02 décembre 2014 : Discours à l’occasion de la plantation d’une bouture du « marronnier d’Anne Frank » Place Marc Aron
Article mis en ligne le 2 décembre 2014 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Maire du 3°, cher Thierry Philip, Monsieur l’Adjoint au Maire délégué aux Espaces verts, cher Alain Giordano, Mesdames et Messieurs les élus, Chère Madame Aron, chère Madame Simone André, Messieurs les représentants des Cultes, Monsieur le Directeur Académique adjoint, Mesdames et Messieurs les enseignants, Chers élèves, Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui est jour d’émotion. Nous plantons un arbre. Pas n’importe quel arbre. La bouture d’un arbre qui avait grandi librement dans un jardin d’Amsterdam. Un arbre, un vieil arbre, de près de 150 ans. Symbole de vie. Un arbre observé par une jeune fille de 13 ans qui n’a plus de droit à la vie. Recluse. Enfermée parce qu’elle est juive. Parce que les tenants d’une idéologie abominable ont décidé que les juifs n’ont pas droit à la vie. Que les enfants juifs n’ont pas le droit de grandir, de s’épanouir, de devenir des adultes, de transmettre à leur tour la vie. Parce qu’à travers toute l’Europe, d’Amsterdam à Kiev, de Cracovie à Izieu, les nazis traquent les juifs, les arrêtent, les déportent. Ils arrêtent, déportent et font mourir dans des conditions abominables de grands vieillards comme des petits enfants. Pendant ce temps, la vie continue. Un arbre dans un jardin d’Amsterdam vit de saison en saison, perd ses feuilles à l’automne, se couvre de fleurs au printemps, des feuilles au vert tendre, puis au vert plus profond lui viennent, ses marrons font la joie des passants aux premiers froids, ses fleurs égaient les regards aux premiers signes de réchauffement. C’est la vie. De cette vie, une jeune fille en est privée, comme des milliers, des centaines de milliers des millions d’autres enfants et adolescents. Parce qu’ils sont juifs. Certains comme Anne Frank, en sont réduits à regarder cette vie, enfermés, empêchés de sortir même dans un jardin, parce que c’est trop dangereux. Elle aperçoit cette nature qu’elle ne peut plus approcher. L’arbre, lui, il n’est pas juif. Alors il est libre. Il peut verdir, se couvrir de « petites grappes fleurs » comme le note Anne le 18 avril 1944, alors qu’elle est enfermée déjà depuis 18 mois. La durée infinie de son enfermement lui permet de noter une évolution : « il est beaucoup plus beau que l’an dernier », 13 mai 1944. Arrêtée avec toute sa famille le 4 août 1944, alors que l’Allemagne est en pleine débacle sur tous les fronts, déportée à Auschwitz, puis transférée à Bergen Belsen, elle y meurt en février ou mars 1945. L’arbre lui survit. D’année en année, il continue à vivre, à vieillir tranquillement, jusqu’à se trouver déraciné par une tempête en août 2010. Mais il continue à vivre. Près de 150 boutures ont été faites, et replantées à Amsterdam même, et un peu partout dans le monde, à Paris, à Washington, à Jérusalem, aujourd’hui à Lyon. Cet arbre est précieux. Une jeune prisonnière, victime de la haine, l’a admiré. Il nous dit les souffrances de ces milliers, de ces centaines de milliers, de ces millions d’enfants et de jeunes gens qui n’ont pas eu le droit de vivre parce qu’ils étaient juifs. Il nous dit le prix de la liberté. Il nous dit notre devoir aujourd’hui de lutter contre les doctrines de haine. Notre devoir de nous mobiliser pour tous les enfants et les jeunes privés à travers le monde de leur jeunesse par d’autres doctrines de haine. Je vous invite à avoir une pensée en particulier pour les jeunes filles chrétiennes kidnappées au Nigeria, à l’âge qu’avait Anne Frank lorsqu’elle a dû renoncer à sa liberté.

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