La Première Guerre mondiale, un échec pour les chrétiens
Article mis en ligne le 23 novembre 2014 par Jean-Dominique DURAND
Imprimer cet article logo imprimer {id_article}

En cette année 2014, on commémore le centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale, mais même dans les milieux catholiques, on ne songe guère à rendre hommage à l’encyclique du pape Benoît XV, Ad Beatissimi Apostolorum, publiée le 1° novembre 1914. Pourtant ce texte majeur souligne bien l’enjeu que représente la guerre qui a éclaté quelques mois auparavant pour les chrétiens, c’est-à-dire un échec majeur qui tend à nier les apports de l’Évangile à l’humanité. Car pour le pape, cette guerre qui oppose des nations chrétiennes, qui s’annonce comme un effroyable massacre, représente un terrible échec pour la paix, notamment pour les chrétiens.

Une marche à la guerre que nul n’arrête Depuis des années, les nations européennes se préparaient à un conflit, préparation psychologique à travers une propagande systématiquement dirigée contre la nation voisine, définie comme l’Ennemi et à travers l’école qui devaient former les futurs soldats et les futures méres, épouses et filles de soldats ; préparation économique et militaire pour tendre tous les efforts vers la guerre. Lorsque retentit le coup de feu qui tua l’archiduc François-Ferdinand et son épouse à Sarajevo, le 28 juin 1914, le processus qui conduisit à la guerre générale en quelques semaines s’est révélé irréversible. Résonnèrent alors peu de paroles de paix et beaucoup de paroles bellicistes et de haine. Les hommes de paix furent isolés, exclus, voire assassinés comme le socialiste Jean Jaurès. Celui-ci avait prononcé le 25 juillet à Lyon, ce qui devait être son dernier discours, où il dénonçait les responsabilités de tous les États y compris la France, et l’abomination que serait cette guerre moderne. L’internationalisme socialiste fut tenu en échec. Mais la dimension fraternelle par delà les nations portée par le christianisme fut elle aussi tenu en échec. L’encyclique de novembre 1914 comme les appels pontificaux à la paix répétés durant tout le conflit, tout comme les efforts diplomatiques du Saint-Siège, ne furent pas entendus par les catholiques, qui adhérèrent en masse aux Unions sacrées et à l’effort de guerre général. La même observation peut être faite du côté protestant à propos de l’archevêque luthérien d’Uppsala en Suède, Nathan Söderblom, dont l’Appel de décembre 1917 ne fut pas entendu dans le monde protestant.

L’esprit nationaliste plus fort que l’Évangile L’esprit nationaliste fut plus fort que l’Évangile. Dans tous les pays en guerre, les chrétiens voulurent montrer qu’ils étaient de bons citoyens, de vrais patriotes, et répondre par le sang versé aux accusations portées par les militants laïcs. En France, les religieux qui avaient été spoliés et chassés du pays en 1903, revinrent en masse pour porter les armes. En ce sens, la Première Guerre mondiale ne fut pas seulement une guerre impérialiste, mais elle fut aussi, d’une certaine manière, une guerre religieuse, car les religions chrétiennes furent mobilisées au service de la guerre, pour bénir les armes comme pour soutenir le moral des troupes vouées à « un massacre inutile » selon l’expression du pape. Jusqu’à la fin, jusqu’au 11 novembre 1918, les voix appelant à la paix restèrent non écoutées.

« L’Allemagne paiera ! » Le problème, c’est qu’au moment de la préparation des traités de paix, ont prévalu encore les principes de vengeance : humiliation des vaincus, leur désignation comme responsables exclusifs de la guerre, imposition de réparations à un niveau qui devait les maintenir pour longtemps dans la misère (« l’Allemagne paiera ! »), démantèlement des empires multinationaux où les peuples vivaient ensemble au profit de nouveaux États aux nationalismes exacerbés. La paix de Clémenceau fut une paix désastreuse qui allait entretenir rancoeurs, haines et peurs de l’autre. Un nouvel échec pour les chrétiens : la voix de Benoît XV qui fustigea une paix fondée « sur une forêt de baïonnettes » ne fut pas entendue.

A la recherche d’une Europe nouvelle Pourtant peu à peu, sous l’effet de la prise de conscience du désastre humain que fut la guerre, des voix nouvelles s’élevèrent, soutenues par le magistère du pape Pie XI, qui fit du combat pour la paix une priorité de son pontificat, en distinguant l’amour que l’on doit à sa patrie, valeur positive, du nationalisme destructeur. En France, Marc Sangnier promut la réconciliation franco-allemande à travers la jeunesse. Peu à peu, bien des chrétiens firent une lecture de l’Évangile, comme porteur d’une autre vision des relations internationales, aimer son prochain s’appliquait aussi aux peuples. Pourtant, il fallut attendre un autre drame épouvantable, à nouveau la surenchère des nationalismes et des haines, pour que des hommes d’État chrétiens puissent imposer après 1945, une autre vision de l’Europe, fondée sur la réconciliation, et surtout sur l’identification d’un destin commun. La vraie paix ne serait plus fondée sur des traités de paix toujours fragiles et remis en question au gré des gouvernements, mais sur des solidarités nouvelles : ce serait la mise en commun du charbon et de l’acier, ces produits qui constituent la base des armements. Ce serait la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. « L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre », déclarait Robert Schuman le 9 mai 1950 . En écho, le 11 novembre dernier, les évêques européens en pèlerinage à Verdun ont déclaré : « Si à l’aube du XX° siècle, les destinées des nations en Europe avaient été entremêlées, la Première Guerre mondiale n’aurait pas eu lieu ». Cette affirmation souligne la responsabilité des chrétiens et leur nécessaire vigilance face aux passions nationalistes.

puce Contact puce Espace rédacteurs puce squelette puce RSS puce Valid XHTML 1.0 Strict
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V2
Version :