20 juillet 2014 - Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France
Article mis en ligne le 27 juillet 2014 par Jean-Dominique DURAND
Imprimer cet article logo imprimer {id_article}

Monsieur le Directeur de Cabinet, représentant du Préfet de la Région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône, Monsieur Jean-Louis Amat, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le vice-président du Conseil Général du Rhône, Monsieur Jean-Luc Da Passano, Mesdames et Messieurs les élus, Messieurs les officiers supérieurs représentant le Gouverneur militaire et le Général commandant la Région de Gendarmerie Monsieur le Grand Rabbin régional, Monsieur Richard Wertenschlag, Monsieur le Président du Consistoire israélite de Lyon, Monsieur Marcel Dreyfuss, Madame la Présidente du CRIF, Madame Nicole Bornstein, Mesdames et Messieurs les représentants des Cultes, Monsieur le Président de l’Amicale des Anciens Déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie, cher Benjamin Orenstein, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de Déportés et de Résistants, Madame la Directrice du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, chère Isabelle Rivé, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs, Il y a quelques jours, le 29 juin, vous inauguriez, chère Nicole Bornstein, Présidente du CRIF, avec Madame Chuzeville, Présidente du Conseil Général du Rhône, et avec Arno Klarsfeld, une plaque posée sur la façade du Collège Jean Monnet, impasse Cathelin. Là, se trouvait la Milice qui, aux ordres d’un État qui se disait français, traquait juifs et résistants. Là, le 29 juin 1944, trois semaines après le débarquement allié en Normandie, le chef milicien Paul Touvier préleva sept hommes pour les faire fusiller à Rillieux-la-Pape. Pourquoi ces sept hommes-là ? Qu’avaient-ils en commun ? Quel était leur crime ? Ils étaient nés juifs ! La gestapo n’était pas présente impasse Cathelin, seulement la milice de Vichy, des Français, aux ordres d’autres Français. Nous avons tous en mémoire les terribles images des rafles de l’été 1942, notamment celles de la rafle du Vel d’Hiv : des policiers français qui font la chasse aux familles, aux vieillards comme aux bébés et aux petits enfants, pour les prendre chez eux, les entasser dans des autobus parisiens, conduits par des employés français, et les conduire au Vélodrome d’Hiver surveillé par des policiers français. A titre de comparaison la rafle des juifs de Rome, le 16 octobre 1943, fut réalisée par les SS et seulement par les SS. C’est dire l’immense responsabilité du régime de Vichy et de son chef, le maréchal Pétain. Longtemps, cette réalité a été occultée, ou sous-estimée, au nom de la réconciliation nationale. Des mythes se sont mis en place dès la Libération, celui d’une soit-disante entente tacite entre le général de Gaulle et le maréchal, le premier maniant l’épée, le second le bouclier, le mythe aussi de la Nation unanime dans la résistance. Ces mythes ont pu perdurer un temps parce que les historiens ont rencontré des difficultés à travailler sur cette période. Le choc des travaux de l’historien américain Robert Paxton en 1973 a été grand et a permis de reprendre les dossiers à frais nouveaux tout en bénéficiant de l’ouverture plus libérale des archives nationales, départementales, municipales, diocésaines. De ce point de vue il convient de rendre hommage, ici à Lyon, au cardinal Albert Decourtray qui invita une commission d’historiens, présidée par le grand historien René Rémond, à répondre aux questions posées par l’Affaire Touvier. Il ouvrit avec une grande libéralité les archives de l’Église. Les travaux de cette commission ont permis de mieux cerner les responsabilités du chef de la Milice dans l’organisation de la répression. Mais il fallut attendre le 16 juillet 1995 pour que le Président de la République Jacques Chirac, reconnaisse officiellement que l’ignominie avait été aussi le fait de Français, d’individus et des institutions contrôlées par le gouvernement de collaboration. Ce fut une libération de l’esprit. Oui, une libération de l’esprit. Pourquoi ? Pour deux raisons. D’abord parce qu’un peuple ne peut pas bâtir son avenir sur des illusions ou sur des mensonges. La démocratie a besoin de vérité, même si elle est difficile à admettre et à vivre, car la vérité libère la vérité rend libre, et permet de regarder devant soi. La deuxième raison, c’est que la connaissance historique et la reconnaissance officielle du racisme d’État et de la complicité de Vichy dans l’accomplissement du Crime par excellence qu’est la Shoah, permettent de souligner a contrario l’héroïsme de ceux qui dans l’anonymat et la modestie ont pris des risques pour sauver des juifs persécutés. C’est le monde des Justes, ce monde si divers composé d’hommes et de femmes aux origines géographiques, sociales, idéologiques, religieuses différentes. Leurs motivations étaient très diverses. Pour certains il s’agissait simplement de tendre la main spontanément à des réprouvés, d’autres agissaient au nom de leur sentiment patriotique, d’autres encore se voulaient en accord avec leur foi religieuse ou leur conviction politique. Tous entendaient refuser l’ignominie, tous entendaient déchirer l’ignoble toile de complicité dans laquelle Vichy cherchait à insérer l’ensemble du peuple français. Les Justes montrent que la Résistance, c’était aussi accomplir des actes de la vie quotidienne comme l’a bien montré l’historien Jacques Sémélin, par exemple ouvrir sa porte ou dire non, refuser d’obéir. Le refus des ordres reçus lorsqu’ils sont indignes et exigent un sursaut de la conscience. A un Maurice Papon, haut fonctionnaire enfermé dans sa logique aveugle, nous pouvons opposer à Lyon l’exemple du général de Saint-Vincent, gouverneur militaire de Lyon. Dans l’été 1942, il refusa de mettre l’armée au service de ceux qui organisaient la déportation des juifs du camp de Vénissieux. Il fut destitué le lendemain même de son refus, ce qui lui permit du reste d’entrer dans la Résistance active. Son NON montre que si tous les fonctionnaires de France avaient refusé d’appliquer les Statuts des juifs imaginés par Vichy, le mécanisme du Crime aurait moins bien fonctionné. Nous savons avec les travaux de Serge Klarsfeld, qu’une multitude de protestations de la conscience, de « Non », et de mains anonymes tendues ont permis de sauver des milliers de personnes. Nous avons entendu il y a un instant les noms de ces héros qui sont l’honneur de notre pays. Entre 1940 et 1944, la haine raciale a failli tuer la République. Il est de notre responsabilité de poursuivre le combat contre ce poison qui détruit insidieusement le vivre ensemble, le respect des différences, la solidarité. La haine à nouveau, mine la communauté nationale, nous l’avons vu avec effroi à la veille de la Fête nationale, le 13 juillet, à Paris avec des attaques d’une violence extrême contre des synagogues. Cette responsabilité, elle est collective, elle est éminemment politique. Notre maire, président du Grand Lyon, Gérard Collomb, le disait à la Grande Synagogue de Lyon, le 22 juin, à l’occasion de son 150° anniversaire : « Ne pas se dérober à notre responsabilité : cette exigence reste d’une actualité brûlante. Nous vivons aujourd’hui, en France et en Europe, une période particulièrement troublée. Une période au cours de laquelle, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a vu, impuissante, des enfants assassinés parce qu’ils étaient juifs. Une période au cours de laquelle, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a entendu crier dans les rues de Paris des slogans négationnistes et antisémites. En ce lieu où la mémoire des heures noires de notre histoire restent vives, je veux redire notre détermination, ma détermination à poursuivre le combat que nous menons contre l’antisémitisme, contre le racisme et la xénophobie, contre cette haine qui tue et menace jusqu’aux fondements mêmes de notre République. »

