François, un Pape venu d’Assise
Article mis en ligne le 17 octobre 2013 par Jean-Dominique DURAND
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Le 13 mars 2013 un nouveau pape a été donné à l’Église et au monde, un pape qui semble avoir surpris bien des observateurs. Il vient de loin, « du bout du monde » a-t-il dit lui-même, de la lointaine Argentine. En fait il vient doublement de loin, de l’Amérique latine et de la Compagnie de Jésus. Une double « première fois » : premier pape latino-américain, premier pape jésuite de l’histoire. Il ajoute une troisième « première fois » : le choix de son nom de pontificat, François, qui claque non comme un étendard, mais comme un message adressé au monde. Dans notre monde en crise, dans notre Europe à la démocratie malade, qui se meut dans une crise existentielle violente et dans une crise dramatique de l’intelligence, le pape François semble bien venir d’ailleurs, peut-être d’une autre planète. Son élection sereine et rapide tranchait alors à Rome avec ce qui se passait au Parlement, où le monde politique, toujours plus séparé du peuple, se délecte des poisons de la crise ministérielle, Quelle différence de ton et d’ambiance de part et d’autre du Tibre ! Il faut s’arrêter aux tous premiers gestes et aux toutes premières déclarations du pape François, pour saisir la dimension spirituelle mais aussi éminemment politique de la papauté qu’il incarne aujourd’hui. On peut retenir notamment le tout premier geste public du balcon de la basilique Saint-Pierre : l’appel au silence et à la prière, la récitation avec la foule d’un Pater et d’un Ave ; l’homélie de la messe d’intronisation du 19 mars, devant les représentants des États du monde entier, avec l’appel à la bonté et au service, avec ces deux phrases clé destinées à faire réfléchir les puissants : « Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, de la tendresse » et « le vrai pouvoir est le service ». Face à la cacophonie médiatique de nos sociétés postmodernes, face à une classe politique qui se coupe des réalités, à nos démocraties déliquescentes, aux pouvoirs de domination, notamment celui de l’argent, ces appels sonnent comme des avertissements lancés à un monde déboussolé. François ne condamne pas, il n’exprime aucune parole de défiance ; il se contente de faire l’éloge de l’humilité, du silence, du service, de la bonté, de la tendresse, toutes ces valeurs que nos sociétés rejettent, en rappelant que « la haine, l’envie, l’orgueil souillent la vie », et donc conduisent à l’impasse. C’est la civilisation de l’amour, définie autrefois par Paul VI, qu’il propose à travers notamment la famille, qu’il définit ainsi : « les époux se gardent réciproquement, puis comme parents ils prennent soin des enfants et avec le temps aussi les enfants deviennent gardiens des parents ». Ainsi se construit la chaîne du temps. François, c’est l’esprit d’Assise qui a soufflé sur le pontificat de Jean-Paul II : esprit de prière, esprit d’amour pour les pauvres, esprit de paix, esprit de dialogue, esprit d’universalité. C’est un nom « si universel et si fascinant », a écrit le cardinal Roger Etchegaray. Le pape s’inscrit donc dans une spiritualité qui vient du cœur de la vieille Europe, et même du cœur de l’Italie, tout en empruntant sa formation ecclésiale à saint Ignace. Mais il est argentin. A la vision du monde héritée de saint François, il ajoute son vécu de latino-américain, tout comme Jean-Paul II portait en lui son vécu de Polonais, sa confrontation aux totalitarismes, et Benoît XVI, son vécu d’Allemand confronté au nazisme dans son enfance. Le choc politique de la dictature, le choc social de la pauvreté et des écarts de niveau de vie, le choc théologique de la théologie de la libération, tout cela a marqué l’homme par delà sa formation de jésuite et sa spiritualité franciscaine. L’Église confirme à travers lui le déplacement de son centre de gravité vers le Sud du monde. Depuis quelques années, on a pu observer que de nombreuses congrégations religieuses d’origine européenne se sont donné des responsables généraux venus de ce Sud où le catholicisme trouve désormais son dynamisme. Aujourd’hui, c’est la tête même qui bascule. L’événement est considérable. Faut-il y voir une révolution ? Il est difficile, quelques semaines seulement après cette élection, d’en mesurer toutes les conséquences. Les journalistes, surpris dans un premier temps, fascinés par cette extraordinaire capacité de l’Église à se renouveler, suivent de près les paroles et les gestes du nouveau pape. Peut-on parler d’une « révolution des petits gestes » comme le journal La Croix ? « Marcher, édifier-construire, confesser » a dit le pape dans son homélie à la chapelle Sixtine, devant les cardinaux, le 14 mars. Tel est le programme. Dans d’autres interventions, il a parlé de « témoigner », « annoncer », « adorer », « aller vers ». Visiblement, il aime exprimer sa pensée à travers des verbes de mouvement, qui invitent au courage et à l’action. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? En fait le pape François s’inscrit aussi, par-delà les styles personnels, dans une continuité dont témoigne précisément le choix de son nom : la simplicité dont beaucoup s’étonnent, l’attention aux pauvres jusqu’à se rendre dans les prisons, le thème de la civilisation de l’amour, l’inscription du pontificat dans le diocèse de Rome dont le Souverain Pontife est l’évêque, la fidélité au concile Vatican II, la défense de la paix, la préoccupation du dialogue avec tous, tout cela est désormais le patrimoine commun des papes qui se sont succédé depuis Jean XXIII. Très probablement, procèdera-t-il à une réforme de la Curie romaine dont les dysfonctionnements exaspèrent tant les Églises locales, qui paraît de plus en plus inadaptée aux exigences du monde d’aujourd’hui, de même que la mise en œuvre d’une meilleure collégialité apparaît nécessaire. Sans doute la clé du pontificat se trouve-telle dans la culture personnelle du cardinal Bergoglio, nourri de toute une littérature française très présente en Amérique Latine, mais amplement oubliée en France : sa citation de Léon Bloy lors de son homélie de la chapelle Sixtine, au cours de sa première messe célébrée en tant que pape, la messe Pro Ecclesia, « Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable » témoigne de l’exigence du pape François, à l’égard de lui-même comme de l’Église, contre toute forme de mondanité, où l’on retrouve saint François d’Assise, mais aussi, jamais loin de Bloy, Jacques Maritain, Georges Bernanos, ou Charles Péguy.

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