Helmuth Kohl et Simone Veil, deux destins européens
Article mis en ligne le 15 juillet 2017 par Jean-Dominique DURAND
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L’Europe a perdu à peu de jours de distance, deux hautes figures politiques et morales, deux personnalités différentes, mais liées par leurs convictions européistes, deux personnalités qui ont été confrontées aux drames de l’Europe du XX° siècle, deux destins européens. Le Président de la République française, Emmanuel Macron a déclaré : « L’Europe, c’est l’histoire de femmes et d’hommes qui ont le courage de s’insurger contre les haines ». Helmuth Kohl e Simone Veil illustrent parfaitement ce propos.

Helmuth Kohl est en 1930 en Rhénanie, trois avant la conquête du pouvoir par les nazis. Enfant, il grandi dans le contexte de la dictature, de la guerre et de la destruction de l’Europe. Profondément catholique, il adhère après la guerre au Parti démocrate chrétien (CDU) reconstruite en même qu’une Allemagne nouvelle, démocratique et fédéraliste, par Konrad Adenauer. Celui fut toute sa vie durant un modèle. Fidèle à son héritage politique et spirituel, il a voulu, comme ministre-président de la Rhénanie-Palatinat, comme leader de son parti CDU, comme ministre, et comme chancelier de 1976 à 1998, intégrer l’Allemagne à l’Europe. Il était convaincu que les malheurs de l’Europe provenaient des malheurs de l’Allemagne, et qu’il fallait construire l’Europe sur la triple base de la réconciliation, de la confiance mutuelle et de l’amitié. Fameuse est la photo de Kohl et de Mitterrand à Verdun, la main dans la main, fa ce à des milliers de tombes de soldats tombés sur ce champ de bataille symbole de la folie de la guerre, mère de toutes les misères et de toutes les haines. Comme tous les hommes de paix, il souffrait pour la division de l’Allemagne et de l’Europe en deux parties séparées par le rideau de fer. Mais il a pratiqué une politique d’ouverture à l’égard de l’Union soviétique et des pays de l’Est placés sous le joug communiste. Aidé par la perestroïka de Gorbatchev, il a su, parce qu’il avait une grande de l’Europe, comprendre avant tout le monde, la leçon de la chute du Mur de Berlin, et provoquer la réunification de l’Allemagne. Non pas pour reconstruire une « grande » Allemagne, mais réunir l’Europe sur la base de la paix. Helmuth Kohl restera dans l’histoire comme un grand constructeur de l’Europe. Il avait eu sous ses yeux de jeune allemand, les ruines de son pays, et il avait éprouvé la honte des crimes les plus horribles de l’histoire de l’humanité provoqués par son peuple. En 1998, il laissa une Allemagne réconciliée avec elle-même, et une Europe élargie aux pays libérés du communisme.

Simone Veil était née à Nice en 1927 dans une famille juive non pratiquante. Arrêtée par la gestapo en mars 1944, elle connut à 16 ans, l’enfer d’Auschwitz puis de Bergen-Belsen où sa maman mourut. Ayant survécu, de retour en France, elle commença une carrière dans la magistrature et en politique, dans le centre-droit. Elle fut appelée au gouvernement par Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Elle fut aussi une militante de la Mémoire pour que jamais les horreurs des camps et de la Shoah ne fussent oubliées, mais elle était sans haine. Dès après la guerre, elle disait qu’il fallait faire la distinction entre les nazis et les Allemands. Pour cette raison, elle fut en même temps une militante de la construction d’une Europe unie, école de paix et de démocratie. Elle pensait que le bien commun européen dépassait les intérêts nationaux, et elle défendait une vision fédéraliste de l’Europe. Toute sa vie, elle œuvra pour la promotion des droits humains, en particulier ceux des femmes comme on l’a vu lors du débat sur l’avortement en 1975. L’Europe envoya en fort message à ses propres citoyens en faisant de cette femme juive, rescapée de la Shoah, la première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel en 1979.

Pour Veil comme pour Kohl, l’Europe était vue comme un destin commun. Tous les deux ont reçu le Prix Charlemagne, Simone Veil en 1981, Helmuth Kohl (avec François Mitterrand) en 1988. Deux destins européens qui ont traversé un siècle de fer, sans jamais désespérer des Européens. Ils incarnent, chacun à sa manière, l’espérance européiste.

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