’urgence recoudre le tissu du dialogue. Les partis politiques en paraissent incapables. L’Église catholique, qui reste très proche du peuple en Espagne comme en Catalogne, pourrait assumer cette responsabilité du dialogue comme l’a proposé Jordi Savall, grand musicien, violoniste et violoncelliste. Il est urgent de rompre avec la rancœur, l’incompréhension, l’aveuglement de la passion, pour reprendre la route de la raison et de l’intelligence.

Rubrique : 02. Mémoire et Anciens Combattants

Madame la Rectrice de l’Académie, Madame la Directrice du CHRD, chère Isabelle Rivé, Monsieur le Président de la LICRA, cher Alain Blum, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, Monsieur l’adjoint au Maire du 6° arrondissement, Mesdames et Messieurs les enseignants, Chers élèves,

La fin de chaque année (...)


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Rubrique : 03. Interventipns en séance du Conseil Municipal

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Rubrique : 20. Editos

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Rubrique : 03. Conférences

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Rubrique : 20. Editos

L’Europe a perdu à peu de jours de distance, deux hautes figures politiques et morales, deux personnalités différentes, mais liées par leurs convictions européistes, deux personnalités qui ont été confrontées aux drames de l’Europe du XX° siècle, deux destins européens. Le Président de la République (...)


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Rubrique : 40. Publications

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En coll. avec Thomas Montmessin, Max Biobichon. Un prêtre dans la Cité, Lyon, Libel, 2017, 160 p.


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Rubrique : 02. Mémoire et Anciens Combattants

Monsieur le Préfet représentant Monsieur le Préfet de la région Rhône-Alpes-Auvergne, Préfet du Rhône, Monsieur le Premier adjoint au Maire de lyon, cher Georges Képénékian, Madame la représentante du Président du Conseil Régional, Messieurs les Maire d’arrondissements, Mesdames et Messieurs les élus, (...)


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Rubrique : 35. Mon action au service de Lyon

Madame la représentante de Monsieur le Préfet de Région, Préfet du Rhône (Caroline Gadou), Monsieur le Député-maire du 5° arrondissement, très cher Thomas Rudigoz, Madame l’adjointe au Maire de Lyon, déléguée à la préservation du Patrimoine immobilier, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Directeur (...)


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Rubrique : 20. Articles dans des ouvrages collectifs

« Quand le magistère parle du politique », dans Jean Duchesne (dir.), Dignité et vocation chrétienne du politique, Paris, Parole et Silence, 2017, p. 149-161.

130 notices dans Jean-Dominique Durand et Claude Prudhomme (dir.), Le Monde du Catholicisme, Paris, Bouquins-Robert Laffont, 2017, 1451 p. (...)


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Rubrique : 02. Mémoire et Anciens Combattants

Madame la Représentante de Monsieur le Préfet de Région, Préfet du Rhône, Madame et Messieurs les Parlementaires, Madame la représentante du Président du Conseil régional, Monsieur le Maire du 8° arrondissement, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le représentant du Général, Gouverneur militaire, (...)


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Rubrique : 02. Mémoire et Anciens Combattants

Monsieur le Sous-préfet, représentant du Préfet de la Région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône, Monsieur Pierre Castoldi, Monsieur le Général, Gouverneur militaire de Lyon, Général pierre Chavancy, Monsieur le Grand Rabbin régional, Monsieur Richard Wertenschlag, Mesdames et Messieurs les parlementaires, (...)


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