17 octobre 2014 - Colloque Vieux-Lyon 1964 – 2014 – 2064
Article mis en ligne le 17 octobre 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Madame la Présidente de Renaissance du Vieux-Lyon, chère Véronique Nether, Monsieur le Directeur régional des Affaires culturelles, Monsieur le Maire du 5° arrondissement, cher Thomas Rudigoz, Mesdames et Messieurs les élus, de Lyon et d’ailleurs, Madame l’adjointe au Maire de Bayonne, Monsieur l’Architecte des Bâtiments de France, Mesdames et Messieurs les responsables d’associations, Mesdames et Messieurs les participants au Colloque, Mesdames et Messieurs,

J’ai le plaisir et la joie de vous accueillir en l’Hôtel de Ville de Lyon, au nom de notre Maire, monsieur Gérard Collomb, pour une Rencontre qui fera date en cette année 2014, année du 50° du 50° anniversaire de l’inscription du Vieux Lyon en Secteur sauvegardé, suite au décret signé le 12 mai 1964 par André Malraux, ministre de la Culture. C’était le premier Secteur sauvegardé de France, première mise en oeuvre de la loi du 4 août 1962, qui porte son nom, la Loi Malraux. Quatre autres secteurs sauvegardés furent établis par la suite dans la même année 1964, à Sarlat (27 août), Troyes (21 septembre), Avignon (8 octobre), et Paris, quartier du Marais (21 décembre).

La loi Malraux tient en deux brefs articles. Elle avait pour but, a dit son auteur dans le discours fameux qu’il prononça le 23 juillet 1962 devant l’Assemblée Nationale, à la fois d’éviter la disparition de quartiers historiques sous les coups de démolisseurs agissant au nom de la modernisation des villes, et de requalifier le patrimoine historique, architectural et urbain. La grande nouveauté de la loi peut se résumer en quatre verbes : identifier, sauver, protéger, adapter. Identifier dans les villes non plus des monuments exceptionnels isolés, comme le prévoyait la loi sur les monuments historiques du 31 décembre 1913 (une église, une belle maison, une tour…) mais un quartier avec sa cohérence historique, architecturale et j’ajouterais, humaine. Sauver, c’est-à-dire résister aux pressions de ceux, maires, architectes, promoteurs, qui veulent moderniser la ville, rationnaliser, dresser de hauts immeubles, tracer des voies nouvelles, développer le trafic automobile, en supprimant des quartiers devenus vétustes. Protéger, c’est-à-dire donner les armes juridiques et financières pour garantir l’avenir des quartiers identifiés. Adapter, c’est-à-dire moderniser les logements, rendre les quartiers identifiés conformes aux exigences de la vie moderne en termes de confort, d’hygiène de sécurité. Il s’agissait, « au nom de l’avenir », disait Malraux, de répondre aux projets de rénovation urbaine nombreux à l’époque, qui tenaient en deux verbes, détruire et reconstruire. En ce sens, Malraux fut prophète. Il déclarait : « Les nations ne sont plus seulement sensibles aux chefs d’œuvre, elles le sont devenues à la seule présence de leur passé. Ici est le point décisif : elles ont découvert que l’âme de ce passé n’est pas faite que de chefs d’œuvre, qu’en architecture un chef d’œuvre isolé risque d’être un chef d’œuvre mort ».

André Malraux peut être considéré comme un bienfaiteur de la Lyon. C’est pourquoi je peux vous annoncer que Gérard Collomb a décidé d’honorer cet immense ministre de la Culture de 1959 à 1969, grand écrivain constamment engagé dans les combats de son temps, notamment en faveur de la République en Espagne puis contre le nazisme, à qui l’on doit aussi la création des Maisons de la Culture, de l’Inventaire général du Patrimoine culture, sans oublier le rayonnement de la culture française à travers le monde. Son nom sera donné à un jardin du 5° arrondissement, aux Minimes, actuellement en pleine réhabilitation.

C’est bien dans le respect de l’esprit de la loi de 1962, que la Ville de Lyon œuvre en faveur de son secteur sauvegardé : il ne s’agit certes pas d’en faire un quartier-musée figé dans le passé, comme on peut le voir ailleurs en Europe (pensons à Venise ou à Dubrovnik). Le Vieux Lyon est au contraire un quartier plein de vie, inséré dans le secteur reconnu comme Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, aux activités culturelles et artistiques nombreuses, une présence touristique importante (le quartier le plus visité de Lyon), mais aussi avec de vrais habitants. Lorsque l’on traverse le Vieux-Lyon, on croise des familles, et des enfants nombreux aux heures de rentrée ou de sortie des écoles. Gérard Collomb a toujours veillé aussi à ce que le Vieux Lyon jouisse d’une réelle mixité sociale avec une présence significative de logements sociaux. Le Vieux-Lyon doit rester un quartier vivant et mixte. C’est pourquoi notre Journée, qui ne manque pas d’ambition puis qu’elle entend traiter 100 ans de vie, les 50 passés, les 50 futurs, s’articule en deux versants, « vivre en secteur sauvegardé » et « vivre le secteur sauvegardé ». Tout est là, dans ces deux mots, « en » et « le ». C’est toute l’intelligence de cette rencontre, de l’articulation du programme proposé, avec des échanges entre des expériences diverses selon les lieux (Lyon, Poitiers, Troyes, Bayonne), et selon les expertises (architectes, historiens, urbanistes, politologues, etc…). Il ne s’agit pas seulement de revenir sur un beau passé, mais de se confronter à d’autres expériences et de regarder sans peur l’avenir.

Je tiens à saluer l’action exemplaire que mène depuis 1946, l’Association Renaissance du Vieux-Lyon qui s’est tant battu pour sauver d’abord, puis transformer et faire prospérer ce magnifique quartier. Malraux parlait de « résurrection » à propos de ces quartiers. Renaissance du Vieux-Lyon a dû se battre parfois contre des maires et contre certains architectes. Aujourd’hui on peut parler d’une grande confiance entre l’Association et la Ville, dans une belle complémentarité entre la municipalité et le tissu associatif. Je veux rendre hommage ici à tous ceux qui se sont impliqués dans le passé pour parvenir à un tel résultat, qu’il s’agisse des responsables de Renaissance du Vieux-Lyon, Denis Eyraud, Régis Neyret, des architectes, Didier Repellin, Jean-Gabriel Mortamet, des responsables politiques Jacques Moulinier adjoint au maire de Lyon, Yves Bruyas au Conseil Général, et surtout Bernadette Isaac-Sibille, comme maire du 5°, sans oublier Bernard Villeneuve à l’OPAC du Rhône. Sans ces pionniers, sans ces visionnaires, nous ne jouirions pas de ce joyau merveilleux qu’est le Vieux-Lyon.

Il me reste à remercier une nouvelle fois les organisateurs de cette Journée et à vous souhaiter un bon et fructueux travail.

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