13 septembre 2016 : Discours à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Regards sur la Grande Guerre 1914-1919 - Salle Edmond Locard
Article mis en ligne le 13 septembre 2016 par Jean-Dominique DURAND
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Madame la Maire du 7° arrondissement (Myriam Picot), Monsieur le Président du Comité Départemental de liaison des Associations d’Anciens combattants (M. Jean Ricci) Monsieur le Général représentant du Général Gouverneur militaire, je salue Avec plaisir le général Bertrand de Reboul, en lui souhaitant la bienvenue à Lyon, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur l’Inspecteur d’Académie (M. Capdepont), Monsieur le Directeur du service départemental de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (M. Philippe Rivé), Monsieur le Directeur du Souvenir Français (M. Hubert Boulet), Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de Résistants et de Déportés, Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs,

Il faut remercier vivement le Comité de liaison des Associations d’Anciens combattants pour l’organisation de cette passionnante exposition de photographies du commandant Jean Tournassoud. Passionné par la photographie naissante (il était né en 1866, une trentaine d’années seulement après les premières mises au point par Nicéphore Niepce et Louis Daguerre), ami des frères Auguste et louis Lumière, il s’engagea dans l’armée avec ses encombrants appareils en 1892. Il se fit vite connaître avec sa plaque argentique et ses autochromes de la vie militaire, de la caserne, des soldats et des officiers, des chevaux. Il devint un photographe animalier célèbre. Ses photographies de guerre portent un regard attendri sur les animaux, chevaux, ânes, pigeons, chiens que l’on oublie souvent dans les histoires du conflit. Dès le début de la guerre, le commandement lui attribua des missions photographiques. Il fut l’un des premiers à montrer la guerre en couleurs, révélant à l’arrière, les réalités de la vie effroyable dans les tranchées. Il fut chargé aussi de missions de renseignements : les images des activités des troupes ennemies prirent leur place parmi les armes de guerre. A l’issue du conflit, il avait réalisé près de 3.000 photos sur les différents fronts, mais aussi des portraits de généraux (Foch, Joffre, Pétain, Weygand, Lyautey…) et de Georges Clemenceau. Il en tira du reste une première exposition intitulée Sujets de Guerre, qui fut présentée en 1919, dans de nombreuses villes françaises, dont Lyon. En 1918, il fut nommé Directeur du Service photographique et Cinématographique de l’Armée.

Il est intéressant de relever que la Grande Guerre fut le premier conflit à être représentée par les artistes, car la photographie, l’œuvre de Tournassoud le montre bien, est un art. Les artistes ont cherché à représenter le conflit. L’image en particulier, s’est emparée de la guerre. C’est pourquoi je voudrais évoquer aussi la peinture, le dessin, l’art de l’affiche auquel une belle exposition a été consacrée en 2014 au Fort de Vaise. Des artistes ont été missionnés par les États belligérants, tout comme le photographe Tournassoud, avec, en France Maurice Denis, Félix Vallotton, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, et d’autres moins connus peut-être comme Alphonse Lalauze ou François Flameng. Dès avril 1914, l’administration militaire avait créé le titre de « peintre du ministère de la Guerre ». Les premières missions démarrèrent en décembre. L’Allemagne, l’Angleterre, firent de même. Il faut évoquer également la littérature. Mais ici, on dispose de documents plus libres, qui ont échappé à la censure militaire, parce que souvent publiés la paix revenue. Henri Barbusse, Roland Dorgelès, Louis Aragon, Maurice Genevoix, Guillaume Apollinaire en témoignent. Surtout, particulièrement utiles pour la connaissance de la guerre, sont les témoignages, les récits de guerre, les lettres des poilus. Ces années du Centenaire ont permis de revenir sur ces documents qui constituent une source remarquable pour connaître le conflit de l’intérieur. Nombreuses sont les publications de ces textes très émouvants rassemblés en anthologies, dont beaucoup ont été retrouvés dans des greniers. En effet, les combattants de la Grande Guerre étaient les enfants de l’école de la République : l’école obligatoire les avaient éduqués, leur avait appris à lire et à écrire, elle les avait préparés aussi à accepter de sacrifier leur vie pour la Patrie. Ils ont pu ainsi utiliser leurs savoirs, écrire, raconter, et l’on ne peut qu’être surpris par la qualité de l’écriture et de l’orthographe de ces jeunes soldats qui, le plus souvent, n’avaient pas dépassé l’école primaire.

Tous ces témoignages, la photographie, la peinture et les arts graphiques, la littérature et les témoignages, ont les retrouve dans toute l’Europe. A Jean-Baptiste Tournassoud, répond en Allemagne Hans Hildenbrand ; aux écrivains français, répondent l’Allemand Eric Maria Remarque, les Britanniques John Ronald Tolkien et Harry Fellows, le Belge Émile Verhaeren, l’Autrichien Stephen Zweig ; parmi les peintres l’Italien Gino Severini, l’Allemand Otto Dix ont laissé des œuvres saisissantes. Je pourrais multiplier les exemples. Cette dimension européenne, et mondiale, de ce conflit effroyable, la mémoire que nous en avons cent ans après, transmise par diverses formes artistiques, nous confirme s’il en était besoin, l’importance de la culture dans la transmission. Au lendemain même du conflit, le commandant Tournassoud présente publiquement ses reportages photographiques, et même c’est durant la guerre, en 1916, que Barbusse publie Le Feu qui obtient le Prix Goncourt. Cette dimension culturelle du conflit nous la faisons vivre en ce centenaire afin d’en montrer à la fois la dimension héroïque, les sacrifices inouïs, le courage absolu des combattants, et aussi son caractère absurde de destruction totale, une guerre civile européenne qui laissa exsangues les nations européennes. La ville de Lyon prépare toute une série de manifestations culturelles pour marquer le centenaire de la fin de la Guerre, qui impliqueront de l’automne 2017 au printemps 2018, toutes nos institutions, théâtres, orchestres, musées, bibliothèques, établissements scolaires, universités… L’une de nos premières manifestations sera d’ailleurs en liens avec une certaine forme de photographie et avec les découvertes des frères Lumière, il s’agira d’une importante exposition mise en œuvre par le Professeur Amiel aux Archives municipales, consacrée aux progrès fulgurants de la radiologie durant le conflit. Mais d’ores et déjà, je vous donne rendez-vous le 11 novembre prochain sur la place Bellecour, pour la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun et des grandes batailles de 1916.

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