21 juin 2015 : Discours pour la Journée de la Résistance lyonnaise Lyon, Veilleur de pierre
Article mis en ligne le 21 juin 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le représentant de Monsieur le Préfet de Région, Préfet du Rhône, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Général de Division, Gouverneur militaire de Lyon, Messieurs les officiers supérieurs, Mesdames et Messieurs les Résistants, Combattants de l’Ombre, Monsieur le Président du MUADIR, cher Pascal Charret, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de Résistants, Mesdames et Messieurs les représentants des cultes, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Chère Juliette Paccoud (Lycée Saint-Exupéry), qui va nous dévoiler ses talents de poète, Chers Eloïse Ernst et Antoine Pedro (Lycée de Charbonnières), lauréats du Prix 2015 de la Résistance et de la Déportation, Mesdames et Messieurs,

Le 18 juin 1940, dans un appel aux accents prophétiques, le général de Gaulle appelait au refus de l’armistice, à la poursuite du combat, et prononçait pour la première fois le mot « Résistance » : « La flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » Le 14 septembre 1944, dans un discours fameux prononcé au balcon de l’Hôtel de Ville, s’adressant à la foule amassée place des Terreaux, le Général désignait Lyon comme « la capitale de la Résistance française ». Il ajoutait, « couverte de blessures » : « Pour moi qui vous rends visite à Lyon aujourd’hui, cela éclate aux yeux et au cœur. Nous savons combien de nobles victimes ont été frappées dans votre ville par l’ennemi et quelquefois par les usurpateurs. » Entre ces deux dates en effet, bien des drames, bien des blessures : l’arrestation de Jean Moulin le 21 juin 1943, il y a exactement 72 ans, la destruction de l’imprimerie de la rue Sala le 17 juin 1944, l’exécution ici même de cinq résistants le 27 juillet 1944, dont les noms inscrits sur notre Veilleur de Pierre, devenu l’un des lieux les plus emblématiques de notre cité, le sanctuaire de la Résistance et de la Déportation, offrent une remarquable synthèse de la Résistance française, des résistances françaises dans leur diversité et en même temps dans leur unité fondamentale. La Résistance à Lyon, a écrit aussi des pages glorieuses. S’y sont engagées des personnes de toutes générations, de toutes origines sociales, des ouvriers, des intellectuels, des étudiants, des patrons, des syndicalistes, des journalistes ; des résistants de toutes origines politiques, des communistes et des chrétiens, et des personnes venues de la droite, et même de diverses origines nationales avec la participation de nombreux étrangers. Cette Résistance lyonnaise fut spirituelle avec les jésuites de Fourvière et le pasteur de Pury. Elle fut une résistance de solidarité dont témoignent les réseaux de sauvetage des juifs avec l’abbé Glasberg et l’OSE. En témoignent les nombreux Justes parmi les Nations reconnus par Yad Vashem, parmi lesquels de simples citoyens, mais aussi l’archevêque, le cardinal Gerlier, le Gouverneur militaire de Lyon, le général Robert de Saint-Vincent qui refuse de mettre à disposition des gendarmes pour organiser la déportation des juifs. Elle fut une résistance fondée sur le renseignement destiné aux Alliés, sur l’information des populations rôle dévolu à la presse clandestine, pensons à Combat et à l’imprimerie de la rue Viala avec André Bollier, et à Eugène Pons Eugène Pons dont l’imprimerie était située dans le 1° arrondissement, sur les pentes de la Croix-Rousse. C’est lui qui avait réalisé l’exploit de sortir et de distribuer un faux numéro du journal collaborateur Le Nouvelliste le 31 décembre 1943, l’une des pages les plus étonnantes de la Résistance lyonnaise. La Résistance lyonnaise fut une Résistance organisée, structurée, grâce à l’action notamment de Jean Moulin. Elle fut une Résistance active, armée, nourrissant de nombreux maquis tout autour de la ville, elle fut encore, au quotidien, une Résistance passive, faite de petits gestes, ce que des historiens appellent la « résistance civile ». Tout ceci a fait de Lyon une plaque tournante, plaque tournante du renseignement et de l’information, plaque tournante de l’entraide, de la protection des persécutés et de leur évacuation vers des lieux plus sécurisés, plaque tournante de l’organisation des mouvements de Résistance et de la réflexion sur l’après-guerre.

Que signifie « résister » ? La définition, on l’a vu, ne se réduit pas à une seule action, la Résistance est multiforme. Je voudrais retenir cette définition quasi scientifique que donne Germaine Tillion qui vient d’entrer au Panthéon avec Geneviève de Gaulle, Pierre Brossolette et Jean Zay. Elle écrivait en 1958 : « On peut imaginer la Résistance comme une cristallisation : chaque cristal, par ses multiples facettes, touche à une infinité de cristaux analogues, et au fur et à mesure qu’ils entrent en contact avec la masse encore inerte et liquide –mais saturée de sel – que représentait alors la population française, cette masse cristallise à son tour. » Mais toutes les formes de Résistance se rassemblent autour de l’idée de refus, de la volonté de se tenir debout et de l’espoir de construire un monde nouveau. Refus patriotique de la défaite, refus politique de la dictature, refus humaniste de l’exclusion et des persécutions. Volonté de se tenir debout face à l’adversité, de défendre la dignité de la personne humaine partout et toujours. Construire un monde nouveau, « un avenir meilleur » disait le général de Gaulle qui parlait de « l’espérance de Lyon ». Car la Résistance, ce ne fut pas seulement un combat, ce fut aussi une réflexion sur l’avenir, quelle société pour demain, quelle paix préparer ? Ce fut le magnifique travail de préparation du futur par le Conseil National de la Résistance fondé le 27 mai 1943.

Chaque année, de nombreux élèves des lycées et des collèges se mobilisent avec leurs enseignants pour préparer le Concours national de la Résistance et de la Déportation. Les travaux rendus sont souvent remarquables. Ils ont conscience que rien n’est définitivement acquis. La démocratie, la liberté, la justice sociale, dont nous jouissons aujourd’hui grâce au sacrifice des résistants, sont des biens fragiles. L’antisémitisme s’affirme à nouveau publiquement et sans complexe, le nationalisme revient et affirme sa volonté d’exclure, de refuser les différences et même de détruire la construction européenne, qui a garanti à notre pays et à nos voisins une longue période de paix, inédite dans leur histoire. Les raisons fondamentales qui ont conduit bien des Lyonnaises et des Lyonnais à résister entre 1940 et 1944 - le refus de ce qui remet en question la dignité humaine, la volonté de se tenir debout, l’espérance d’un monde de paix - restent vivantes et pertinentes aujourd’hui.

La Ville de Lyon entend valoriser cette mémoire qui est constitutive de son identité et éclaire sa longue tradition humaniste. Le 21 juin prochain, à la Croix-Rousse, nous apposerons sur le mur de l’école Aveyron la plaque actuellement posée au sol sur l’esplanade du Gros-Caillou. Celle-ci fait mémoire des derniers pas d’homme libre de Jean Moulin se rendant à Caluire. Ce sera l’occasion d’une mobilisation des établissements scolaires du secteur, et d’un nouvel hommage que Lyon et la Métropole rendront à Jean Moulin et à travers lui, à la Résistance.

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