03 novembre 2014 : Inauguration de l’exposition La Grande Guerre sur le front italien Archives municipales
Article mis en ligne le 3 novembre 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Consul Général d’Italie, Monsieur l’adjoint au maire de Villeurbanne chargé de la Mémoire et des Anciens combattants, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le général, représentant Monsieur le Gouverneur militaire de Lyon, Madame la Directrice des Archives municipales de Lyon, Monsieur le Président de DACI – Discendenti dei Reduci Italiani di Lione, Monsieur le Président des Friulani du monde, Chère Irène Batailly, qui représentez Robert Batailly souffrant, Messieurs les porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs,

Je tiens à remercier tous ceux qui ont eu l’idée de cette exposition consacrée à La Grande Guerre sur le front italien, qui vient en quelque sorte prolonger l’exposition encore visible sur les Italiens à Lyon, et tous ceux qui ont su la mettre en œuvre. Chacun connaît mes affinités avec l’Italie, et je connais bien les régions où le conflit a fait tant de ravages. J’ai fait des recherches pour ma thèse à Udine, à Gorizia et dans toute la région, je me rends deux à trois par an à Trento, je connais les extraordinaires montagnes des Dolomites, et aussi la région de la Carnia et Tarvisio, et même la petite ville de Pieve Tesino et le Museo Casa Natale d’Alcide De Gasperi. C’est au grand homme d’État italien que j’ai consacré mon tout premier article publié dans une grande revue scientifique italienne, Storia contemporanea, dirigée alors par le grand historien Renzo De Felice. Je me trouve donc profondément ému par cette exposition, non seulement parce que je connais les lieux, parce que j’ai franchi le Piave, « il fiume Piave, sacro alla Patria », mais aussi parce que je crois connaître un peu cette histoire des guerres en tant qu’historien. Nous évoquons aujourd’hui la Première Guerre mondiale, en raison de son centenaire, mais, mais lorsque l’on évoque cette région, il ne faut pas oublier la Deuxième Guerre, ces régions du Trentino, du Friuli-Alto Adige et de la Venezia Giulia, ont connu des occupations effroyables (je vous renvoie au roman du grand écrivain frioulan Carlo Sgorlon, L’Armata dei fiumi perduti, Prix Strega en 1985), et n’oublions pas le sort de milliers d’Italiens de l’Istrie, jetés dans les foibe par les communistes du maréchal Tito.

Emportée par la folie nationaliste, et par ses revendications territoriales sur le Trentino Trieste et l’Istria, l’Italie, dont la population était pourtant profondément divisée, entra en guerre le 24 mai 1915. La guerre italienne fut conduite avant tout contre l’Autriche-Hongrie, les opérations militaires se concentrant dans les zones montagneuses du Nord-Est, Trentino et Friuli, où les conditions de combat en altitude furent très éprouvantes. Après de rudes épisodes comme la défaite de Caporetto en septembre 1917, la victoire fut acquise à Vittorio Veneto le 29 octobre 1918, et le 4 novembre, l’Autriche-Hongrie demanda l’armistice, une semaine avant l’Allemagne. Les italiens se sont également battus en France. Dès le début du conflit, dès août 1914, des volontaires formèrent la Légion garibaldienne avec Peppino Garibaldi, qui se mit au service de la France, à l’image de son grand-père Giuseppe Garibaldi qui était venu se mettre au service de la République française et avait fondé une légion de volontaires pour se battre sur les Vosges. Parmi les volontaires de la Légion Garibaldienne, se distingua Lazzaro Ponticelli, décédé en 2008 à 110 ans. Par la suite, l’armée française fut soutenue par les Truppe Ausiliarie Italiane in Francia (TAIF), chargées de travaux logistiques, et surtout en 1918 par le 2° Corps d’Armée. Commandé par le général Alberico Albricci, sa contribution aux offensives dans l’été 1918, fut déterminante pour la victoire finale. Plus de 130.000 soldats italiens se sont battus en Argonne, au Chemin des Dames, à Verdun. 10.000 d’entre eux reposent dans les cimetières italiens de Bligny (Marne) et de Soupir (Aisne). Certains, blessés, sont venus mourir à Lyon, ville hôpital, en 1918 et 1919. Ils sont enterrés au cimetière de La Guillotière, où Édouard Herriot a voulu offrir à l’Italie un morceau de terre lyonnaise afin d’accueillir leurs dépouilles. Pour les honorer, les soyeux milanais et les Italiens de Lyon et de la région ont offert un grand monument en marbre de Carrare, la Grande Madre, inauguré en 1925 pour le dixième anniversaire de l’entrée en guerre de l’Italie. Il représente une allégorie de la Patrie-mère, incarnée par une femme, à laquelle le soldat-fils tend en mourant, la flamme de la vie. Nous nous y sommes recueillis hier. Comme les autres pays belligérants, l’Italie sortit exsangue du conflit : avec plus 600.000 morts, et plus d’un million de blessés, dont 410.000 invalides, le pays avait connu une véritable saignée, d’autant plus sensible que sa participation au conflit avait été plus courte qu’ailleurs. Et l’on sait quel drame moral et quelles souffrances masquent les chiffres. Le pays sortait de la guerre également complètement déstabilisé sur le plan économique, avec une explosion de la dette publique, mais aussi sur le plan social et politique. L’on sait dans quel aventure totalitaire le pays sombra, conséquence de la guerre.

La leçon fut méditée et retenue par l’un des hommes d’État les plus remarquables que l’Italie ait connu au XX° siècle, Alcide De Gasperi. Ce Trentino, cet homme des frontières, qui savait pour l’avoir vécu dans sa chair, le caractère relatif des frontières, la cruauté des passages des armées en campagne, l’inutilité des conflits, se fit avec ses amis le Lorrain Robert Schuman et le Rhénan Konrad Adenauer, eux aussi des hommes des frontières, l’un des plus ardents promoteurs de la construction européenne. Il se disait lui-même patriote européen, lui qui était né citoyen autrichien, qui avait déjà engagé une carrière politique à Vienne, pour devenir italien en 1919, âgé de 38 ans, et poursuivre une nouvelle carrière politique à Rome. Lui est quelques autres, de la même génération, qui avaient connu l’horreur de la guerre, de ce que le pape Benoît XV dénonça comme l’inutile strage, le massacre inutile, puis qui connurent les désastres des traités de paix de 1919 et l’Europe des totalitarismes, ont su léguer à nos générations la mission de construire une Europe de paix dans laquelle les responsabilités de la France et de l’Italie sont à la hauteur des sacrifices consentis il y a cent ans.

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