27 avril 2014 - Journée Nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation
Article mis en ligne le 29 avril 2014 par Jean-Dominique DURAND
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A l’occasion de la Journée Nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation, Veilleur de pierre, dimanche 27 avril 2014

Monsieur le Préfet de la région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône,

Monsieur le Général, Gouverneur militaire de Lyon,

Monsieur le représentant du Général, Commandant de la Région de Gendarmerie,

Messieurs les Présidents des Associations de déportés,

Monsieur le représentant de la Présidente du Conseil Général du Rhône,

Monsieur le représentant du Président de la région Rhône-Alpes,

Mesdames et Messieurs les Consuls,

Messieurs les représentants des Cultes,

Mesdames et Messieurs les élus,

Messieurs les porte-drapeaux,

Mesdames et Messieurs,

Chers enfants qui allez nous aider à déposer les gerbes, et qui représentez notre futur,

 

Nous voici réunis une nouvelle fois en ce lieu emblématique de la souffrance, de la peur, de l’oppression, de la haine, et du courage, de l’héroïsme, du don de soi, de l’amour de la patrie et de la liberté.

Que nous dit ce monument ?

Il nous livre avant tout des noms. Des noms de personnes et des noms de lieux. « Le Nom des morts ne doit pas disparaître, […] les Lieux des morts ne doivent pas disparaître et garder leurs noms à jamais ».

Ces noms, ils sont ceux de cinq personnes, cinq jeunes hommes. Le plus âgé avait 40 ans, le plus jeune, 21. Ils représentaient toute la diversité sociale et idéologique de notre pays. René Bernard, 29 ans, militait au Parti communiste ; Albert Chambonnet, était à 40 ans un officier aviateur gaulliste, chef régional de l’armée secrète puis des FFI, père de cinq enfants ; Francis Chirat, 27 ans, chrétien, militant à la JOC ; Gilbert Dru, 24 ans, le plus intellectuel de tous, chrétien, militant à la JEC, il réfléchissait à l’après-guerre, à la reconstruction de la démocratie ; Léon Pfeffer, 21 ans, était aux FTP-Moi, et combattait au sein du bataillon Carmagnole. Ils avaient été tirés de l’enfer de Montluc pour être abattus ici même, quelques semaines seulement avant la libération de Lyon, le 27 juillet 1944, parce que la veille, dans la nuit, le café collaborationniste « Le Moulin à vent », avait subi une explosion, sans faire de victimes.

Ces noms, ils sont aussi ceux de lieux de massacre, de camps de concentration, de camps d’extermination. Montluc, Saint-Genis Laval, Villeurbanne, Valence, Natzweiler-Struthof, Mauthausen, Ravensbrück, Dachau, Bergen-Belsen, Treblinka, Auschwitz-Birkenau… Et tant d’autres… Il n’est pas possible de les énumérer tous. Ils suggèrent une cartographie lyonnaise, rhodanienne, rhône-alpine, française, européenne de l’horreur. Cette liste constitue une effroyable litanie, qui exprime le mal par excellence que fut le nazisme dont le sinistre manteau étouffa l’Europe. Ou plutôt a voulu étouffer l’Europe ! Le projet nazi était de tuer les juifs d’Europe, et à travers eux de tuer l’âme et l’esprit de la civilisation européenne. Près de six millions de personnes, des bébés aux grands vieillards ont été ainsi tués. Le projet nazi fondé sur le racisme et la haine était de détruire toutes les différences dans nos pays qui sont riches précisément des différences, en faveur d’une uniforme couleur brune : les handicapés, les tsiganes, les homosexuels, les opposants politiques et religieux, tous devaient disparaître.

Ce projet a échoué, parce qu’il s’est heurté à la détermination des nations libres, d’hommes d’État déterminés, pensons à Winston Churchill, et surtout, sur le terrain, localement, à des hommes et à des femmes qui n’ont écouté que leur courage et leur conscience, qui se sont dressés, souvent à mains nues, pour défendre la patrie à terre, pour dire NON à la folie, pour dire NON à l’horreur, pour dire OUI à la liberté, OUI à la fraternité et au vivre ensemble. Ces hommes, ces femmes venaient de tous les milieux sociaux, de toutes les convictions, de toutes les croyances, comme en témoignent ce monument réalisé par Georges Salendre en 1948, et le magnifique poème d’Aragon, La Rose et le Réséda, « Celui qui croyait au Ciel, celui qui n’y croyait pas », c’est-à-dire Guy Môquet, Gabriel Péri, Honoré d’Estienne d’Orves, Gilbert Dru.

Le 14 avril 1954, le Parlement français votait une loi instaurant le dernier dimanche d’avril, la Journée Nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation. « Il importe, lit-on dans l’exposé des motifs, de ne pas laisser sombrer dans l’oubli les souvenirs et les enseignements d’une telle expérience, ni l’atroce et scientifique anéantissement de millions d’innocents, ni les gestes héroïques d’un grand nombre parmi cette masse humaine soumise aux tortures de la faim, du froid, de la vermine, de travaux épuisants et de sadiques représailles, non plus que le cruauté réfléchie des bourreaux. »

Notre Veilleur de Pierre n’est pas là seulement pour nous réunir pour des commémorations régulières, il est là surtout pour nous charger de transmettre une mémoire et aussi et surtout les valeurs de la République qui sont les valeurs humaines de notre ville de Lyon, qualifiée par le général de Gaulle de Capitale de la Résistance, ville Médaillée de la Résistance, ville de courage et de souffrances indicibles, ville où se perpétue la puissance de l’humanisme caractéristique de son histoire.

« Passant, va dire au monde qu’ils sont morts pour la liberté », nous dit notre cher Veilleur.

Pourtant, en janvier dernier, au seuil d’une année 2014 fondamentale pour la transmission de la connaissance de notre histoire au cours du terrible XX° siècle, et peu après la cérémonie du souvenir d’Auschwitz, des malfaisants se sont attaqués à ce lieu sacré, ce sanctuaire de l’indicible, en lui infligeant des inscriptions abjectes. Nous savons hélas que l’histoire peut se répéter. Que rien n’est jamais acquis définitivement, ni la liberté, ni la démocratie. Notre pays est régulièrement secoué par des actes racistes et antisémites, qui prennent les formes les plus insidieuses, qui cherchent à se camoufler même sous les oripeaux d’une soi-disant expression artistique, des actes qui cherchent à blesser au plus profond des sentiments humains, des attentats contre des écoles jusqu’aux profanations de tombes et de lieux de culte. C’est Primo Levi qui disait : « L’idée d’un nouvel Auschwitz n’est certainement pas morte, comme rien ne meurt jamais. Tout resurgit sous un jour nouveau, mais rien ne meurt jamais. »

Cela nous rappelle le devoir qui est le nôtre, le devoir de toutes les générations, de la société tout entière, de défendre sans relâche et sans faiblesse les valeurs pour lesquelles tant d’hommes et de femmes sont morts, pour lesquelles Mesdames et Messieurs les représentants des Associations, vous vous êtes battus. N’oublions jamais que le combat pour la liberté et la démocratie ne prendra jamais fin.

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