10 mars 2015 : Inauguration de l’exposition Rajak Ohanian Alep 1915 – Témoignages
Article mis en ligne le 10 mars 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Président de la Fondation Léa et Napoléon Bullukian, Monsieur Jean-Pierre Claveranne, Monsieur le Premier adjoint au Maire de Lyon, Adjoint délégué à la Culture, aux Grands Événements et aux Droits des citoyens, Monsieur Georges Képénékian, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Vice-Consul d’Arménie à Lyon, Monsieur Vaner Harutyunyan, Monsieur le Président du Centre National de la Mémoire Arménienne, Monsieur Jules Mardirossian, Madame la Directrice du C.N.M.A., Madame Katia Boudoyan, Monsieur le Président du C.C.A.F. du Rhône, Monsieur Michael Cazarian, Monsieur le Président de la Mission 20125 Rhône-Alpes, Monsieur Raffi Krikorian, Monsieur le Directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon, Monsieur Gilles Éboli, Cher Monsieur Rajak Ohanian, cher Maître, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Il y a quelques jours, avec Georges Képénékian, nous inaugurions une exposition de dessins du camp de Terezin, à l’occasion du 70° anniversaire de la libération des camps nazis. Aujourd’hui nous ouvrons une série de rencontres, d’actes culturels, de commémorations pour nous souvenir qu’il y a cent ans, débutait le génocide des Arméniens dans l’empire ottoman. Le XX° siècle a été le siècle de massacres inouïs, de génocides, un siècle de fer et de sang. Les Arméniens en ont payé le prix fort. Dès la fin du XIX° siècle, entre 1894 et 1896, 200 à 300.000 d’entres eux ont été tués. Un massacre dénoncé à la Chambre des Députés française, par Jean Jaurès. Il s’écria : « Nous en sommes venus au temps où l’humanité ne peut plus vivre avec, dans sa cave, un peuple assassiné. » Pourtant, le pire était à venir. Il y eut de nouveaux massacres en 1909 en Cilicie, puis le génocide, planifié, organisé, mis en œuvre systématiquement. Entre 1915 et 1920, un million et demi de personnes de tous âges disparurent : les deux-tiers de la population arménienne. Ce génocide fut le premier d’une longue série de crimes contre l’humanité. Je ne parle pas des massacres de masse dont le siècle dernier a vu la multiplication, comme celui de Nankin en décembre 1937, mais de massacres à but génocidaire pensés, organisés, structurés selon la définition donnée par Raphaël Lemkin qui a inventé en 1943 le néologisme génocide à partir du double radical grec (genos) et latin (occidere) : non seulement il y a la volonté d’éliminer un groupe, mais surtout le massacre s’appuie sur une organisation et sur une volonté d’éradication en détruisant ses fondations essentielles, langue, traditions, religion… . Lemkin avait beaucoup travaillé dès 1915 sur le génocide des Arméniens, et ce travail a nourri sa compréhension du génocide des juifs. Il est à l’origine et le principal auteur de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l’O.N.U. le 9 décembre 1948. Ce grand juriste américain d’origine juive polonaise, cité par l’historienne Annette Becker, a écrit peu avant sa mort : « Un million d’Arméniens sont morts, mais une loi contre le meurtre des peuples a été écrite avec l’encre de leur sang et l’esprit de leurs douleurs ». Le génocide des Arméniens a donné des idées à tous les tyrans qui se sont succédé sur la planète. Hitler ne posait-il pas cette question cynique : « « Qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » Il se sentait puissant, au-dessus de toutes les lois humaines et il s’engagea sur une voie semblable. La Shoah en fut l’aboutissement dans un summum de barbarie. Mais de l’Holodomor en Ukraine au génocide des Tutsis au Rwanda, sans parler des nombreux massacres de masse, la barbarie a prospéré, et continue à prospérer. Le terrible et magnifique témoignage de Rajak Ohanian sur Alep vient nous le rappeler avec ces photographies en noir et blanc et grand format, portant en surimpression des phrases de philosophes (Lévinas), d’historiens (Ternon, Vidal-Naquet) ou extraites de documents originaux tels que des extraits de rapports de diplomates. La puissance de cette œuvre est d’être universelle. Elle part d’un travail de mémoire personnel, pour nous renvoyer aux images actuelles d’Alep. Alep est l’’une des plus anciennes villes du monde, avec un centre urbain identifié, remontant à plus de 5000 ans, ville plusieurs fois millénaire, longtemps symbole de cohabitation entre les religions, Patrimoine de l’Humanité, aujourd’hui en péril. L’historien lyonnais