07 avril 2015 - Cérémonie commémorative du 71° anniversaire de la rafle des Enfants d’Izieu et de leurs éducateurs, le 6 avril 1944 - Jardin des 44 Enfants d’Izieu
Article mis en ligne le 7 avril 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur l’adjoint chargé de la Mémoire et des Anciens combattants, du 7° arrondissement, Madame la Présidente du CRIF, Monsieur le Président du Consistoire de Lyon, Monsieur le Délégué régional de l’Association Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France, cher Jean Lévy, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, Madame la Directrice du CHRD, chère Isabelle Rivé, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs les Enseignants, Chers élèves des écoles, des collèges, des lycées, Mesdames et Messieurs, chers Amis,

Plusieurs d’entre nous, ici rassemblés, étions hier à Izieu même, au Mémorial des enfants juifs exterminés, autour du Président de la République, Monsieur François Hollande, afin de nous souvenir de la rafle du 6 avril 1944 et d’inaugurer le nouveau bâtiment du Mémorial. Ce lieu ne peut pas laisser indifférent. L’émotion étreint dès que l’on y parvient. Le choc est violent entre la beauté des paysages, la vue panoramique sur la Chartreuse et le Vercors, la sérénité qui émerge des Monts du Bugey, le calme et le bon air qui invitent à la villégiature, et le drame atroce qui s’y est noué en ce printemps 1944, au moment où les fleurs émergent dans les prés, où les oiseaux reprennent leurs chants, où la nature revit au sortir de l’hiver. Des enfants avaient trouvé là un refuge, grâce à Sabine et Miron Zlatin. Le 6 avril 1944, ils étaient au nombre de 44. C’était le premier jour des vacances de Pâques. Le plus jeune était âgé de 4 ans. Le plus âgé de 17 ans. Ils fuyaient depuis des années la persécution qui les poursuivait dans toute l’Europe. Izieu fut leur dernier refuge. Depuis plus d’un an, la Maison d’Izieu accueillait des enfants juifs pour les soustraire à la déportation, puis ils étaient envoyés dans d’autres cachettes. Tous connaissaient la traque, la peur, certains ne savaient plus ce qu’étaient devenus leurs parents. Mais ces enfants pouvaient penser avoir trouvé enfin une maison. Ils étaient entourés, encadrés par des adultes qui les rassuraient, qui les aimaient, qui espéraient les protéger du monde de brutes que les nazis avaient inventé et imposé à l’Europe. Le 6 avril 1944, des soldats allemands conduits par le chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie arrivèrent de bon matin. Il était 8h30. Dans les hurlements, ils attrapèrent les enfants et les adultes qui les encadraient et les frappèrent. Ils furent jetés dans des camions, Ils furent emmenés à Lyon, enfermés à Montluc. Dès le lendemain, ils furent envoyés à Auschwitz où ils furent gazés.

Chers élèves, vous avez-là un résumé saisissant de ce qu’a été réellement la barbarie nazie. Nous sommes en avril 1944. La guerre tourne mal pour l’Allemagne. L’Armée Rouge avance inexorablement sur le front de l’Est ; les Alliés ont repris l’Afrique du Nord ; ils ont débarqué en Sicile en juillet 1943 et Naples est libérée en octobre ; le débarquement en France se prépare. Alors que tous les efforts des Allemands devraient être logiquement tournés vers le combat, les nazis mobilisent des soldats, des camions, de l’essence, ils détournent des moyens nécessaires à l’effort de guerre, pour combattre un ennemi redoutable ? Plus redoutable que les armées soviétique et américaine ? Pour venir capturer au fin fond du département de l’Ain, dans un village minuscule, d’accès difficile depuis Lyon, des enfants. Des enfants de 4, 5, 6, 10 ans ! Des enfants définis comme les ennemis du grand Reich, uniquement parce qu’ils étaient juifs. La priorité des priorités était pour les nazis, la destruction des juifs d’Europe.

Nous célébrons en cette année 2015, le 70° anniversaire de la libération des camps nazis. Il y a 70 ans en effet, les Alliés découvraient l’horreur absolue. On n’imaginait pas que cela fût possible. Longtemps on a pensé que cela ne pourrait plus jamais se reproduire. Pourtant, cela s’est reproduit en France même, à Toulouse, le 19 mars 2012. Aux noms des enfants d’Izieu que vous avez lus il y a quelques minutes, je voudrais que vous ajoutiez dans vos cœurs, ceux de Gabriel Sandler, 3 ans, d’Aryeh Sandler, 6 ans, de leur père Jonathan Sandler, 30 ans et de Myriam Monsonégo, 8 ans. Tous les quatre étaient nés juifs. Ils ont été assassinés comme les enfants d’Izieu, parce qu’ils étaient juifs. Pour la première fois depuis 1944, on assassinait en France des enfants juifs.

Tous ces enfants d’Izieu et de Toulouse, sont les symboles des millions de juifs assassinés par les nazis en Europe. Ils sont aussi les symboles de tous les enfants et des jeunes, victimes de barbaries semblables qui se développent aujourd’hui à travers le monde, en particulier en Afrique et au Moyen-Orient : des jeunesses et des enfances massacrées en Irak et en Syrie, au Kenya et au Nigeria, sans oublier cette autre forme de l’horreur qu’est l’embrigadement des enfants soldats, ou la transformation d’enfants en bombes humaines pour provoquer des massacres. Oui, notre temps est revenu à une barbarie que l’on croyait révolue. Notre pays, où des écoles et les lieux sacrés que sont les lieux de culte sont protégés par l’armée, connaît un état de guerre.

Maintenir vivant le souvenir, c’est déjà en soi une réponse aux barbares. Ils peuvent détruire les corps, ils ne peuvent pas détruire l’esprit qui les habite. Le président de la République a hier souligné le rôle de l’école comme lieu de formation au vivre ensemble, comme lieu d’apprentissage de l’altérité, d’acceptation des différences. C’est à l’école que se forgent les armes de l’esprit. C’est par l’éveil des intelligences, c’est la connaissance, en particulier la connaissance de l’histoire que l’on combat le fléau de la barbarie. A vous de vous engager chers élèves, dans ce combat. C’est le défi que votre génération doit relever.

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