27 juillet 2016 : Discours en hommage au Fusillés de la place Bellecour - Lyon
Article mis en ligne le 27 juillet 2016 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le représentant de Monsieur le Préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Préfet du Rhône, Madame la représentante du Président du Conseil régional Auvergne Rhône-Alpes, Monsieur l’Adjoint au Maire délégué à la Sécurité, cher Jean-Yves Sècheresse, Monsieur le Maire du 5° arrondissement, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le grand Rabbin, Messieurs les Consuls généraux, Messieurs les officiers représentants le Général Gouverneur militaire deLyon et la base aérienne « Colonel Chambonnet » à Ambérieu, Monsieur le représentant de l’Association nationale des Officiers de réserve de l’Armée de l’Air, Messieurs les Présidents des ordres nationaux, Monsieur le représentant de l’Association des Anciens Compagnons de la Libération et Médaillés de la Résistance, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de Résistants et de Déportés, Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux, Chères familles des cinq héros exécutés ici même le 27 juillet 1944 pour que vive la République, Mesdames et Messieurs,

Il y a soixante-douze ans exactement, le 27 juillet 1944, cinq hommes tombaient ici, victimes d’une autre barbarie, d’un autre totalitarisme. Cinq hommes jeunes, René Bernard, Albert Chambonnet, Francis Chirat, Gilbert Dru, Léon Pfeffer. Le plus âgé était Albert Chambonnet, originaire du Gard, 41 ans, marié, père de cinq enfants, capitaine de l’Armée de l’Air, il était socialiste et franc-maçon ; à 21 ans, Léon Pfeffer, né à Nancy dans une famille d’origine polonaise immigrée en France, était le plus jeune, déjà engagé dans la vie professionnelle, il exerçait la profession d’orfèvre en bijouterie, il était juif et communiste ; René Bernard, lui aussi communiste, venait de Montreuil, il avait 39 ans, prisonnier de guerre libéré en février 1944, il était marié et père d’une petite fille, très affaibli par sa captivité, il vivait à Annemasse et avait monté une entreprise de transport ; à 27 ans, Francis Chirat né à Villeurbanne travaillait au Crédit Lyonnais ; Gilbert Dru, 24 ans, né à Lyon, était étudiant en Lettres, tous deux étaient des militants chrétiens, l’un à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, l’autre à la Jeunesse Étudiante Chrétienne. Ces cinq avaient été tirés de la sinistre prison de Montluc par la Gestapo, pour être abattus ici même, à midi, au milieu de la foule, afin de terroriser la population. Les corps restèrent exposés plusieurs heures avec interdiction à quiconque de leur porter secours. D’origines religieuses et politiques différentes, ils s’étaient dressés contre la soumission à une doctrine de haine, et pour défendre la liberté, l’égalité, la fraternité. Ils avaient utilisé des armes de résistance différentes : la résistance armée, le combat militaire, le maquis, la résistance spirituelle, la réflexion, la diffusion de l’information arme fondamentale utilisée auprès des Alliés comme auprès des populations. Ils avaient été confrontés à une barbarie dont on allait mesurer l’ampleur seulement la guerre achevée. Les mois de l’été 1944 furent, à Lyon et dans toute la France occupée, les plus terribles de toute l’occupation. Le 11 août encore, un convoi de déportés juifs partit de Perrache pour Drancy et Auschwitz, tandis que de nombreux prisonniers étaient prélevés à Montluc pour être exécutés à Bron et à Saint-Genis Laval quelques jours seulement avant la libération de Lyon, le 3 septembre. Cette barbarie est racontée par notre Veilleur de Pierre. Ce monument, devenu le sanctuaire de la Résistance et de la Déportation, associe dans une synthèse saisissante, les noms des fusillés du 27 juillet et la litanie interminable des lieux de massacre et ceux des camps de déportation et d’extermination, que nous lisons lors de la Journée Nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation pour ne pas oublier les noms, noms des lieux, et noms des personnes. A partir du 8 mai 1945, avec la victoire sur le nazisme, on a pu penser que le Mal était vaincu. Pourtant nous savions qu’il perdurait dans le monde sous des formes diverses. Mais partout, en Chine, en Union Soviétique, en Amérique du Sud, au Cambodge, au Rwanda, il s’est exercé avec toujours les mêmes méthodes : abolition de la démocratie, écrasement des libertés fondamentales à commencer par celle de la presse, négation de la dignité de la personne humaine, massacres et exécutions sommaires, création de camps où les vies doivent se consumer au gré des mauvais traitements, de l’insuffisance de nourriture et de soins. L’histoire ne se répète pas, dit-on, et pourtant… ! Aujourd’hui, en cet été 2016, la France vit, avec d’autre nations amies, de nouvelles tragédies. La France est en deuil. A Nice, un attentat d’une lâcheté et d’une violence inouïes, en s’attaquant cette fois à des familles et à des enfants réunis pour une fête populaire, la Fête Nationale, la fête de la Nation, a franchi une nouvelle étape dans la sauvagerie la plus absolue. Cet attentat comme les précédents, comme ceux qui ont frappé aux cours des dernières années, Paris, Londres, Madrid, Bruxelles, New York, Boston, San Antonio, Orlando, Tel Aviv, Tunis, Istanbul, Beyrouth, Bagdad, Dacca, Kaboul, Bamako, ainsi que de nombreuses villes du Nigeria, s’appuie sur une idéologie barbare, l’islamisme radical. Hier au nom de cette idéologie, on a assassiné dans des conditions barbares un prêtre catholique, dans une église, au cours d’une célébration. Un nouveau pas a été franchi vers toujours plus d’ignominie. Cette idéologie totalitaire se fonde sur la négation de la personne humaine, entend se répandre par le moyen d’une violence aveugle, et s’appuie sur la haine : haine de toutes les différences, haine des religions à commencer par la haine de l’islam même, haine des juifs, haine du vivre ensemble, haine de la femme, haine des homosexuels, haine des jeunes, haine de la fête, haine de toutes les libertés, haine de la démocratie. Cette haine qui semble ne connaître aucune limite, entend saper notre communauté nationale, notre culture, notre civilisation, nos institutions. Elle entend rendre impossible toute vie sociale dans une société pluraliste. Tout en étant très différente de par ses racines historiques, elle présente bien des points communs avec le nazisme, à commencer par l’abjection. L’abjection de l’assassinat du père Jacques Hamel hier à Saint-Étienne-du-Rouvray résonne répond comme un sinistré écho à l’abjection des assassinats de la place Bellecour le 27 juillet 1944.

