25 mars 2017 : Discours à l’occasion des 60 ans de la mort d’Édouard Herriot 1957-2017 Square Jussieu, Lyon 3°
Article mis en ligne le 29 mai 2019 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Ministre (Thierry Braillard), Madame la Députée (Gilda Hobert), Monsieur le Président du Cercle Édouard Herriot de Lyon, Monsieur Éric Pommet, Messieurs les présidents des partis radical et radical de gauche, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs,

Édouard Herriot nous rassemble en cette soixantième année de sa mort, survenue le 26 mars 1957. Il occupe dans la mémoire de notre ville et au-delà, de notre pays, une place considérable qui ne s’effacera sans doute jamais. Il fut maire de Lyon pendant près de cinquante ans, élu pour la première fois en 1905, à 33 ans, ministre pour la première fois en 1916, Président du Conseil, Président de la Chambre des Députés, Académicien de France, homme de grande culture, auteur de nombreux ouvrages, il a laissé une marque indélébile dans de nombreux domaines. La Ville de Lyon reviendra sur son œuvre tout au long de l’année ; demain matin, Gérard Collomb, son successeur, lui rendra hommage au cimetière de Loyasse, devant son tombeau, œuvre de son ami Georges Salendre, que nous avons restaurée en lui rendant sa majesté et sa dignité ; à l’automne, un colloque universitaire organisé par le Professeur Bruno Benoît revisitera son œuvre, tandis que le musée Gadagne reviendra sur l’urbanisme au temps d’Herriot.

Je voudrais aujourd’hui souligner le rôle de pionnier assumé bien souvent par Édouard Herriot. Humaniste laïc, il sut prendre très tôt fait et cause pour le capitaine Alfred Dreyfus, il fonda la section lyonnaise de la Ligue des Droits de l’homme, et il fut l’un des 80 parlementaires qui refusa de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940 ; historien, auteur de nombreux ouvrages, dont le fameux Lyon n’est plus, histoire de la Révolution à Lyon, quatre volumes publiés en 1937-1940, il s’attacha à faire venir à la Bibliothèque municipale tout ce que si publiait sur la Première Guerre mondiale, rassemblant ainsi une collection unique au monde. Parmi ses amples visions du monde, j’ai choisi d’évoquer ses choix européistes, alors que fêtons aujourd’hui même le 60° anniversaire des Traités de Rome, portant création de la Communauté Économique Européenne et de l’Euratom, une étape majeure dans le long chemin de la construction européenne. Son choix pour une Europe unie, sachant dépassant les démons nationalistes, il le fit très tôt. Il fut le premier homme politique européen important à parler, dans la suite de Victor Hugo, des « États-Unis d’Europe », dès le 28 janvier 1925, dans un discours prononcé à la Chambre des Députés alors qu’il était président du Conseil et ministre des Affaires Étrangères. Ce discours mérite d’être cité en ce double anniversaire de 1957 : « L’Europe, ce n’est presque plus qu’un petit canton du monde. Qu’elle laisse tomber un peu son vieil orgueil ! Là-bas, dans le Pacifique se posent des problèmes qui, un jour prochain exigeront probablement la collaboration des États-Unis d’Europe… Mon plus grand désir est de voir un jour apparaître ces États-Unis d’Europe, et si à la SDN j’ai dépensé mes forces avec tant de courage, j’ai le droit de le dire, c’est parce que dans cette grande institution, je voyais la première esquisse des États-Unis d’Europe. Je veux le dire : il y a des peuples qui doivent se réconcilier parce que leur collaboration est indispensable. » On note la lucidité de l’analyse : l’Europe n’est plus qu’une petite partie d’un monde déjà globalisé, son unité est nécessaire et elle passe nécessairement par la réconciliation de la France et de l’Allemagne. Ce terme de réconciliation, largement utilisé après la Deuxième Guerre mondiale, il le porta en lui toute sa vie. Il soutint le projet de PanEuropa de Coudenhove-Karlegi, celui d’Aristide Briand en 1929, celui de Robert Schuman en 1950. S’il s’opposa au projet de Communauté Européenne de Défense en 1954 car il lui semblait inabouti, il soutint ensuite la relance de la construction d’une Europe nouvelle qui aboutit aux Traités de Rome. Clin d’œil de l’histoire, ils furent signés la veille de sa mort. En 1930, il avait publié un ouvrage qui résumait son engagement européiste. Il était intitulé sobrement Europe. Il y exposait ses convictions économiques fondées sur une union douanière, mais il insistait sur ce qu’il appelait, lui, l’homme de culture, le rôle de l’esprit, pour la formation d’une conscience européenne, et sur l’éducation. Il prônait même la préparation de manuels scolaires qui seraient « des ouvrages où les histoires nationales ne seraient que des chapitres […], de livres contrôlés par une impartiale organisation européenne, où figureraient les écrivains les plus respectés pour leur indépendance d’esprit. »

En ces jours cruciaux pour notre pays et pour l’Europe, à moins d’un mois d’une élection majeure, la vision politique d’Édouard Herriot qui portait loin devrait, dans un contexte de retour en force des nationalismes et de la haine des différences, être une source de réflexion pour tous nos concitoyens.

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