11 juin 2014 - Inauguration exposition CHRD
Article mis en ligne le 23 juin 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Premier adjoint, délégué à la Culture, aux Grands événements et aux droits des citoyens, cher Georges Képénékian, Monsieur le maire de Villeurbanne, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Sous-Préfet, Monsieur le général Peraldi, Mesdames et Messieurs les représentants du Rectorat, Monsieur le Directeur des Archives départementales, Monsieur le Directeur de Lyon-BD Festival, Monsieur le co-président du Conseil d’Orientation du CHRD, cher docteur Guillin, Madame la directrice du CHRD, chère Isabelle Rivé, Mesdames et Messieurs, chers amis, Nous venons de visiter une passionnante et émouvante exposition consacrée au Débarquement qui eut lieu le 6 juin 1944 sur les côtes de Normandie. Nous avons pu assister ces derniers jours, par le miracle de la télévision, certains d’entre vous sur place, à la magnifique commémoration qui vient de se tenir, et qui fut une véritable fête du souvenir, mêlant joie et gravité. Ce soixante-dixième anniversaire se devait également d’être commémoré à Lyon, au CHRD, même si l’événement est peu lyonnais, si ce n’est par ses conséquences, une Résistance galvanisée, une population en attente de sa libération, enfin libérée, mais aussi une exacerbation de la répression de la part des nazis et de la milice à leur service, et des bombardements destructeurs. L’idée de cette exposition revient a Antonin Dehays, commissaire de l’exposition, à qui je voudrais rendre hommage. J’ai vu moi-même arriver Antonin dans mon bureau en 2007. Il souhaitait faire un mémoire de Master sur le Débarquement, et il a littéralement débarqué dans mon bureau, avec des cartes et son enthousiasme. J’avoue que j’ai été complètement ébaubi par ses connaissances allant jusqu’au moindre détail, mais également inquiet devant un enthousiasme quelque peu débridé. Comment allai-je parvenir à l’encadrer, à domestiquer une telle fulgurance et le faire entrer dans la rigueur de la recherche historique ? Eh bien il y est parvenu, et il m’a rendu un travail tout à fait exceptionnel, consacré à la petite ville de Sainte-Marie-du-Mont, qui a été publié, ce qui est rarissime pour un mémoire de Master. Il avait même organisé un voyage sur place pour moi-même et les étudiants, et nous avons été tous été subjugués tant par ses connaissances que par son talent immense d’évocation pour faire revivre sur place les événements. Je suis donc particulièrement heureux de le retrouver ce soir, pour saluer un nouveau grand travail, cette fois non plus comme son professeur, mais comme adjoint de Gérard Collomb, chargé notamment de la Mémoire et des Anciens combattants. C’est en effet un beau travail de Mémoire qui est réalisé ici, et d’hommage aux combattants, aux alliés indomptables de la France, venus de Grande-Bretagne, des États-Unis, du Canada et de bien d’autres pays. C’est grâce à ces combattants, à ceux que l’on nomme les Anciens combattants, que nous avons la chance de jouir de la liberté et de la paix. Le choix de proposer des parcours individuels, de faire revivre des personnes est remarquable car il donne au Débarquement toute son épaisseur humaine. Que s’est-il passé le 6 juin 1944, ce fameux D Day, ou Jour J ? Il s’est produit un formidable événement militaire au sein d’une guerre qui avait fini par embraser le monde entier, et dont on ne voyait pas la fin : le débarquement d’une extraordinaire armada, des centaines de milliers de soldats, des milliers de navires de toutes sortes et d’avions se déversèrent sur les côtes de France au petit matin. L’Opération Overlord, immense opération logistique commençait. Ce 6 juin est devenue une date mythique exaltée notamment par le cinéma, le roman et même la bande dessinée . Elle avait été pour tant d’Européens, une date rêvée, une date espérée, une date enfin réalisée. Certes, elle ne marque qu’une étape dans la douloureuse histoire de la Deuxième Guerre mondiale, mais quelle étape ! Plus que les autres débarquements déjà accomplis, au Maroc le 8 novembre 1942, en Sicile le 10 juin 1943, plus encore que les victoires américaine à Midway en juin 1942, Britannique à El Alamein en octobre, les victoires soviétiques à Stalingrad en février 1943 et à Koursk en juillet 1943, le 6 juin reste avant tout un début, le début de tout un processus, dont les contemporains n’ont sans doute pas eu pleinement conscience sur le moment, mais qu’avec le recul de l’histoire de ces soixante-dix dernières années nous pouvons mesurer. Le 6 juin, c’est d’abord le début de la fin de la guerre, le début de la libération de la France, de la Belgique, de la Hollande. C’est le début de la libération de l’Allemagne du nazisme. L’ancien président de la République Fédérale Allemande de 1984 à 1994, Richard von Weiszäcker, l’a dit un jour à propos du 8 mai : cette date marquait pour lui, non pas une défaite, mais une libération, d’un régime de l’horreur, dont le premier peuple victime en Europe fut le peuple allemand. L’évolution des commémorations, dont il serait intéressant de faire l’histoire, confirme ce point de vue : de la célébration entre Alliés ayant participé aux combats de la bataille de Normandie, on est passé, avec François Mitterrand, à des cérémonies internationales, avec la participation précisément des responsables politiques allemands. Dix-neuf pays représentés cette année. C’est que le 6 juin, c’est aussi le début d’une nouvelle histoire de l’Europe, d’une Europe qui allait se fonder sur la paix, la réconciliation, l’amitié, la fraternité. Une Europe qui, née le matin du 6 juin, allait entamer une aventure sans précédent dans l’histoire de l’humanité : surmonter les épreuves du passé, les haines du passé, les ignominies du passé, pour se construire un destin d’unité, non plus imposée par les armes, mais par la libre volonté de ses peuples et dans un cadre démocratique. En ces temps où cette Europe semble à nouveau saisie par les démons du nationalisme, du repli sur soi, par le pessimisme et la peur de l’Autre, alors que nous sommes en cette année 2014, imprégnés du souvenir de deux guerres mondiales effroyables, il faut plus que jamais se souvenir, nous pas pour le plaisir de se souvenir et de se retrouver ensemble, mais pour aller de l’avant, sur ces chemins tracés avec tant de courage par ceux qui, soldats et résistants, civils et militaires, nous ont libérés.

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