19 juillet 2015 : Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France
Article mis en ligne le 19 juillet 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le représentant du Préfet de la Région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône, Monsieur Xavier Inglebert, Monsieur le représentant du Président du Conseil Régional, Mesdames et Messieurs les élus, Messieurs les officiers supérieurs représentant le Général Gouverneur militaire de Lyon et le Général commandant la Région de Gendarmerie, Monsieur le Consul Général d’Allemagne, Mesdames et Messieurs les Consuls, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, Monsieur le Grand Rabbin régional, Monsieur Richard Wertenschlag, Monsieur le Président du Consistoire israélite de Lyon, Monsieur Marcel Dreyfuss, représentant Madame la Présidente du CRIF, Mesdames et Messieurs les représentants des Cultes, Monsieur le Président de l’Amicale des Anciens Déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie, cher Benjamin Orenstein, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de Déportés et de Résistants, Monsieur le Directeur départemental de l’ONAC, Madame la Directrice du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, chère Isabelle Rivé, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs,

Dans l’été 1942, la persécution contre les juifs prit un caractère massif. Il ne s’agissait plus de mesures individuelles, de tracasseries administratives, de mesures discriminatoires, d’exclusions comme le prévoyaient les statuts des Juifs de 1940 et 1941. On passa à la persécution de masse, avec les grandes rafles. Les 16 et 17 juillet, une rafle systématique fut organisée à Paris et dans les environs : 13.152 personnes, de tous âges et de toutes conditions, du nouveau-né au grand vieillard, furent arrêtées par la police française pour la seule raison qu’ils étaient juifs. Nous avons tous en mémoire les images terribles de ces alignements d’autobus de la RATP, réquisitionnés pour conduire ces malheureux au Vélodrome d’Hiver, le célèbre Vel d’Hiv. Ils y furent entassés dans des conditions atroces, avant d’être déportés à Auschwitz. C’est cet événement qu’entend rappeler chaque année, la Journée nationale à la Mémoire des Victimes des Crimes racistes et antisémites de l’État français. Le 3 février 1993, un décret du Président François Mitterrand, instituait « Une Journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite ‘gouvernement de l’État français 1940-1944’ ». elle était fixée au 16 juillet, date anniversaire de la rafle du Vel d‘Hiv, si ce jour est un dimanche, ou le dimanche suivant. Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac, peu de temps après son élection à la Présidenced de la République, reconnaissait que « la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français », et ajoutait-il, « la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ». Il rappela aussi que la rafle fut, dit-il, « le point de départ d’un vaste mouvement de résistance de nombreuses familles françaises, des Justes qui sauvèrent de nombreux juifs ». C’est ainsi que la loi du 10 juillet 2004 modifia le décret de 1993, en intégrant un hommage aux Justes, occasion pour la Nation de témoigner sa reconnaissance à tous ceux qui « ont recueilli, protégé ou défendu, au péril de leur propre vie sans aucune contrepartie, une ou plusieurs personnes menacées de génocide. »

La chasse aux juifs a été ouverte dans toute la France, en zone occupée, comme dans la zone dite libre placée sous l’autorité de Vichy. Des rafles ont eu lieu dès 1941 dans le Nord, et dans le Sud, on a enfermé des juifs étrangers dans des camps, à Gurs et Noé près de Toulouse, à Rivesaltes, près de Perpignan. A Vénissieux, ce furent des policiers français qui agirent. C’est dire l’immense responsabilité du régime de Vichy et de son chef, le maréchal Pétain. A Lyon, l’Intendant de police exigea du Gouverneur militaire, Commandant de la XIV° Région militaire, le général Robert de Saint-Vincent, qu’il mît la gendarmerie à sa disposition pour convoyer les juifs du camp de Vénissieux vers la zone Nord, c’est-à-dire en fait vers Drancy et Auschwitz. Proche de l’Amitié chrétienne, il refusa, sauvant ainsi l’honneur des troupes placées sous ses ordres. Il fut aussitôt démis de ses fonctions, ce qui lui permit d’entrer dans la Résistance active. Son refus de collaborer à un acte indigne montre que si les hauts-fonctionnaires avaient agi de la sorte, le mécanisme du Crime aurait moins bien fonctionné, il aurait même pu être enrayé.

