09 février 2015 : Discours aux Porte-Drapeaux, Hôtel de Ville de Lyon
Article mis en ligne le 9 février 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Président de l’Association des Porte-Drapeaux du Lyonnais, Monsieur Raymond Blachère, Monsieur le Président d’Honneur, Monsieur Robert Bourgarit, Monsieur André Laroche, Président d’Honneur du MUADIR, Madame la Présidente de la Section du Rhône de la Légion d’Honneur du Rhône, Madame Lucette Lacouture, Monsieur le représentant du Général Chavancy, Gouverneur Militaire, lieutenant-colonel Denis Plat, Monsieur le Directeur de l’ONAC, Monsieur Philippe Rivé, Mesdames et messieurs les élus, chers collègues adjoints chargés de la Mémoire et des Anciens combattants dans les arrondissements de Lyon, Messieurs les Présidents des Associations et Amicales d’Anciens combattants, de Résistants et de Rescapés des Camps de concentration, Mesdames et Messieurs les Porte-Drapeaux, Monsieur le Proviseur du Lycée Ampère, Monsieur Jean-Marie Boucly, Mesdames et Messieurs les enseignants, Mesdemoiselles, Messieurs les lycéens, Mesdames et Messieurs,

Je dois avant tout excuser Monsieur le Sénateur-Maire de Lyon, Président de la Métropole lyonnaise, Monsieur Gérard Collomb, qui a un contretemps de dernière minute l’empêchant d’être parmi vous ce matin, et de présider ce déjeuner. Il m’a chargé de vous dire combien il le regrettait. Il souhaitait venir vous dire lui-même toute son estime et son admiration pour votre engagement au service du Pays et de la transmission de la Mémoire. Malheureusement, son agenda a dû être bousculé, mais croyez que c’est bien malgré lui. Il me revient donc de vous accueillir à sa place et j’en suis très honoré. Nous perpétuons ainsi ce moment qui se veut d’amitié et festif, qu’accompagnera Monsieur Michel Monaco. Mais c’est aussi l’occasion de vous transmettre un messa ge.

Je tiens en tout premier lieu à vous remercier, au nom de Gérard Collomb et de la Ville de Lyon, pour votre dévouement, votre présence par tous les temps, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’il fasse un soleil de plomb ou qu’il fasse un froid glacial, debout, au cours de cérémonies souvent longues, portant parfois à plein bras le drapeau et sa hampe, un poids non négligeable. Vous le faites bénévolement, et par conviction, pour transmettre la mémoire de tant et tant de soldats qui sont morts pour la France, qui sont morts pour que vive la France.

Chaque drapeau que vous portez, témoigne d’une histoire, parfois difficile car le sort des armes n’a pas toujours été favorable, mais il a été toujours héroïque. Chaque drapeau appelle non seulement à se souvenir, mais aussi à connaître notre passé, et à le partager avec tous, notamment avec ceux qui ont combattu avec et pour la France, et je tiens à saluer avec respect vos membres anglais, écossais, italiens, polonais.

Il ne s’agit évidemment pas de s’enfermer dans le passé, dans un esprit fait de nostalgie et de regrets, mais pour, à partir d’un passé reconnu et assumé, se tourner vers l’avenir. Il s’agit de rappeler pourquoi vous vous êtes battus, pourquoi vos camarades ont perdu la vie ou la santé, c’est-à-dire pour notre pays, pour la République, pour ce qu’elle représente en termes de valeurs fondamentales, qui sont particulièrement vivaces dans notre région : attachement à la liberté, aux droits de l’Homme, à une certaine idée de la personne humaine, à la défense de la paix et du vivre ensemble dans une société pluraliste, refus de toute discrimination. Votre rôle, Mesdames et Messieurs, est fondamental. Il ne s’agit pas d’égayer des cérémonies par la présence de nos couleurs nationales. Il s’agit de rappeler constamment ce que celles-ci signifient : Liberté, Égalité, Fraternité, des mots qui sont pour chacun d’entre eux de véritables programmes, auxquels chacun peut adhérer par delà les opinions et les croyances. Ces mots traduisent ce que voulait dire Renan lorsqu’il parlait de la Nation comme « d’un plébiscite de tous les jours ». Oui, la Nation se construit chaque jour par le fait de vivre ensemble et sans restriction, ces idéaux. Il y a une dizaine d’années, on aurait pu penser que les rappeler était superfétatoire. Hélas, on se rend compte aujourd’hui que ces beaux mots qui résument notre République, sont menacés par des barbares qui cherchent à répandre la haine et la peur, qui cherchent à détruire la confiance mutuelle sans laquelle il ne peut y avoir une société qui fonctionne, en tuant des enfants juifs, en violant des femmes juives, en massacrant des juifs parce que juifs, en s’attaquant à l’Armée et à la Police, en cherchant à empêcher la liberté d’expression. C’est cela, Mesdames et Messieurs, que les drapeaux que vous portez nous rappellent.

