Pour une Europe plus humaine
Article mis en ligne le 12 août 2016 par Jean-Dominique DURAND
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Le 6 mai dernier, le pape François a prononcé un important discours sur l’Europe, alors qu’il recevait le prestigieux Prix Charlemagne qui reconnaît l’action d’une personnalité en faveur de l’unité européenne. Il s’agissait pour le pape d’appeler l’Europe à un sursaut, alors qu’il la voit en déclin, fatiguée, repliée sur elle-même, une Europe « en train de se retrancher ». Il l’interpelle pour la secouer : « Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères ? » Il montre le fossé qui s’est creusé entre les intuitions des Pères de l’Europe, notamment Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide De Gasperi qu’il cite abondamment et qu’il qualifie de « hérauts de la paix et prophètes de l’avenir ». Leur message et leurs actions concrètes sont plus que jamais d’actualité, et permettent d’ « actualiser l’idée d’Europe ». Il s’agit de répondre au défi de renouveler les traditions humanistes de l’Europe. Pour cela, le pape invite d’abord à réfléchir aux racines de l’Europe qu’il nomme « une famille de peuples ». Il n’entre pas dans le débat sur les racines chrétiennes, formule qu’il n’utilise pas, pour aller au-delà, pour insister au contraire sur la diversité culturelle de l’Europe, depuis toujours : « les racines de nos peuples, les racines de l’Europe se sont consolidées au cours de son histoire du fait qu’elle a appris à intégrer dans une synthèse toujours neuve les cultures les plus diverses et sans lien apparent entre elles. L’identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle. » Mais l’Église a une mission pour « contribuer à la renaissance d’une Europe affaiblie », celle de verser « l’eau pure de l’Évangile » sur les « racines de l’Europe ». L’avenir de l’Europe se situe donc dans le dialogue, dans de « nouvelles synthèses », dans l’ouverture, dans la rencontre des civilisations et des peuples. Mais cet avenir ne peut pas se construire sans l’apport et la mobilisation des jeunes qui se trouvent aujourd’hui marqués par le chômage, la précarité, le sous-emploi. Reprenant sa critique du libéralisme et de la finance internationale déjà exprimée dans l’encyclique Laudato Sí et dans son discours aux Mouvements populaires à Santa Cruz de la Sierra, le 9 juillet 2015, le pape appelle à la mise en œuvre d’un système économique équilibré, du type de « l’économie sociale de marché » qui avait été réalisée dans les années 1950 sous l’impulsion des démocrates chrétiens allemands. Il invite ainsi à « passer d’une économie, qui vise au revenu et au profit […] à une économie sociale qui investit dans les personnes en créant des postes de travail et de la qualification. » François termine son intervention en exprimant sur le modèle de Martin Luther King, un rêve : « je rêve d’un nouvel humanisme européen », le rêve d’une Europe qui respecte la vie, secourt le pauvre, accueille « celui qui n’a plus rien et demande un refuge », qui valorise les personnes âgées, où les jeunes et les familles aient leur place, « qui promeut les droits de chacun sans oublier les devoirs envers tous. » Par ce discours, François se situe dans la continuité de ses prédécesseurs qui tous, depuis Pie XII, ont exprimé leur soutien à la construction d’une Europe unie. Celle-ci est une nécessité impérieuse dans un contexte général qui n’est pas moins préoccupant que celui de la fin de la Deuxième Guerre mondiale et de la Guerre froide : Paix et Solidarité sont les objectifs majeurs de l’Union, hier comme aujourd’hui. Mais à travers sa définition de l’identité de l’Europe fondée sur des cultures multiples mais où l’Église doit jouer pleinement son rôle d’évangélisatrice dans un esprit de service, et de l’Europe comme famille de peuples sans utiliser le mot État, le pape ouvre des voies nouvelles pour affronter un temps de tempêtes. Reste à savoir ce que ses auditeurs, les plus hauts responsables politiques européens, ont retenu.

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