Dans la même rubrique :

29 janvier 2017 : Discours à l’occasion du 72° anniversaire de la Libération des camps nazis Veilleur de Pierre
le 29 janvier 2017
par Jean-Dominique DURAND
06 octobre 2016 : Discours à l’occasion du Congrès national de l’Association des membres de la Légion d’Honneur décorés au péril de leur vie - Hôtel de Ville de Lyon
le 6 octobre 2016
par Jean-Dominique DURAND
13 septembre 2016 : Discours à l’occasion du dévoilement d’une nouvelle plaque mémorielle Prison Saint-Paul / Université Catholique de Lyon
le 13 septembre 2016
par Jean-Dominique DURAND
13 septembre 2016 : Discours à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Regards sur la Grande Guerre 1914-1919 - Salle Edmond Locard
le 13 septembre 2016
par Jean-Dominique DURAND
27 juillet 2016 : Discours en hommage au Fusillés de la place Bellecour - Lyon
le 27 juillet 2016
par Jean-Dominique DURAND
17 juillet 2016 : Discours à l’occasion de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France
le 17 juillet 2016
par Jean-Dominique DURAND
03 février 2016 - CHRD Lyon - Discours pour l’inauguration de l’exposition "Rêver d’un autre monde"
le 4 février 2016
par Jean-Dominique DURAND
02 février 2016 - collège Vendôme (Lyon) - Discours pour l’inauguration d’une exposition sur la Bande dessinée et la Grande Guerre
le 2 février 2016
par Jean-Dominique DURAND
31 janvier 2016 - Veilleur de pierre (Lyon) - Commémoration de la Libération des camps nazis
le 31 janvier 2016
par Jean-Dominique DURAND
27 juillet 2015 : Discours en hommage au Fusillés de la place Bellecour
le 27 juillet 2015
par Jean-Dominique DURAND
puce Contact puce Espace rédacteurs puce squelette puce RSS puce Valid XHTML 1.0 Strict
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V2
Version :