Je connais votre souci de transmettre, en particulier aux jeunes générations. Votre Association a déjà transmis à des générations successives : elle a été fondée dans le Rhône en 1963 par Joseph Blanc, engagé volontaire à 17 ans, en 1916. Beaucoup en conservent la mémoire ainsi que du premier président, Roger Musy. Messieurs Serge Rivollier, Robert Bourgarit, René Bianche, et vous-même Monsieur le Président Blachère, vous avez participé à la mise en œuvre de ce bel engagement, ainsi que Monsieur Daniel Labaune, membre depuis cinquante ans. Je veux saluer en particulier Monsieur André Amelot, ancien de Rhin-et-Danube et de la I° Armée Française du général de Lattre. Monsieur Norbert Mautre, le plus âgé de nos Porte-Drapeaux, n’a pas pu venir, je veux le saluer aussi. Vous êtes en tant que Porte-Drapeaux, leurs messagers, et à mesure que le temps passe, alors que nous n’avons plus parmi nous de témoins de la Première Guerre mondiales, et que s’éclaircissent les rangs de ceux qui ont combattu entre 1939 et 1945, et même dans les conflits d’après-guerre. Vous êtes confrontés à un enjeu de taille, celui non seulement de la transmission de la mémoire et de la connaissance, mais aussi de plus en plus, celui de passer le relais pour que les cérémonies que vous rehaussez de votre présence continuent à voir flotter les drapeaux qui ont fait notre histoire. La question de la relève se pose et pour le moment elle semble ne reposer que sur les épaules de Ludovic Debaumarchey, étudiant en histoire, qui a adhéré à la FARAC. Votre souci est partagé par la Ville de Lyon, et je ferai tout pour vous aider dans cette œuvre délicate de transmission. C’est pourquoi j’ai invité à ce déjeuner quelques jeunes gens venus de nos lycées : Ampère, Branly, Herriot, La Martinière-Montplaisir, Saint-Just. Je les remercie très chaleureusement, d’autant plus qu’ils sacrifient une journée de vacances, pour être avec nous. C’est une grande joie que de les accueillir. Qu’ils se rassurent : personne ne souhaite ici les piéger et les obliger à repartir avec un drapeau ! Mais je sais qu’ils sont motivés. Ils ont déjà participé au Concours National de la Résistance et de la Déportation, ils ont participé activement, en forçant l’admiration du public, à plusieurs commémorations, le 3 septembre, le 25 janvier, et encore hier, rue Sainte-Catherine. Ils interviennent avec talent et passion et je sais que la Ville peut compter sur eux et sur leurs professeurs. C’est une voie que j’entends poursuivre et approfondir dans le futur, en donnant aux jeunes un vrai rôle dans nos cérémonies, qu’ils soient partie prenante, et que leur présence ne soit pas passive (par exemple, accompagner les personnalités pour leurs dépôts de gerbes) mais active. La lecture de textes connus est très positive, à condition que les lecteurs s’en soient emparés et sachent les faire vivre ; mieux encore est la rédaction de textes personnels, comme on en a entendus le 3 septembre, et encore le 25 janvier et hier rue Sainte-Catherine : des textes remarquables, poignants de vérité, qui mériteraient d’être publiés. Je veux féliciter leurs auteurs. L’objectif que je poursuis en invitant aujourd’hui ces jeunes gens, c’est d’abord un objectif d’information : à quoi servent les Porte-Drapeaux ? Que font-ils ? C’est un objectif de sensibilisation, en leur demandant ensuite d’échanger avec leurs camarades, de parler de cette expérience autour d’eux, en espérant que d’autres Ludovic rejoignent peu à peu l’Association. Ludovic a lui-même raconté récemment dans Le Progrès comment il a rejoint la FARAC pour se faire porte-drapeau : c’était à la suite d’une discussion avec un porte-drapeau, il a été intéressé, il est venu. C’est en pensant à cela que j’ai convié une vingtaine de lycéens. Ils sont venus en toute liberté, et je les remercie une nouvelle fois. Je serai heureux de recueillir leurs réactions, afin d’améliorer ce qui n’est qu’une première expérience, qu’il conviendra d’élargir avec l’aide de l’ONAC, de l’Éducation Nationale, de l’Armée, vers d’autres établissements scolaires, vers les universités, vers les mouvements de jeunesse. Le poids de la transmission devra être porté de plus en plus par des jeunes, parfois par des personnes qui n’ont pas combattu, mais qui entendent se faire les témoins des témoins. Il faut aussi travailler avec nos soldats qui reviennent d’opérations extérieures, et les motiver pour qu’ils prennent le relais de leurs aînés.

