02 juillet 2015 : Discours à l’occasion de la cérémonie commémorative franco-allemande Sur le champ de bataille du Hartmannswillerkopf
Article mis en ligne le 2 juillet 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Président du Comité du Monument National du Hartmannswillerkopf, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les responsables des Associations d’Anciens combattants, Chers élèves des lycées et Collèges, Chers jeunes français, allemands et franco-allemands, Mesdames et Messieurs,

C’est avec le sentiment d’un grand honneur et celui de remplir un devoir sacré, que la délégation de la Ville de Lyon, composée des élus chargés de la Mémoire dans les arrondissements, de personnalités engagées dans la transmission de la Mémoire comme enseignants ou responsables de Musées, d’un porte-drapeau, d’élèves allemands et français de la Cité scolaire internationale, vient s’incliner devant les soldats français et allemands qui se sont combattus sur le Hartmannswillerkopf, que les poilus français appelaient le Vieil Armand.

Ici, on s’est battu, on s’est déchiré durant la Grande Guerre, en particulier durant l’année 1915. 25 à 30.000 jeunes hommes, sont morts ici. Près de 120.000 blessés, qui ont porté toute leur vie durant les stigmates de l’atrocité de la guerre. Ils se sont battus dans des conditions effroyables, dans le froid glacial de l’hiver à 965 mètres d’altitude, comme dans la chaleur de l’été. Pour un résultat nul, puisque aucune des deux armées n’a emporté la décision. Les positions se sont figées. Cette montagne a bien mérité son surnom de « mangeuse d’hommes ». Les tranchées étaient très proches les unes des autres. Les morts se sont souvent entremêlés. L’ossuaire rassemble les restes de 12.000 soldats « inconnus ». 12.000 soldats indifféremment français et allemands, dont les corps étaient si atrocement mutilés qu’il s’est révélé impossible de les identifier. L’Hartmannswillerkopf a été classé Monument historique dès 1921. Très vite on a voulu construire un monument, dont la réalisation a été longue, et n’a abouti qu’en 1932, avec le soutien de douze villes, dont la Ville de Lyon. Nous savons combien Édouard Herriot était attaché, comme maire de Lyon, mais aussi comme ministre des Beaux-Arts dans le gouvernement de Raymond Poincaré, de 1926 à 1928, à la réalisation de ce grand projet. Le Maire de Lyon, alors Président du Conseil, est présent aux côtés du Président de la République, lors de l’inauguration de l’Autel de la Patrie et de la crypte, le 9 octobre 1932. Hélas, moins de trois mois plus tard, Hitler parvenait au pouvoir à Berlin, ouvrant une nouvelle page dramatique de l’histoire de l’Europe. La leçon de la Grande Guerre n’a pas suffi. Il a fallu de nouvelles souffrances indicibles, pour que des hommes d’État de cette région qui borde le Rhin, le Rhénan Konrad Adenauer, le Lorrain Robert Schuman affirment leur volonté de bâtir une Europe nouvelle, fondée sur une communauté de destin et sur une volonté de réconciliation. Cette volonté de faire vivre la réconciliation fut renouvelée par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle en 1962 à Reims, par François Mitterrand et Helmut Kohl à Verdun, et il y a un an, le 3 août 1914, ici même, par François Hollande et Joachim Gauck.

En effet, l’Hartmannswillerkopf nous transmet une leçon d’histoire et un message. L’histoire de la guerre, fruit du nationalisme, de la haine de l’autre. Le message de la construction de la Paix à travers un nouveau type de relations. La réconciliation franco-allemande est un message pour le monde entier, preuve de la force de la volonté politique contre les discours de haine, pour triompher de la fatalité. Le message de la nécessité de forger une mémoire commune sur la base d’un deuil commun. La Ville de Lyon entend porter loin le message du Hartmannswillerkopf et des guerres qui nous ont déchirés. Édouard Herriot qui a tant fait pour la préservation de ce lieu, fut aussi un grand défenseur de l’Europe unie et de la réconciliation, allant jusqu’à prôner la mise en œuvre d’États-Unis d’Europe. En janvier il 1925, il déclara à la Chambre des Députés : « Mon plus grand désir est de voir un jour apparaître les États-Unis d’Europe. Je veux le dire : il y a des peuples qui doivent se réconcilier parce que leur collaboration est indispensable. » Lyon, poursuit dans cette voie avec Gérard Collomb. Le 8 mai 2015, 70° anniversaire de la fin de la deuxième Guerre mondiale en Europe, et du début d’une nouvelle ère de paix, a été un grand moment d’unité, en présence de la Brigade franco-allemande. De nombreux élèves des lycées et des collèges, étaient rassemblés autour des drapeaux français et allemands et du drapeau européen, élevé au son de l’Hymne à la Joie chanté par un chœur franco-allemand. Le message du Hartmannswillerkopf, renforcé par celui de la Résistance au nazisme, Lyon le fait sien et le fait vivre au quotidien.

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