17 juin 2014 - Commémoration rue Viala (Lyon 3ème)
Article mis en ligne le 23 juin 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Cher Monsieur André Laroche, Monsieur Vianey Bollier et votre famille, Monsieur Jaillet, Cher Robert Batailly, Madame l’adjointe au Maire du 3°, chère Maud Roy, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de Résistants, Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux, Mesdemoiselles les collégiennes et lycéennes de Vaux-en-Velin, Mesdames et Messieurs, Le 14 septembre 1944, le général de Gaulle qualifiait Lyon de « capitale de la Résistance ». Le décret du 26 novembre 1946, attribuant la Médaille de la Résistance française à la Ville de Lyon reprend cette formule : « Ville héroïque, plaque tournante des réseaux et mouvements. Devint capitale de la Résistance par la volonté et l’abnégation de ses habitants. » Pourquoi un tel honneur ? Le décret le dit en quelques mots : « héroïsme », « volonté », « abnégation », « plaque tournante ». Tous ces termes ont rassemblés et vécus ici, 35 rue Viala, dans cette imprimerie clandestine qui fut attaquée par la gestapo et ses hommes de mains de la milice de Vichy, ses responsables André Bollier, Paul Jaillet, Francisque Vacher assassinés, Lucienne Guézennec blessée et arrêté, le 17 juin 1944, il y a exactement soixante-dix ans. Héroïsme, volonté, abnégation, sont les qualités qui caractérisaient les résistants en général, et particulièrement toutes ces personnes André Bollier, polytechnicien, blessé durant la campagne de 1940, entré en résistance dès 1941, arrêté en mars 1944,torturé, condamné à mort, évadé, il reprend le combat de l’ombre, indomptable. Paul Jaillet, typographe et Francisque vacher photograveur, venaient du Progrès, qui s’était sabordé le 11 novembre 1942, lors de l’invasion de la zone dite libre. Ils n’acceptaient pas. Lucienne Guézennec, la modeste et courageuse secrétaire. « Plaque tournante » dit encore le décret. C’est bien ce qu’était cette maison, d’où sortirent de nombreuses publications de la presse clandestine, en particulier Combat, mais aussi Défense de la France, les Cahiers du Témoignage chrétien des jésuites de Fourvière, et d’autres titres ainsi que des tracts. Cette imprimerie clandestine, grâce à des machines rassemblées par André Bollier, qui avait choisi comme nom de combat, Velin, un nom bien adapté à ses activités, consommait jusqu’à trois tonnes de papier par mois. Très inventif, ll parvenait à se procurer ce précieux papier en inventant une activité grosse consommatrice de papier, un Bureau de recherches géodésiques et géophysiques, qui lui permettait même de faire venir du papier d’Allemagne. Quelle audace ! A partir du 35 rue Viala, les journaux partaient, distribués dans toute la région, et au-delà, dans l’ancienne zone non occupée. Au début de 1944, on sortait plus d’un million d’exemplaires par mois. Quelle organisation ! Bien entendu, cette activité était particulièrement recherchée par la Gestapo. En effet le rôle de la presse clandestine était fondamentale tout au long de l’occupation, pour transmettre des informations, celles que bien évidemment la presse collaborationniste ne donnait pas, pour soutenir le moral des Français. Du reste, ce 17 juin fatidique, on s’activait pour préparer le numéro de Combat consacré au Débarquement. La Libération était proche, désormais. A l’hommage que nous rendons ce soir aux résistants de la rue Viala je voudrais associer la grande figure d’Eugène Pons, autre imprimeur, qui avait réalisé l’exploit de sortir et de distribuer un faux numéro du Nouvelliste le 31 décembre 1943. Il avait été arrêté un mois plus tôt, le 22 mai 1944. La presse était un enjeu majeur : symbole de la liberté bafouée, porteuse des espoirs de libération. Les efforts de l’occupant et de ses séides pour la combattre, hélas parfois avec succès, montre son rôle à la fois dans le combat et très vite dans la reconstruction démocratique du pays. Rendre hommage à André Bollier et à ses compagnons, nous rassembler devant cette maison, c’est aussi saluer l’importance de la presse. Ce n’est pas un hasard si jusqu’à aujourd’hui, elle est la cible de toutes les dictatures. Le 35 de la rue Viale ne cessera jamais de nous rappeler cette valeur fondamentale et intemporelle, qu’est la liberté de la presse. Un bien que nous ne devons jamais laisser dépérir.

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