La connaissance que nous avons aujourd’hui grâce à de nombreux travaux historiques, scientifiques, avec des recherches toujours vivaces depuis l’ouvrage pionnier de l’historien américain Robert Paxton en 1972, notamment dans les Universités lyonnaises, permettent de mieux mesurer l’ampleur des crimes commis par Vichy, le racisme d’État mis en place, sa complicité dans l’accomplissement du Crime par excellence qu’est la Shoah. On connaît mieux aussi les actions des Justes, de ceux qui dans l’anonymat et la modestie ont pris des risques pour sauver des juifs persécutés. Les Justes constituent un monde très divers ; il est composé d’hommes et de femmes aux origines géographiques, sociales, idéologiques, religieuses différentes. Leurs motivations étaient très diverses. Pour certains, il s’agissait simplement de tendre la main spontanément à des réprouvés, d’autres agissaient au nom de leur sentiment patriotique, d’autres encore se voulaient en accord avec leur foi religieuse ou leur conviction politique. Nous savons grâce aux travaux de Serge Klarsfeld, qu’une multitude de protestations de la conscience, de « Non », et de mains anonymes tendues ont permis de sauver des milliers de personnes. Nous avons entendu il y a un instant les noms de ces héros qui sont l’honneur de notre pays. Nous avons entendu des noms prestigieux, un cardinal – le cardinal Gerlier -, un pasteur et son épouse, le pasteur de Pury, un général, un député, ancien ministre, maire de Lyon à la Libération – Justin Godart. Nous avons entendu des noms de simples citoyens comme Monsieur et Madame Brunet dont on, vient d’évoquer le souvenir. Tous entendaient refuser l’ignominie, tous entendaient déchirer l’ignoble toile de complicité dans laquelle Vichy cherchait à insérer l’ensemble du peuple français. Tous réagirent en conscience. La Ville de Lyon a décidé, lors du Conseil municipal du 9 juillet, de rendre hommage, en lui donnant le nom d’une rue, à une de ces justes anonymes, simple enseignante. Denise Joussot enseignait au Lycée Edgar Quinet (lycée Édouard Herriot aujourd’hui), elle a caché une famille juive, la famille Alexandre, connue à travers la jeune Simone au lycée Quinet, et dans le scoutisme, dont le père et l’oncle avaient été arrêtés pas Klaus Barbie et déportés à Auschwitz. Elle a caché avec ses parents, Simone, sa mère et son frère dans leur appartement du 18 rue Sainte-Hélène, à côté du siège de la Milice. Il fallait du cran ! Elle a su, à un moment dramatique de notre histoire, se tenir debout, refuser l’ignominie, soutenir les persécutés en prenant des risques considérables. Elle a contribué à sauver l’honneur de notre pays et à faire vivre l’esprit de Résistance qui caractérise notre Cité. Bientôt, nous connaîtrons mieux les Justes de notre région, grâce à une thèse importante. Je suis heureux en effet, de pouvoir vous annoncer que la thèse de Madame Biesse-Banse sur les Justes parmi les nations de la Région Rhône-Alpes, que j’ai l’honneur de diriger, sera soutenue à l’Université Jean Moulin – Lyon 3, le 4 décembre prochain. L’inscription qui rend hommage aux Justes pa rmi les Nations que l’on peut lire depuis 2007 dans la crypte du Panthéon nous transmet ce message : « Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ».

Entre 1940 et 1944, la haine raciale a failli tuer la République. Il est de notre responsabilité de poursuivre le combat contre ce poison qui détruit insidieusement le vivre ensemble, le respect des différences, la solidarité. La haine à nouveau, mine notre communauté nationale. Nous l’avons vu avec effroi, en 2012, à Toulouse avec l’attaque d’une école juive et l’assassinat d’enfants juifs ; nous l’avons vu l’an passé à Paris, à la veille de la Fête nationale, le 13 juillet 2014, avec des attaques d’une violence extrême contre des synagogues et des hurlements de haine dans nos rues ; nous l’avons vécu à nouveau en ce début d’année 2015. En cette année où nous célébrons le 70° anniversaire de la libération des camps nazis, la fin de la Deuxième Guerre mondiale et le début d’une nouvelle ère de paix en Europe, la République est à nouveau menacée par des attaques barbares. Le 15 juillet, le ministre de l’Intérieur, Monsieur Bernard Cazeneuve, déclarait : « Rien ni personne n’empêchera les Français de vivre comme ils l’entendent, c’est-à-dire debout et libres ». C’est le message que nous transmettent les Justes : ne jamais céder aux porteurs de haine.

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