23 juin 2016 - Discours à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Le sport européen à l’épreuve du nazisme Des J.O. de Berlin aux J.O. de Londres (1936-1948) - C.H.R.D. 23 juin 2016
Article mis en ligne le 23 juin 2016 par Jean-Dominique DURAND
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Madame la Directrice du C.H.R.D, Chère Isabelle Rivé, Monsieur le Directeur du Mémorial de la Shoah, Monsieur Jacques Fredj, Monsieur l’Adjoint au Maire de Lyon, délégué au Sport, cher Yann Cucherat, Madame la Maire du 7° arrondissement, vice-présidente de la Métropole, chère Myriam Picot, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Président du Conseil d’Orientation du C.H.R.D., cher Docteur Guillin, Monsieur le Directeurs des Archives Départementales et Métropolitaines, Monsieur le Directeur du Goethe Institut, Monsieur le Directeur du service des Sports de la Ville de Lyon (Jean-Louis Costechareire), Mesdames et Messieurs les représentants des Services académiques, Mesdames et Messieurs les enseignants, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations sportives et des Associations d’Anciens combattants et de Résistants, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d’abord de saluer très respectueusement trois personnalités chères à tous les Lyonnais : Monsieur Tony Bertrand, qui fut un grand adjoint aux Sports, et résistant, présent dans l’exposition en tant qu’acteur de l’histoire, Monsieur le Procureur Général Pierre Truche, à qui ce Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation doit tant, et Monsieur Benjamin Orenstein, rescapé d’Auzschwitz.

Le sport ne se situe pas en dehors de la société, ni en dehors de l’histoire. Le sport n’est pas un espace tranquille et pacifié qui échapperait aux tourments du monde. Dès la deuxième moitié du XIX° siècle, alors que les activités sportives connaissent, dans un contexte hygiéniste nouveau, un développement remarquable, très vite, les associations sportives deviennent des relais efficaces des nationalismes. On l’observe notamment avec les sociétés de gymnastique dans l’empire Allemand, où l’on fit très tôt le lien entre la maîtrise du corps, l’entraînement physique et les exigences de l’armée, alors que les discours nationalistes se durcissaient jusqu’à provoquer l’engrenage bien connu de l’été 1914. Le sport devint un enjeu politique majeur au XX° siècle, notamment lorsqu’il pouvait être manipulé par les régimes totalitaires : le prestige des victoires sur les terrains de sport se confondait avec la propagande de systèmes politiques fondés sur la propagande et la manipulation des esprits. Les Jeux Olympiques occupèrent vite une place incontournable en raison du rassemblement en un même lieu et dans un temps limité, sous le regard des médias, des meilleurs sportifs du monde entier. Les nazis sont sans doute les premiers à l’avoir compris, et à en avoir tiré un formidable profit. C’est ce rapport entre le sport et le nazisme qui est traité dans cette exposition. Je remercie le Mémorial de la Shoah pour la collaboration qui s’est établie à cette occasion avec le C.H.R.D. de Lyon pour une exposition qui prend toute sa place au sein de la célébration de l’Euro 2016. Cette exposition invite aussi à une vraie réflexion sur le nationalisme lié parfois au sport, à un moment où l’Europe semble vouloir céder au repli sur soi, à la peur de l’altérité et au populisme, mais aussi aux liens du sport avec les démarches humanistes, et les vertus propres à une démocratie : le courage, le sens du bien commun, le respect des diversités, avec les valeurs résumées par la devise de notre République, Liberté, Égalité, Fraternité.

Les Jeux Olympiques de l’été 1936 à Berlin, ont rencontré la formidable machine de propagande mise au point dès 1933 par Goebbels : instrumentalisation de l’exploit sportif, exaltation du corps, forcément jeune, beau, fort, et aryen. Les films de Leni Riefensthal à l’esthétique glacée, qui cherchent à identifier l’athlète contemporain aux statues antiques, en particulier son film Olympia de 1937, témoignent de ce que le nazisme entend faire du sport, et de sa capacité à se servir des moyens médiatiques les plus modernes : une soumission totale à l’idéologie raciste et impérialiste. Tout comme l’armée, l’école et l’université, le sport est programmé pour promouvoir la naissance de l’homme nouveau, améliorer la race des Seigneurs, relever des défis nouveaux, ceux de la puissance (boxe, athlétisme), de la discipline (, natation, gymnastique), et de la vitesse avec les courses automobiles et les raids aériens. Dans cette perspective, les jeunes filles étaient mobilisées autant que les jeunes gens, avec pour elles une responsabilité particulière : mettre leur corps au service de la régénération de la race, et pour eux mettre en avant leur virilité. Hitler disait que « Le jeune Allemand doit être mince et élancé, agile comme un lévrier, résistant comme le cuir et dur comme l’acier de Krupp ». Cette citation, tirée du catalogue qui accompagne l’exposition, résume les objectifs du nazisme notamment à travers la comparaison avec l’acier de Krupp. Les sociétés sportives, placées sous un contrôle politique étroit, devaient fabriquer des soldats tout comme les aciéries Krupp fabriquaient des chars. En Italie comme en Allemagne, puis dans la France de Vichy, il s’agissait de développer un sport de masse, entièrement soumis, ne laissant subsister aucun espace de liberté. Dans ce contexte, les Jeux Olympiques, les jeux des Seigneurs aryens, triomphe du sport-spectacle dans un cadre grandiose pensé par l’architecte nazi Albert Speer devaient consacrer la nouvelle supériorité allemande. Pourtant, la machine bien préparée s’est grippée à un moment donné, notamment en raison de la supériorité sportive des Américains d’origine africaine en athlétisme, en saut en hauteur avec Cornelius Johnson qui passa la barre des 2,03 m, et surtout Jesse Owen quadruple médaillé d’or au 100 et au 200 mètres, et au relais quatre fois 100 mètres et au saut en longueur. Ces champions infligèrent une rude humiliation aux nazis. La Résistance se manifestait aussi en Espagne, à Barcelone, où des contre-jeux populaires furent organisés.

