06 octobre 2016 : Discours à l’occasion du Congrès national de l’Association des membres de la Légion d’Honneur décorés au péril de leur vie - Hôtel de Ville de Lyon
Article mis en ligne le 6 octobre 2016 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Général de Corps aérien, Président national de l’Association des DPLV, (Bernard Nicolas) Monsieur le Président de la Section Métropole de Lyon – Rhône – Loire – Saône-et-Loire, de l’Association des DPLV, cher colonel Jean Laroche, Mesdames et Messieurs les légionnaires membres de l’Association, Monsieur le lauréat du Prix de la Fidélité patriotique, Monsieur Mohamed Djedid, ancien Président de l’Union nationale des anciens combattants français musulmans, Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement honoré de vous accueillir en l’Hôtel de Ville, au nom de Monsieur Gérard Collomb, Sénateur-maire de Lyon, Président de la Métropole. Je dirai que j’en suis fort ému car vous avez mérité la plus haute distinction de la République, parce que vous avez commis des actes de bravoure, parce que vous avez su mettre en péril votre vie dans des circonstances périlleuses. Risquer sa vie pour une cause, pour défendre des valeurs ou pour sauver une autre vie invite à la reconnaissance, à l’admiration. Nous vous remercions d’avoir choisi Lyon pour tenir votre Congrès annuel. Notre ville, elle-même décorée de la Légion d’Honneur, de la Croix de Guerre, de la Médaille de la Résistance, qualifiée de Capitale de la Résistance par le général de Gaulle dans un discours fameux prononcé le 14 septembre 1944 au balcon de notre Hôtel de Ville, est particulièrement fière de vous accueillir. Lyon n’est pas une personne, mais une collectivité qui comprend des femmes et des hommes qui ont été nombreux à poser des actes de courage face à l’adversité, au service du pays. Votre association fondée en 1927 à la suite de la Première Guerre mondiale, entend faire vivre les principes établis par Napoléon Bonaparte lorsqu’il fonda en 1802 l’Ordre de la Légion d’Honneur. Celui-ci entendait distinguer des mérites acquis sur les champs de bataille ou à titre civil et les proposer à la Nation comme des modèles de vie et de sacrifice. Très tôt, on a distingué les deux sources de la distinction, celle du courage au combat et celle du courage du service. Le général Bonaparte distinguait lui-même « ses soldats et ses savants ». En commun tous ont en partage un même amour de la patrie, une même volonté de la faire avancer sur les voies de l’honneur et du courage. Votre association s’inscrit donc dans la tradition toujours renouvelée du service du pays qui peut aller jusqu’au sacrifice de sa vie, dans la tradition de l’héroïsme qui avait animé tant de combattants de 1914-1918. En ces années du Centenaire du premier conflit mondial, il nous revient de rappeler le sacrifice de millions de jeunes hommes pour que la nation vive. Les commémorations de la guerre, mais aussi bien d’autres commémorations qui se succèdent tout au long de l’année permettent de souligner cette valeur fondamentale que vous incarnez, celle du courage. Les temps troublés que nous vivons, nous amènent à rappeler la puissance du courage pour unir la nation. Ce courage est partagé par nos soldats engagés sur les terrains extérieurs comme par ceux qui, avec nos policiers et nos gendarmes patrouillent sans relâche dans nos rues, ou protègent les lieux de culte, les écoles, les manifestations festives insupportables aux nouveaux barbares. Ce courage, c’est aussi celui de tous ceux qui s’engagent, et je pense notamment aux jeunes du Service civique. J’ai évoqué l’importance dans notre ville de la politique mémorielle que nous mettons en place avec Gérard Collomb. Les commémorations en sont un élément important pour rappeler autour d’un événement ou d’une personnalité, cette vertu du courage que vous incarnez ; Permettez-moi de m’arrêter un instant sur Jean Moulin, car nous avons dévoilé une plaque en son honneur le 21 juin dernier. Un nom qui claque comme un étendard, qui est devenu un symbole des vertus de la République : le courage, le sens du bien commun, le respect des diversités, un nom qui incarne toutes les valeurs résumées par la devise Liberté, Égalité, Fraternité. Un nom qui représente l’esprit de Résistance, c’est-à-dire le refus de la défaite, de la soumission, de la haine apportée par le nazisme. Dès le 17 juin 1940, Jean Moulin alluma la flamme de la Résistance française. Préfet de Chartres, face à l’envahisseur allemand, il prit la défense de soldats français, des tirailleurs recrutés en Afrique noire, accusés par les nazis d’avoir procédé au massacre d’une population civile, qu’ils avaient en fait perpétré eux-mêmes. Il fut pour cela torturé. Le général de Gaulle a écrit à ce sujet : « La force de caractère, la clairvoyance et l’énergie que [Jean Moulin] montra en cette occasion ne se démentirent jamais. Que son nom demeure vivant comme son œuvre demeure vivante. Fondateur du Conseil National de la Résistance, il fut arrêté à Caluire le 21 juin 1943. Enfermé à Montluc, torturé, il mourut des suites de ses tortures, sans doute en gare de Metz, alors qu’il était transféré en Allemagne. Pourtant il resta toujours, jusqu’à la fin un homme libre. Dans sa cellule de Montluc, sous les coups de Klaus Barbie, dans le train qui amenait son corps exsangue pour d’autres interrogatoires en Allemagne, il resta toujours un homme libre. Libre par l’esprit alors que son pauvre corps était atrocement déchiré. Malgré les tortures les plus atroces, il resta toujours libre et jamais il ne céda. Tandis que plus aucune parole ne pouvait sortir de sa bouche écrasée de coups, on lui tendit un papier pour lui permettre d’écrire les noms des responsables de la Résistance, Jean Moulin qui était aussi un grand artiste, aurait dessiné le visage caricaturé de son tortionnaire. Face à son bourreau, il restait libre, libre de refuser de répondre aux questions, libre de pas parler, lui qui savait tout. Jusqu’à la fin, il résista. Telle est la leçon qu’il nous transmet : Jean Moulin défendit la liberté par tous les moyens, y compris en choisissant le silence pour sauver la Résistance. A Lyon, de nombreux lieux publics sont dédiés à Jean Moulin, un quai, un collège, une université même. Ils rappellent ce que nous devons au chef de la Résistance. Plus que jamais, en ces temps troublés, marqués par le retour des nationalismes en Europe, du repli sur soi, par des actes barbares commis en France et en de nombreux points du globe, les vertus de la Résistance et du courage sont nécessaires. Tel est le message que vous transmettez. Soyez-en remerciés.

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