05 mars 2015 : Inauguration de l’exposition "Puisque le ciel est sans échelle", dessins du ghetto de Terezin par Arthur Goldschmidt - C.H.R.D.
Article mis en ligne le 5 mars 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Premier Adjoint au Maire de Lyon, délégué à la Culture, Madame la Maire du 7° arrondissement, Mesdames et Messieurs les élus, Madame la Directrice du C.H.R.D., Monsieur le président du Conseil d’Orientation du C.H.R.D., Monsieur le Docteur Guillin, Mesdames et Messieurs les Présidents d’Associations de déportés, de résistants et d’Anciens combattants, Monsieur le Procureur Pierre Truche, Cher Monsieur Georges-Arthur Goldschmidt, Mesdames et Messieurs,

Il me faut d’abord saluer l’action remarquable du C.H.R.D, de sa Directrice, Isabelle Rivé et de toute son équipe, qui nous donnent à voir une nouvelle exposition d’une valeur exceptionnelle. Le C.H.R.D. s’impose dans le paysage culturel de notre Ville, avec ses expositions remarquables, qui lui permettent d’accueillir régulièrement toujours plus de visiteurs, le cap des 80.000 a été dépassé en 2014. Parmi elles, l’exposition que nous inaugurons ce soir, Puisque le ciel est sans échelle. Dessins du ghetto de Terezin fera date.

Terezin, Teresienstadt. A quelques encablures de Prague. Les visiteurs ne sont pas très nombreux. Les touristes préfèrent les beautés éblouissantes de la capitale de Bohême-Moravie. Terezin n’est pas le camp nazi le plus connu. Il n’est peut-être pas le plus abominable dans l’échelle de l’horreur. Il est pourtant le plus représentatif de l’ignominie nazie. Terezin, était composé de deux parties. Un ancien fort militaire construit « à la Vauban », où se tenait une garnison austro-hongroise, puis tchèque à partir de 1919. Il fut transformé en camp, où furent enfermés surtout des résistants et des déportés juifs. Ceux-ci subirent toutes les horreurs que les cerveaux malades des nazis pouvaient imaginer. On est là dans un camp qui renvoie à d’autres, Dachau ou Ravensbrück par exemple. Dachau, Ravensbrück, le Struthof, Auschwitz-Birkenau, le camp de Terezin, expriment toute la violence brutale et bestiale du nazisme.

A peu de distance, se trouve la ville de Terezin. Une petite ville charmante, construite au XVIII° siècle pour accueillir les familles des militaires, avec ses fortifications, son plan classique en damier, sa place principale, son église, ses commerces, ses écoles. Elle comptait environ 7.000 habitants, vivant en lien direct avec la garnison voisine. Cette petite ville se trouva vidée brutalement de ses habitants, pour être transformée en ghetto le 21 novembre 1941. Elle devint alors un enfer. Elle exprime toute la perversité et le sadisme du nazisme. On y amena des juifs de toute l’Europe. Près de 140.000 hommes, femmes, enfants passèrent à Terezin. 34.000 d’entre eux y trouvèrent la mort ; 87.000 furent déportés vers d’autres camps, notamment vers Auschwitz-Birkenau. C’était un camp de transit, les arrivées et les départs étaient continuels. Il y avait en permanence à Terezin environ 60.000 personnes. Dans une ville conçue pour 7.000 habitants, on perçoit tout de suite l’entassement induit.