Il y a deux ans, dans un échange avec moi, Didier Chambonnet m’avait parlé de « l’esprit du 27 juillet ». Cet esprit est contenu dans ces mots écrit par Gilbert Dru avant son arrestation : « Notre génération arrive à l’âge d’homme au milieu de la plus grande épreuve qu’ait jamais subie notre patrie. La souffrance est notre « marque commune » : souffrance morale pour tous de l’humiliation, souffrance physique pour beaucoup, esclavage sur une terre étrangère, bannis ou traqués sur notre propre sol, détenus et parfois suppliciés. Un refus est notre réaction commune : refus de la capitulation de la désespérance, refus du soi-disant ordre nouveau, ordre de servitude. » « L’esprit du 27 juillet », c’est le primat de la conscience sur l’obéissance aveugle, c’est dire NON à la haine, c’est dire OUI à la liberté, OUI à la fraternité, OUI au vivre ensemble, OUI à la paix, en un mot, OUI à la République. Il s’agit de messages universels que nous transmettent les fusillés du 27 juillet 1944, tout comme les juifs déportés et les Justes parmi les Nations, tout comme aujourd’hui les victimes du terrorisme en France et à travers le monde. Ces messages sont au nombre de quatre : Celui de la reconnaissance de l’autre, de la valeur de toute altérité. Celui de la solidarité et de la fraternité comme vertus fondamentales pour faire tenir la société debout et la rendre plus humaine. Celui de la Résistance : ne jamais céder aux porteurs de haine. Celui de l’unité fondamentale de la Nation incarnée par les cinq de la place Bellecour, par de là les différences de convictions politiques et religieuses. Aujourd’hui comme hier, la démocratie se trouve face à un défi auquel nous devons répondre avec détermination en refusant tout repli identitaire.

Ces messages, la Ville de Lyon les fait vivre, avec son Maire, Gérard Collomb, fidèle à sa longue tradition humaniste. L’esprit du 27 juillet l’anime, comme il nous anime tous.

Vive la République ! Vive la France ! Vive l’Europe unie.

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