10 juin 2015 : Discours à l’occasion du vernissage de l’exposition « Lyon en couleurs. Photographies de Paul-Émile Nerson 1943-1945 » CHRD
Article mis en ligne le 10 juin 2015 par Jean-Dominique DURAND
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Madame la Maire du 7° arrondissement, chère Myriam Picot, Madame la Directrice du CHRD, chère Isabelle Rivé, Mesdames et Messieurs les Présidents d’Associations de déportés, de résistants et d’Anciens combattants, Mesdames et Messieurs,

Je tiens en tout premier lieu à saluer Monsieur Pierre Chevillot et sa famille, grâce à qui nous profitons de cette belle exposition. Je veux dire aussi combien je suis impressionné par l’artiste qui est en train de réaliser, pendant que nous discourons, un superbe dessin, transposition de l’une des photographies exposées sur papier.

Les expositions se succèdent au CHRD et ne se ressemblent pas. Une fois de plus le CHRD nous offre une exposition aussi étonnante que passionnante.

Étonnante, parce que vous nous donnez l’occasion de voir Lyon sous l’Occupation, en couleurs. Nous avons plus l’habitude de voir les photos de cette époque en noir et blanc, au mieux, colorisées après la guerre. Or les images que vous nous montrez sont bel et bien des originaux en couleurs ! La couleur, l’Agfacolor, avait été mise au point en 1936, par les ingénieurs chimistes de la firme allemande Agfa, et testée pour la première fois à l’occasion des Jeux Olympiques de 1936, pour filmer les épreuves de natation. Aux États-Unis, la technique était celle de Kodachrome. On se souvient des documentaires de René-Jean Bouyer, Ils ont filmé la guerre en couleurs, quatre films diffusés entre 2000 et 2005, tournés pour Antenne 2 à partir de fonds d’archives le plus souvent privés, retrouvés en divers lieux d’Europe et aux États-Unis. L’exposition que nous inaugurons ce soir fait penser à cette très belle série. Ces images à caractère essentiellement privé ont dû être examinées de près par le service de Documentation du CHRD, pour les identifier, les dater. Pour ce faire, il a fallu les confronter à d’autres photographies en noir et blanc ou à l’iconographie de la ville, ou encore avec le bâti actuel. Étonnante, car on ne peut que s’interroger : comment pouvait-on disposer, à Lyon, à cette époque, de pellicules en couleur, en cette période de toutes les privations, de tous les rationnements, où manquaient même le papier pour les journaux, et tous les produits de base, y compris alimentaires. Étonnante encore, par l’audace de l’auteur des clichés, Paul-Émile Nerson, un photographe amateur, mais fabricant de matériels photographiques, il avait sans doute accumulé avant la guerre quelques pellicules Agfacolor. Sous l’Occupation, seuls quelques soldats allemands ou le photographe collaborationniste André Zucca, qui travaillait pour le journal Signal, pouvaient disposer de cette technique, dont la propagande nazie avait saisi la puissance. Par ailleurs, l’exercice de la photographie était soumis à la censure, et à l’interdiction de photographier à l’extérieur. Nerson quant à lui, réussissait à tromper doublement la surveillance, en possédant à l’insu de tous des pellicules Agfa et en réalisant, pour lui-même il est vrai, une véritable campagne photographique. Juif, il accumulait les risques Étonnante enfin, par l’histoire même du fonds exposé, que nul ne connaissait, mais qui a émergé à la surprise de tous les spécialistes de la période, à l’occasion d’un appel à photos lancé par le CHRD au moment de l’organisation de l’exposition Pour vous Mesdames sur la mode sous l’Occupation. Préservée par Suzanne, la compagne du photographe, c’est le petit-fils de cette dernière, M. Pierre Chevillot, qui a proposé cette collection.

Une exposition passionnante pour ce qu’elle montre et ne montre pas. D’abord il convient de rappeler qu’en ce temps-là, la photographie couleur ne se faisait pas aussi facilement qu’aujourd’hui. Elle avait des contraintes liées à la lumière, du fait d’une sensibilité très faible (de 16 Asa seulement), et de la vitesse très lente de la prise de vue. Cela imposait certains angles de vue et certains moments de la journée pour capter la lumière au mieux. Malgré ces contraintes, ou plutôt à cause d’elles, l’exposition offre un ensemble inédit sur Lyon sous l’Occupation et renouvelle notre vision de la ville en ce temps-là. La couleur nous conduit à porter un regard renouvelé sur Lyon. D’autant plus que ces photographies montrent Lyon entre 1943 et 1944, mais c’est une ville sans occupants ! Sur l’une d’entre elles, on perçoit qu’un bout de side-car a été occulté ; Nerson photographie l’Hôtel de Ville, côté place des Terreaux, mais il coupe le drapeau à croix gammée qui le surmonte. Il détourne ainsi de sa vue la souffrance d’une ville placée sous la botte ennemie, il se refuse à immortaliser les troupes d’occupation.

Un grand merci donc au CHRD, à sa directrice et à son équipe qui en ont fait un outil majeur de la mémoire de Lyon pour les années noires. Grâce au sérieux du travail effectué, à la nouvelle lisibilité de l’exposition permanente, à la succession d’expositions remarquables, aux publications des catalogues et même, prochainement, d’Actes de Colloques, le CHRD a acquis une place incontournable dans le paysage culture lyonnais, et dans la connaissance de l’histoire. C’est ainsi que des détenteurs d’archives privés lui font confiance, car ils savent que leurs documents seront ici, bien traités, répertoriés, identifiés, et même restaurés. On en a un magnifique exemple avec l’extraordinaire collection des dessins d’Arthur Goldschmidt provenant du camp de Terezin.

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