4 septembre 2014 - Hommage au général Diego Brosset
Article mis en ligne le 4 septembre 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le représentant de Monsieur le Préfet de la région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône, Monsieur Philippe Rivé, Madame la Députée, Madame Dominique Nachury, Monsieur le représentant de Madame la Présidente du Conseil Général, Monsieur Jean-Jacques David, Monsieur le Général Pierre Chavancy, Gouverneur militaire, Monsieur le Maire du 6° Arrondissement, Monsieur Pascal Blache, Mesdames et Messieurs les élus, en particulier Monsieur Hervé Brun, adjoint chargé du Devoir de Mémoire et des Anciens Combattants, Monsieur André Laroche, grand Officier de la Légion d’Honneur, Monsieur le Général Jean Brun, Président du Comité Départemental de Liaison Des Associations d’Anciens Combattants du Rhône, Mesdames et Messieurs les représentants des associations de Résistants et de Déportés, Madame la représentante du Secrétaire Général du Corps consulaire, Madame la vice-consule d’Italie, Monsieur le vice-consul de Turquie, Monsieur le Grand Rabbin, Monsieur le Recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, Monsieur Henri Brosset, fils du Général Brosset dont la présence nous honore particulièrement, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Chère Maîtrise des Petits chanteurs de Saint-Marc, cher Nicolas Porte, Chers élèves du Collège Vendôme, Lucie et Clémence, lauréates du Concours de la Résistance et de la Déportation,

Hier, 3 septembre, nous avons célébré la libération de Lyon. Lyon, capitale de la Résistance, Lyon, capitale de la souffrance et du courage de la France, Lyon capitale aussi de l’ignominie de la collaboration et d’une occupation féroce, était libérée ! Lyon était libre ! Lyon, était libérée par l’action conjointe de la Résistance – nous avons entendu hier avec émotion, la voix d’Alban Vistel – et des armées alliées, dont l’armée du général de Lattre de Tassigny. C’est le général Diego Brosset, qui, à la tête de la I° Division Française Libre, le premier entra dans Lyon, et s’empara de l’Hôtel de Ville, symbole des libertés communales. Cette victoire était le fruit de la coopération entre l’armée libre débarquée le 15 août en Provence, et l’armée de l’ombre, les Forces Françaises de l’Intérieur. Diego Brosset, comme le général de Lattre, et tous leurs compagnons, étaient porteurs des valeurs de la République, et il s’attacha en tout premier lieu à restaurer la loi et l’ordre. Diego Brosset, est un enfant du pays, originaire de Rillieux, bien que né à Buenos Aires. Héros de la Première Guerre mondiale, condamné à mort par contumace par un tribunal militaire Vichy en 1940 pour avoir rallié le général de Gaulle. Il était un officier hors norme, engagé comme simple soldat en 1916, il avait franchi toutes les étapes de la carrière militaire, grade après grade. Officier méhariste en 1922, il a parcouru le Sahara. Affecté à l’État-major de de Gaulle, il servit ensuite en Syrie, en Libye, en Tunisie, puis en Italie et participa à la libération de Rome. Ce fut ensuite le Var, Toulon et Hyères, la vallée du Rhône, Lyon. Et encore Autun, le Jura, Belfort. Dans une lettre à son épouse, il se décrivait ainsi : « J’entraîne ma Division comme une compagnie. Je saute sur les chars en marche, j’engueule Pierre et Paul, je dis merde aux obus et on avance. Je ne serai jamais un vrai général mais ma division est une vraie division ». Le général Juin parlait de lui comme d’un « chef jeune, ardent, intrépide ». Il était bel et bien un vrai général. On l’imagine arriver place des Terreaux et grimper les marches de l’Hôtel de Ville au volant de sa jeep. Hélas, il se tua quelques semaines plus tard, le 20 novembre, sa jeep se renversant à Champagney, dans la Haute-Saône. Il avait 46 ans. Apprenant sa mort, le général de Gaulle écrivit : « Jamais je n’ai eu du général Brosset autre chose que des preuves