Le sport pouvait donc conduire à une réponse au nazisme. Si, bien que des sportifs de tous niveaux et de toutes spécialités firent le choix de se soumettre à la dictature, en Allemagne, en Italie ou à Vichy, d’autres s’y refusèrent. Ils le payèrent fort cher, par l’emprisonnement, l’enfermement dans des camps, le plus souvent par la torture et la mise à mort. Parmi eux, bien sûr les sportifs juifs. La réponse sportive au nazisme reste à souligner. Les Maccabiades, jeux olympiques juifs, peu connus encore en sont un exemple. En France, le réseau Sport libre, fondé en 1941 par Robert Mension et Auguste Delaune, issu du mouvement communiste, il rassemblait des sportifs résistants et entendait s’opposer à la récupération idéologique des pratiques sportives par le régime de Vichy Je propose pour terminer une rapide présentation de deux grands sportifs, l’un qui est présent dans notre exposition, l’autre qui ne l’est pas, mais il est évident que l’on ne peut pas tout dire dans une exposition. Le premier est Tola Vologe (1909-1944). D’origine lituanienne (né à Vilnius) et juive (par sa mère), Tola Vologe est un sportif important des années 1930 avec l’originalité de pratiquer à un haut niveau trois sports : athlétisme, tennis de table (champion du monde en double, 1928), hockey sur gazon (participe aux JO de 1936 à Berlin dans l’équipe de France, classée 4°). Installé à Paris, il se réfugie à Lyon en juin 1940 au moment de la défaite, Il s’investit dans le Lyon Olympique Universitaire (LOU). Il intègre le réseau Sport Libre. Il s’occupe notamment de cacher des réfractaires au STO. Arrêté par la Milice en mai 1944, en tant que résistant, Vologe est livré à la Gestapo. Utilisé pour déblayer des décombres à l’école de Santé militaire à la suite d’un bombardement, il est exécuté sur place. Il est inhumé au cimetière militaire de la Doua. Ce qu’il représente est important : un étranger réfugié en France, bien intégré à travers le sport, qui s’identifie à son pays d’accueil au point de combattre comme officier dans l’armée française en 1939-1940, puis de participer à la Résistance avec tous les risques que cela impliquait. Ami de Tony Bertrand, son nom est donné au stade d’entraînement de l’Olympique lyonnais. Je vous invite à découvrir la Bande dessinée qui lui est consacrée. Le second exemple, je le prends en Italie, avec le grand coureur cycliste Gino Bartali (1914-2000), antifasciste, champion d’Italie, vainqueur du Giro d’Italia en 1936 et 1937, du Tour de France en 1938 et 1948, il profitait de ses entraînements en Toscane pour apporter des faux papiers à des juifs cachés notamment dans des couvents. Le cadre de son vélo était aussi rempli de tracts. Il fut arrêté, mais, protégé par sa popularité, il fut libéré et il poursuivit ses activités. Il fut reconnu par Yad Vashem comme juste parmi les Nations en 2013 à titre posthume. Vologe était immigré devenu français, juif, proche du parti communiste ; Bartali était italien, militant catholique (la presse le surnommait « Gino-le-pieux »). Ils ne se sont certainement pas connus. Mais tous deux partageaient une vision commune du sport de haut niveau, qui excluait toute compromission avec des systèmes politiques niant le primat de la personne humaine. Pour eux, le sport était au contraire un moyen d’élévation et un formidable apprentissage de respect de tous dans une société plurielle. Leur exemple reste à méditer jusqu’à aujourd’hui.

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