La perversité du système vient de la transformation de Terezin en 1943, en une sorte de camp modèle, une vitrine destinée à montrer au monde que les rumeurs sur le sort atroce réservé aux juifs, n’étaient que de la propagande alliée éloignée de toute réalité, que le Reich de Mille ans plaçait certes à part les juifs considérés comme ses ennemis, mais les traitait avec humanité. Il s’agissait de faire croire à l’établissement d’une « communauté juive autonome ». Les maisons furent embellies, on créa un pavillon de musique sur la place, on nourrit un peu mieux les enfants le temps de visites de délégations de la Croix-Rouge. Terezin se transformait en décor le temps d’une visite extérieure et redevenait un enfer aussitôt celle-ci partie. Le ghetto se transforma encore en en ville charmante le temps du tournage d’un film de propagande, destiné à montrer combien il faisait bon vivre à Terezin. Ce film, retrouvé en 1965 et restauré, est impressionnant pour illustrer le caractère totalement vicieux du régime. Terezin était clairement un PropagandaLager, un camp de propagande qui oscillait entre l’ignominie des ghettos et une apparence présentable de temps à autre. On y favorisa une activité économique, avec même l’établissement d’une banque de l’Administration autonome juive, avec émission d’une monnaie, les billets étant illustrés par Moïse portant les Tables de la Loi. On y amena de nombreuses personnalités du monde de la littérature et des arts. Des poètes comme Robert Desnos, des musiciens comme Viktor Ullmann, des peintres comme Arthur Goldschmidt. Ils apportèrent à Terezin une activité culturelle intense qui sonne jusqu’à aujourd’hui comme un défi lancé à l’horreur quotidienne. On y organisait des concerts, des opéras, des soirées dansantes, des spectacles de théâtre. Dans leur volonté de propagande, les SS laissèrent se développer ces activités, fournirent même les instruments de musique qu’ils volaient aux juifs dans les villes. Ambivalence de Terezin où le sublime côtoie chaque jour l’horreur, où l’éducation des enfants qui reçoivent une éducation choisie, créent des magazines et développent leur sensibilité de dessins, transcende la mort partout présente, où la puissance de la culture l’emporte sur le mensonge, sur la peur, sur la mort. Le grand écrivain tchèque Milan Kundera é écrit : « Ce n’est pas seulement l’art créé à Terezin qui nous laisse interdits d’admiration mais peut-être plus encore cette soif de vie culturelle, cette soif d’art que manifestait la communauté térézinienne qui, dans des conditions effroyables, fréquentait des théâtres, des concerts, des expositions. Que fut l’art pour eux tous ? Une façon de tenir pleinement déployé l’éventail des sentiments, des idées, des sensations pour que la vie ne fût pas réduite à la seule dimension de l’horreur. »

C’est cette victoire de la culture sur le Mal, que le C.H.R.D. a voulu illustrer en nous offrant cette extraordinaire exposition pour commémorer le 70° anniversaire de la libération des camps nazis. Elle est nourrie par la donation faite par Georges-Arthur Goldschmidt des dessins réalisés par son père durant sa présence à Terezin de juillet 1942 à la Libération. La Ville de Lyon vous remercie vivement pour ce geste magnifique que vous avez voulu faire à la ville que le général de Gaulle a désignée comme la « capitale de la Résistance ». Ces dessins ont été tracés par un homme qui était avant tout un juriste mais peintre et dessinateur par passion, un homme qui n’était pas juif mais protestant, mais désigné comme Juif par les lois de Nuremberg. Ils donnent à voir et à comprendre le système nazi avec une efficacité remarquable. Ils remplacent bien de longs ouvrages. Ils sont des témoignages implacables. Je veux féliciter et remercier Isabelle Rivé pour ce choix remarquable.

L’exposition va être accompagnée par toute une série de manifestations : de la musique avec des chants autour de l’œuvre de Robert Desnos, un hommage aux compositeurs des Camps dans le cadre de la Nuit des Musées, et surtout le concert de la grande pianiste Nathalia Romanenko qui viendra interpréter à l’Hôtel de Ville des œuvres créées à Terezin, notamment de Viktor Ullman. Il y aura aussi du théâtre, des lectures de textes, un spectacle « marionnettes clandestines, des conférences et débats.

Commémorer la libération des camps nazis, ce n’est pas seulement se réjouir de l’effondrement d’un système qui inhumain. C’est aussi et surtout adresser un message fort à nos contemporains, aux jeunes et à tous les citoyens alors que 70 ans après, à nouveau, l’antisémitisme s’empare de notre société et que la barbarie la plus effroyable se répand dans toute une partie du monde. La Ville de Lyon, en organisant avec Gérard Collomb cet ambitieux programme culturel, qui sera épaulé aussi par toute une série de manifestations autour du Centenaire du génocide des Arméniens, entend se monter toujours fidèle à l’humanisme de la Résistance, à ceux qui ont su dire Non à la négation de la personne humaine.

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