22 juin 2014 - Journée de la Résistance lyonnaise
Article mis en ligne le 25 juin 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Discours pour la Journée de la Résistance lyonnaise Lyon, Veilleur de pierre, 22 juin 2014 Monsieur le représentant du Préfet de Région, cher Philippe Rivé, Madame la Députée du Rhône, chère Gilda Hobert, Monsieur le représentant du Président du Conseil régional, Monsieur Yann Combrecque, Monsieur le représentant du de Madame la Présidente du Conseil Général, cher Jean-Luc Da Passano, Monsieur l’Adjoint au Maire de Villeurbanne Messieurs les officiers supérieurs représentants le Général commandant la région de Gendarmerie et Monsieur le Gouverneur militaire, Mesdames et Messieurs les Résistants, Combattants de l’Ombre, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de Résistants, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les représentants des cultes, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Chers lycéens et collégiens, chère Lilia Bakir, lauréate du Prix de la Résistance et de la Déportation, Mesdames et Messieurs, Je n’évoquerai pas aujourd’hui les cinq héros de la Résistance lyonnaise exécutés ici même, car je leur rendrai hommage le 27 juillet prochain. Je vous propose en revanche de relire ensemble le grand discours que le général de Gaulle prononça le 14 septembre 1944, du balcon de l’Hôtel de Ville, s’adressant à la foule amassée place des Terreaux. J’en lis un extrait : « Comment dire à Lyon toute l’émotion, toute la gratitude que je ressens dans cette capitale gauloise qui fut ensuite la capitale de la Résistance française et qui est aujourd’hui une très grande ville de notre France couverte de blessures, éclatante dans son honneur et emportée par son espérance. Je dis : couverte de blessures. Pour moi qui vous rends visite à Lyon aujourd’hui, cela éclate aux yeux et au cœur. Nous savons combien de nobles victimes ont été frappées dans votre ville par l’ennemi et quelquefois par les usurpateurs. Je dis : l’honneur de Lyon. Voyons, il suffit qu’on regarde pour savoir de source sûre que ce peuple immense que vous êtes n’a jamais accepté la défaite. Il n’a jamais cru qu’elle était définitive. Il n’a jamais cru que la France était autre chose qu’une grande nation […]. Je dis : l’espérance de Lyon. L’espérance de Lyon, c’est l’espérance de la France. Ah ! Nous avons bien souffert. Vous tous que je vois, combien d’angoisses, combien de douleurs, combien de deuils, combien de larmes représentez-vous pour le service de la France. Eh bien ! L’espérance de Lyon, qui est celle de la patrie, c’est que toutes ces épreuves-là n’aient pas été supportées en vain. Il faut qu’au moins cette fois, après avoir tant souffert, tant lutté, et demain, et demain, après avoir vaincu, au moins cette fois il faut que cela serve à quelque chose. L’espérance de Lyon, c’est celle de tous les fils, de toutes les filles de France, c’est un avenir meilleur. » Le chef de la France Libre, qui dès le 18 juin 1940 appelait à la résistance, « Quoiqu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas », rendit ainsi un hommage singulier à notre cité qu’il qualifiait de « capitale de la Résistance ». Il est vrai que la Résistance à Lyon fut ample, diverse, impliquant des personnes de toutes générations, de toutes origines sociales, des ouvriers, des intellectuels, des étudiants, des patrons, des syndicalistes, des journalistes ; des résistants de toutes origines politiques, des communistes et des chrétiens, et des personnes venues de la droite, et même de diverses origines nationales avec la participation de nombreux étrangers. Cette Résistance lyonnaise fut spirituelle avec les jésuites de Fourvière et le pasteur de Pury, de solidarité dont témoignent les réseaux de sauvetage des juifs avec l’abbé Glasberg et l’OSE. Elle fut une résistance fondée sur le renseignement destiné aux Alliés, sur l’information des populations rôle dévolu à la presse clandestine, pensons à Combat et à l’imprimerie de la rue Viala. Elle fut une Résistance organisée, structurée, grâce à l’action notamment de Jean Moulin. Elle fut une Résistance active, armée, nourrissant de nombreux maquis tout autour de la ville, elle fut une Résistance passive, faite de petits gestes quotidiens, ce que l’historien Jacques Sémelin appelle la « résistance civile ». Tout ceci a fait de Lyon une plaque tournante, plaque tournante du renseignement et de l’information, plaque tournante de l’entraide, de la protection des persécutés et de leur évacuation vers des lieux plus sécurisés, plaque tournante de l’organisation des mouvements de Résistance et de la réflexion sur l’après-guerre, Le décret du 26 novembre 1946, attribuant la Médaille de la Résistance française à la Ville de Lyon insiste sur ce point : « Ville héroïque, plaque tournante des réseaux et mouvements. Devint capitale de la Résistance par la volonté et l’abnégation de ses habitants. » Que signifie « résister » ? La définition, on l’a vu, ne se réduit pas à une seule action, la Résistance est multiforme. Mais toutes les formes de Résistance se rassemblent autour de l’idée de refus, de la volonté de se tenir debout et de l’espoir de construire un monde nouveau. Refus patriotique de la défaite, refus politique de la dictature, refus humaniste de l’exclusion et des persécutions. Volonté de se tenir debout face à l’adversité, de défendre la dignité de la personne humaine partout et toujours. Construire un monde nouveau, « un avenir meilleur » disait le général de Gaulle qui parlait de « l’espérance de Lyon ». Car la Résistance, ce ne fut pas seulement un combat, ce fut aussi une réflexion sur l’avenir, quelle société pour demain, quelle paix préparer ? Ce fut le magnifique travail de préparation du futur par le Conseil National de la Résistance fondé le 27 mai 1943. Résister reste d’actualité. Il est réconfortant de voir de nombreux élèves des lycées et des collèges se mobiliser chaque année pour le Concours national de la Résistance, et rendre des travaux remarquables. Il est vrai que rien n’est définitivement acquis. La démocratie, la liberté, la justice sociale, dont nous jouissons aujourd’hui grâce au sacrifice des résistants, sont des biens fragiles. L’antisémitisme s’affirme à nouveau publiquement et sans complexe, le nationalisme revient et affirme sa volonté d’exclure, de refuser les différences et même de détruire la construction européenne, qui a garanti à notre pays et à nos voisins une longue période de paix, inédite dans leur histoire. Les circonstances qui ont poussé tant de Lyonnaises et de Lyonnais à résister entre 1940 et 1945 ont disparu avec la fin de la guerre. Le contexte a bien changé, pourtant ces raisons fondamentales – le refus de ce qui remet en question la dignité humaine, la volonté de se tenir debout, l’espérance d’un monde de paix - restent vivantes et pertinentes aujourd’hui.

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