19 septembre 2014 - Le 7 rue des Marronniers, lieu de Mémoire de la Formation professionnelle, de la Jeunesse et de la Culture
Article mis en ligne le 19 septembre 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur Directeur de Cabinet de Monsieur le Préfet de Région, Monsieur le Directeur Régional des Affaires Culturelles, Monsieur le Président de la Région Rhône-Alpes, Madame la vice-présidente, Monsieur le vice-président du Conseil Général, Madame la vice-présidente du Grand-Lyon, Monsieur le Maire du 3° arrondissement, cher Thierry Philip, Monsieur le Maire du 2° arrondissement, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Président de la SEPR, Monsieur le Président de la Fédération régionale des MJC, Madame la Présidente et Monsieur le Directeur du Théâtre des Marronniers, Mesdames et Messieurs,

Nous nous trouvons ici en haut-lieu de la mémoire culturelle mais aussi politique de notre ville, mais aussi, au-delà, de notre région et de notre pays.

Mémoire culturelle, c’est une évidence. La formation professionnelle, l’éducation, la jeunesse, le théâtre se mêlent ici, au 7 rue des Marronniers, unissent le présent et le passé.

Je voudrais insister sur la mémoire politique. Au milieu du XIX° siècle, parler de formation professionnelle, d’éducation des classes populaires, permettre à des personnes de s’élever dans la société par le travail, un travail bien fait, un travail maîtrisé, c’était un acte politique face à la révolution industrielle qui se contentait d’un prolétariat réduit à des conditions de vie effroyables et d’une classe de possédants qui possédaient tout. Quelques années plus tôt un journal conservateur parlait des ouvriers comme des « barbares », à quoi le Lyonnais Frédéric Ozanam répondit par ce cri : « Passons aux barbares ! ». Nous sommes bien là dans l’acte politique le plus éminent, celui qui se met au service de tous, notamment des plus faibles, au service du bien commun. Mon collègue Philippe Dujardin a bien montré le lien entre l’initiative de créer la Société d’Enseignement Professionnel du Rhône, et les Saint-simoniens dans leur idéal d’une société harmonieuse. En 1864, il était temps de fonder la SEPR, qui s’installa ici même de 1867 à 1895, et qui se trouve aujourd’hui sur la friche Berliet, rue Professeur Rochaix. L’instruction devait se propager, devait concerner tout le monde. Significative des résistances rencontrées est cette remarque de François Barthélémy Arlès-Dufour : « quelques voix craintives ou incrédules ont exprimé des doutes au sujet de l’influence de l’instruction sur le sort des ouvriers, et des ouvriers ont répondu qu’autant vaudrait douter de l’influence heureuse du soleil ». Il s’agissait, disait Auguste Perdonnet, président de l’Association polytechnique, de « délivrer le peuple du joug le plus intolérable, du joug de l’ignorance ».

Le 19 septembre 1944, autre acte éminemment politique. Seize jours seulement après la libération de Lyon, cinq jours après le fameux discours du général de Gaulle prononcé depuis le balcon de l’Hôtel de Ville, où le chef de la France Libre désigna Lyon comme « Capitale de la Résistance », un homme politique, élu député du Rhône en 1936, André Philip, un des rares parlementaires à avoir refusé les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, membre du Comité Français de Libération Nationale (le CFLN), fondait ici même la République des jeunes. Il le fit avec des représentants des mouvements de jeunesse, des syndicats, d’organismes professionnels, des professeurs. Cette structure très originale, fédérative, devait déboucher par la suite sur les Maisons des Jeunes et de la Culture. C’était le début d’une nouvelle politique en faveur de la Jeunesse, fondement de la France nouvelle. Un projet politique audacieux dans un pays où la jeunesse avait particulièrement souffert. La Résistance se poursuivait ainsi dans le souvenir du sacrifice de tant de jeunes gens qui s’étaient engagés dans les mouvements de résistance, dans les maquis ou en combattant dans les rangs de la France Libre. Un mois et demi auparavant, le 27 juillet, plusieurs d’entre eux étaient tombés a deux pas d’ici, place Bellecour. Et n’oublions pas les milliers de jeunes juifs dans un premier temps arrachés à leurs écoles et à leurs lycées par la législation de Vichy, puis envoyés à la mort dans les conditions les plus effroyables. La IV° République naissante, inspirée par le Conseil National de la Résistance et par des hommes comme André Philip, a su le proclamer dans son préambule : « La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ». Dans le contexte d’aujourd’hui, où l’actualité française et internationale pourraient nous porter au pessimisme, l’éducation, l’instruction, la formation renouvelée au cours de la vie, la culture notamment à travers les spectacles vivants comme le théâtre (il est impressionnant de lire la liste des 235 créations réalisées au théâtre des Marronniers depuis 1985, avec une grande attention aux jeunes artistes), constituent des leviers d’une importance majeure pour lutter contre ce poison antirépublicain qu’est la haine de l’autre, le refus des différences, le nationalisme, les peurs alimentées par ce que l’on appelle le populisme qui n’est qu’une résurgence de l’esprit de Vichy. La Ville de Lyon, avec notre maire Gérard Collomb ne cessera de combattre ces maux sur le terrain de la culture, qui est bien aussi un terrain politique dans son sens le plus noble de l’action au service de la Cité. Merci à la SEPR, à la Fédération régionale des MJC et au Théâtre des Marronniers de le rappeler avec force.

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