Joseph Yacoub cite ce témoignage de l’abbé Naayem : « Les prisons étaient remplies de chrétiens ; la ville plongée dans un morne deuil. Bientôt arrive le jour terrible et tristement mémorable des exécutions ». Les exécutions de masse qui surviennent à Alep au mois d’août 1915. Alep hier vidée de ses Arméniens. Alep aujourd’hui, ville martyr. Rapha ël Lemkin parlait en juillet 1950 de « la chaleur mortelle du désert d’Alep qui brûla jusqu’à en mourir les corps de centaines de milliers de chrétiens arméniens victimes du génocide de 1915. » Alep qui brûle chaque jour un peu plus aujourd’hui. La Ville de Lyon tient à marquer avec force les commémorations des génocides à travers de riches programmes culturels. La puissance de la culture l’emporte sur le mensonge et sur la mort. C’est pourquoi nous faisons appel aujourd’hui à la photographie avec Rajak ohanian, mais aussi à partir du 3 avril, avec Antoine Agoudjian, à la musique avec le concert de Vardan Mamikonian et Arabella Steinbacher, à des conférences, à des colloques. Au cœur de la Commémoration, se place l’hommage solennel place Bellecour, au Veilleur de Pierre. Nous sommes dans l’année de la mémoire et du recueillement. Nous nous souvenons des morts et des conditions dans lesquelles ils sont morts, nous nous recueillons devant eux, mais pas seulement, nous sommes dans l’action. Lyon, capitale de la Résistance, Lyon héritière d’une longue tradition humaniste, se mobilise hier comme aujourd’hui contre toutes les formes d’oppression et de discriminations ici et ailleurs. Lyon et sa région, terre d’accueil de milliers d’Arméniens rescapés des massacres, où tant de Justes ont sauvé l’honneur du pays entre 1940 et 1944, se souvient pour rappeler les valeurs de la République aujourd’hui menacées par les extrémismes, et soutenir le vivre ensemble dans une paix partagée. En témoigne le Mémorial de la place Antonin Poncet à quelques pas d’ici, au cœur de la Cité, voulu par l’Association pour la Commémoration du Génocide Arménien et par Gérard Collomb, Maire de Lyon, qui est dédié à toutes les victimes de tous les génocides. En l’inaugurant le 24 avril 2006, Gérard Collomb déclarait : « Je ressens une grande émotion à voir le dialogue muet qui est à présent établi entre ce monument et le Veilleur de Pierre de la place Bellecour. Au nom des Lyonnaises et des Lyonnais, je ressens aujourd’hui une immense fierté à inaugurer ce Mémorial qui appartient à tous, qui s’adresse à tous et qui occupe désormais toute sa place dans le paysage, dans l’histoire et dans l’identité de Lyon, toute sa place dans le cœur de nos concitoyens. » Ce monument, conçu par Leonardo Basmadyian, avec ses trente-six colonnes blanches, silhouettes silencieuses dans lesquelles s’inscrivent des morceaux de roche de la terre d’Arménie, du Liban ou de l’île de Gorée, porte un message universel, celui du refus de la barbarie, celui de la promotion de la justice et de la paix. Il témoigne aussi du refus du négationnisme, cette forme de meurtre des morts, d’assassinat de la mémoire, qui accompagne tous les génocides et les crimes contre l’humanité. Il témoigne enfin de la puissance du lien qui unit les Arméniens à Lyon où ils ont su se relever, se reconstruire, se forger un nouveau destin, apporter leurs contributions les plus diverses à la vie de la cité. Le « Jardin de Lyon » à Erevan, le « Jardin d’Erevan » à Lyon traduisent l’intensité des échanges entre Lyon et l’Arménie d’aujourd’hui. C’est à travers ces actions, parfois symboliques, parfois très concrètes, que notre Ville entend rester fidèle à sa tradition humaniste et veiller au présent et à l’avenir. Dans son essai Qu’est-ce que la politique ?, cité par Pinar Selek, Hannah Arendt a écrit : « C’est à l’agir qu’il revient en particulier de déclencher un processus, d’inaugurer quelque chose de neuf ou de commencer par soi-même une chaîne. » Que cette année du Centenaire, symbolisée par le myosotis cher aux Arméniens, qui invite à ne pas oublier, permette de nouer la chaîne de l’agir ensemble. Commémorer des événements douloureux, ce n’est pas seulement se recueillir, c’est aussi et surtout adresser un message fort à nos contemporains, aux jeunes et à tous les citoyens alors que la barbarie la plus effroyable se répand à nouveau dans toute une partie du monde. Par son engagement, la Ville de Lyon, entend se monter toujours fidèle à sa tradition humaniste, au nom du respect de la personne humaine et de la justice.

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