11 septembre 2014 - Hommage à Marius Vivier-Merle et aux syndicalistes CGT résistants - Gare de la Part-Dieu
Article mis en ligne le 11 septembre 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Directeur régional des gares de la SNCF, Monsieur le Secrétaire général de l’Union Départementale de la CGT, Monsieur Pierre Coquan, Monsieur le Président de l’Institut d’Histoire Sociale du Rhône, cher Charles Ramain, Madame l’adjointe au maire du 3° arrondissement déléguée à la Mémoire et aux Anciens Combattants, chère Maud Roy,

Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les Militants syndicaux, Mesdames et Messieurs,

Bien souvent, lorsque je me déplace en train, je m’arrête, avec une émotion toujours renouvelée et intacte, devant les plaques rappelant le sacrifice des nombreux cheminots qui, entre 1940 et 1944, se sont dépensés sans compter pour sauver l’honneur de notre pays enfoncé dans la collaboration. Ils ont sauvé également l’honneur de la SNCF, grande entreprise nationale fondée au temps du Front Populaire en 1937, contrainte par la Convention d’armistice du 22 juin 1940, de se soumettre aux ordres de l’occupant. Ces plaques, nous demandent de ne pas oublier tous ceux qui ont accepté de se sacrifier pour que vive la République : 800 cheminots exécutés, 1200 déportés, 2300 tués au cours des combats ou des bombardements. Parmi les quatorze militants de la CGT du Rhône morts en luttant, assassinés ou déportés, six étaient des agents de la SNCF. Ces chiffres traduisent l’enjeu qu’ont représenté les gares et les voies ferrées, objets de surveillance étroite de la part des autorités allemandes et de leurs complices français, et cibles des bombardements alliés. Ces chiffres traduisent également le sens des responsabilités des cheminots, dont beaucoup avaient une grande tradition de militantisme dans des organisations syndicales puissantes – en premier lieu, la CGT, qui, frappée durement pas la mesure d’interdiction qui la frappe en novembre 1940 et par la répression, surmonte ses divisions d’avant-guerre en avril 1943 par les Accords du Perreux, et devient de plus en plus efficace. Plus que d’autres corporations, les cheminots par leur sens de la solidarité, leur formation, leur encadrement, leur présence sur des lieux stratégiques, ont su réagir face à l‘occupation. On les retrouve dans les réseaux, notamment dans Libération-Nord et bien sûr dans Résistance-Fer. Ils sont actifs dans le refus du STO, dans la transmission d’information, dans des actions de sabotage, mais aussi avec des gestes souvent modestes mais parfois essentiels, de solidarité de base avec les persécutés, notamment les déportés, en recueillant au long des voies, des messages pour les transmettre aux familles. C’est ce que l’historien Jacques Sémelin appelle la Résistance civile. Parmi les héros dont la CGT peut s’enorgueillir, on compte notamment son secrétaire de l’Union Départementale du Rhône de 1922 à sa mort le 26 mai 1944, et membre de son bureau clandestin sous l’occupation, Marius Vivier-Merle. Lyon l’a honoré en donnant son nom à l’une de ses principales artères, et la SNCF l’honore également en la gare de la Part-Dieu. Il était un syndicaliste ferme et réformiste pour défendre les salariés face à un patronat récusant les droits sociaux au temps du Front Populaire, pour affirmer l’indépendance syndicale face aux gouvernements comme face aux partis politiques. Dés le début du gouvernement Vichy, il s’opposa à la Charte du Travail, à l’envoi de travailleurs français en Allemagne. Il fut arrêté et placé en résidence surveillée, mais plongea dans la clandestinité à l’automne 1942. Il entra dans la Résistance, fut membre du Comité directeur du mouvement Libération-Sud et du Bureau confédéral clandestin de la CGT, tandis que s’organisait la résistance des cheminots à Lyon, comme à Oullins et à Vénissieux. Au cours d’une réunion dans le quartier Berthelot, frappé par le bombardement du 26 mai 1944 qui visait la gare de Perrache, Vivier-Merle trouva la mort, enseveli dans les décombres. Il était sous-lieutenant des Forces Françaises Combattantes. En lui rendant hommage le 7 juillet 1945, lors de son inhumation au cimetière de La Guillotière, Édouard Herriot déclara : « Nous avions ensemble préparé la construction de cette Bourse du Travail qui offre aux ouvriers lyonnais un lieu de délibération vraiment digne, et jamais nous n’avions eu ensemble, je le dis parce que c’est la vérité, le moindre incident, le moindre heurt. Il était doux, ce qui est une manière d’être fort, et peut-être la meilleure. Il était si honnête, il était si sincère que ma confiance allait à lui. » Avec lui, trois autres membres de la direction de la CGT du Rhône se sont sacrifiés en 1944. Nous leur rendrons hommage dans un instant en dévoilant une plaque rappelant leur sacrifice au siège de l’Union Départementale du Rhône : Louis Aulagne abattu au cours d’une tentative d’évasion, Georges Chazeau fusillé, Antonin Dumas mort en déportation. Avec de nombreux syndiqués et militants syndicaux, ils témoignent de ce que la classe ouvrière a apporté à la Résistance. Se souvenir d’hommes tels que Marius Vivier-Merle et de ses compagnons, c’est rappeler la force de l’engagement et du courage, d’un courage non belliqueux mais ferme, comme le disait Herriot, fondé sur des convictions. C’est rappeler ce que la République doit à ces hommes et à ces femmes qui se sont sacrifiés pour que les valeurs républicaines soient préservées. Le monde est à nouveau confrontés au retour d’une vraie barbarie que l’on avait cru éteinte en 1945 ; notre pays se trouve lui-même confronté au racisme et à l’antisémitisme, avec des actes et des hurlements que l’on croyait appartenir à un passé révolu. La bête immonde est toujours là, prête à se repaître des difficultés économiques et des tensions sociales qu’elles font naître. Le souvenir vivant de la Résistance dans sa diversité politique, religieuse, sociale, exprimée par le Conseil National de la Résistance, telle que la résument le Veilleur de Pierre de la place Bellecour et le poème d’Aragon, Celui qui croyait au Ciel, celui qui n’y croyait pas, est un devoir pour faire face aux défis d’aujourd’hui. C’est pour cette raison que, en charge de la Mémoire de notre ville auprès de Gérard Collomb, mais aussi comme historien, je ne peux que féliciter et remercier les institutions comme la CGT à travers son Institut d’Histoire Sociale, et la SNCF, qui ouvrent leurs archives à la recherche historique afin de permettre la connaissance indispensable à la compréhension de notre temps et d’armer les esprits contre des formes de retour à un passé dont nul humaniste ne veut. Le combat que nous avons à conduire tous ensemble aujourd’hui, n’est pas celui de nos prédécesseurs entre 1940 et 1944, nul ne peut se comparer à eux. Pourtant il n’en est pas moins d’une importance majeure.

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