Je voudrais pour terminer, évoquer les prochaines commémorations. Tout un programme a été préparé par le CHRD pour accompagner la commémoration de la libération des camps, avec notamment une exposition exceptionnelle de dessins venus du camp de Terezin, des récitations de textes, des conférences, des concerts. Le centième anniversaire du génocide des Arméniens sera lui aussi l’objet d’événements importants, à commencer par un rassemblement place Bellecour, le 24 avril. Nous nous retrouverons le lendemain place Carnot avec les Amis de Verdun, et le 25 à nouveau devant le Veilleur de pierre, pour la Journée Nationale de la Résistance et de la Déportation. Je m’arrête un moment sur le 70° anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le 8 mai 1945. Il sera célébré place Bellecour au cours d’une cérémonie marquée par une prise d’armes importante, rassemblant plus de 200 militaires, complétée par la mise en place de différents stands visant à illustrer ce que font nos Armées pour notre pays. Devraient être également présentes, pour la première fois en France, un 8 mai, deux unités binationales franco-allemandes : la Brigade franco-allemande basée en Alsace, et l’Ecole franco-allemande TIGRE de pilotage d’hélicoptères basée au Luc, en Provence. Nous mobiliserons aussi des élèves français et allemands du Lycée international. Il s’agit de montrer que le 8 mai 1945 a marqué la fin d’une époque dramatique et le début de l’espoir d’une nouvelle histoire, qui devait être concrétisée quelques années plus tard, un 9 mai, par le Message de Robert Schuman et l’entrée dans la voie de la réconciliation. C’est ce qu’a voulu déjà exprimer le 8 mai 1985, Richard von Weizsäcker, Président de la République Fédérale, décédé le 31 janvier, dans un discours célèbre : « Le 8 mai fut une journée de libération. Nous n’avons réellement pas de raisons de prendre part à une fête de la Victoire ; mais nous avons toutes les raisons du monde de reconnaître dans le 8 mai 1945, la fin de la « voie perverse » de l’histoire allemande et le jour qui portait en germe l’espérance d’un avenir meilleur. » Le 8 mai 2015 sera certainement un moment important de l’histoire de notre ville. Comme pour le 70° anniversaire de la Libération de Lyon, nous replaçons la commémoration au cœur de la cité, au plus près de nos concitoyens.

Ce qui anime notre politique, c’est la transmission de la connaissance et de la mémoire, plus que jamais nécessaire dans un contexte où la barbarie n’est plus à nos portes, où elle est déjà, à nouveau chez nous. Hier, Gérard Collomb nous disait, face à la plaque qui rappelle l’arrestation et la déportation de 86 hommes, femmes, adolescents juifs qui étaient venus trouver refuge à Lyon : « Je veux dire ce matin qu’il nous faut réagir, dénoncer tout ce qui peut contribuer à la montée des tensions, à la montée de la haine, dire stop à celles et ceux qui la propagent. Car nous n’acceptons pas que l’irrémédiable puisse demain à nouveau se commettre, quelles que soient les idéologies au nom desquelles on puisse le commettre. » Je compte sur vous tous pour faire face.

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