éclatantes d’ardeur, de noblesse de cœur, de désintéressement, de dévouement à son devoir et à tous ceux qui dépendaient de lui. «  Le jour même, il le fit Compagnon de la Libération. Ce meneur d’hommes, ce baroudeur, cet officier sans peur, était aussi un intellectuel, un homme de grande culture. Le général de Saint-Hillier qui était en 1943-1944 son chef d’Etat-major a dit de ce chef charismatique : « Il faudrait un volume pour dire ce qu’était le général Brosset, une encyclopédie pour dire ce qu’il savait, une bibliothèque pour contenir ce qu’il disait ». Fasciné par les civilisations, lui qui commanda une armée constituée de soldats venus de tout l’Empire, il se diplôma à l’École des Langues orientales. Il parlait l’arabe et l’azer, une antique langue du Sahara, sans compter bien d’autres langues européennes. On trouve cette réflexion dans ses Carnets : « Nous saurons aimer d’une même ardeur les joies de l’esprit et celles du corps, l’action et la méditation, ne pas plus sacrifier les femmes aux philosophes que les mathématiciens à la bonne chère, comprendre Einstein mais aussi un chef berbère, Stendhal, Freud et un Toucouleur, pénétrer Mozart ou Bach et conduire sa troupe au combat, mener du même cœur son cheval, un flirt, sa voiture, son savoir et son esprit critique, s’apprendre à courir, à nager, comprendre l’Angleterre, l’URSS, la Chine, la chasse à la baleine, la théorie des quanta, en bref saisir la vie, posséder Dieu, ne pas craindre de mourir, mais moins encore, mais moins surtout, de vivre ! » Il publia en 1935, un roman largement autobiographique dédié au Sahara, Sahara, un homme sans l’Occident, réédité en 1946 avec une préface de son ami Vercors. C’était le livre d’un officier méhariste peu ordinaire, nullement une défense de la colonisation. Il prenait en compte le point de vue du colonisé, c’est-à-dire de l’Autre. Un magnifique texte, réédité en 1991, porté à l’écran par Raymond Depardon en 2002. Nourri des lectures du philosophe juif Henri Bergson et du philosophe catholique Jacques Maritain, il était ouvert aux autres, à l’altérité, à toutes les altérités. Lecteur des romanciers, notamment Proust et Gide, et des poètes, en particulier Baudelaire et Rimbaud sur lesquels il fit une conférence à Alep en janvier 1943, il était lui-même poète à ses heures. Grand soldat, grand sportif – champion de France militaire du 800 et du 1500 mètres, escrimeur et gymnaste de haut niveau -, Diego Brosset avait une profonde vie intérieure. Il écrivait à propos du désert : « Le désert est un cloître, mais un cloître immense, silencieux, quoique clair et ouvert au plein ciel, comme ceux des chartreux les plus sévères ; Comme nos studieux aînés, je décompose mon temps entre l’étude et la méditation. Mes modèles sont Psichari et Foucauld, mais l’inspiration qui fournissait à leur réflexion une pâture n’est pas la mienne. Ma méditation, souvent religieuse en son essence, ne l’est pas dans son but et ne le sera pas en ses résultats. Jamais je ne sens ma raison se diriger vers une croyance ; bien au contraire, le doute s’affirme en moi seule certitude. » Notre libérateur, vous l’avez compris, Mesdames et Messieurs, était bien un homme d’exception. Un soldat, un républicain, un patriote, un humaniste, un homme de combat dans tous les sens du terme. C’est pourquoi la Ville de Lyon est fière d’avoir fait de l’ancienne avenue du général Brosset l’une des plus belles places de Lyon. La rénovation, voulue par notre maire, Gérard Collomb, en a fait un ensemble piétonnier remarquablement équilibré alliant le végétal au minéral, où chacun trouve sa place, les enfants comme les promeneurs ou ceux qui se plaisent à prendre un verre sur les terrasses. Ce bonheur de vivre, nous le devons au général Brosset et à ses compagnons, et à tous ceux qui se sont battus pour que vivent les libertés, pour que vive la République !

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