La ville de Lyon rend hommage à Jacqueline et Roland de Pury
Article mis en ligne le 25 septembre 2017 par Jean-Dominique DURAND
Imprimer cet article logo imprimer {id_article}

Le 31 octobre 1517, Martin Luther affichait ses « 95 thèses » sur la porte de l’église de Wittemberg, ouvrant la voie à la Réforme. 500 ans plus tard, la Ville de Lyon souhaite souligner ce que le protestantisme lui a apporté en honorant deux grandes figures protestantes qui ont marqué son histoire à un moment particulièrement sombre. Il s’agit d’un couple, Jacqueline et Roland de Pury. Il est rare d’honorer un couple. J’ai eu le plaisir d’inaugurer récemment une rue dédiée à un couple lui aussi engagé ensemble dans la Résistance, Blanche et Georges Caton dans le 7° arrondissement, qui compte aussi la rue Sabine et Miron Zlatin, deux grandes figures de la lutte contre le Mal. Jacqueline et Roland de Pury ont été reconnus ensemble comme Justes parmi les Nations par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem, en 1976. Il est vrai que tout comme les Caton ou les Zlatin, il est difficile de les séparer tant ils sont complémentaires. On connaît mieux Roland de Pury car son action était publique. Pasteur de l’Église Réformée, il exerçait au temple de la rue Lanterne. Thierry Philip reviendra dans un instant sur ses sermons, en particulier celui fameux, du 14 juillet 1940 appelant à refuser la défaite, sorte d’appel protestant du 18 juin. Par ses discours, par ses écrits, par son travail dans un esprit œcuménique avec les jésuites de Fourvière et les Cahiers du Témoignage chrétien, le pasteur de Pury incarne, porté par un grand talent littéraire et d’orateur, ce que fut la Résistance spirituelle, dans une ville où elle fut particulièrement active. Animateur avec le père Chaillet, des Amitiés Chrétiennes, dont les présidents d’honneur étaient le cardinal Gerlier et le pasteur Boegner, il travailla aussi avec la Cimade, notamment pour organiser des filières d’évasion vers le Chambon-sur-Lignon et vers la Suisse. Rien de tout cela n’aurait été possible sans Jacqueline. Nous ne savons pas quelle était son influence sur la rédaction des textes du pasteur. Mais nous savons qu’elle était la grande organisatrice et de l’accueil de réfugiés au presbytère des pentes de la Croix-Rousse, et des filières d’évasion. Leur fils, Pascal de Pury, se souvient (2014) : « En 1942-43, il pouvait y avoir jusqu’à 30 personnes qui logeaient au presbytère, 30 montée de la Boucle, pour quelques jours, quelques semaines ou quelques mois ; de la cave au grenier et même au jardin quand il n’y avait plus de place dans les chambres. La table de la salle à manger avait toujours toutes ses rallonges et il fallait parfois un deuxième service. L’intendance reposait sur notre mère, qui coordonnait toutes les bonnes volontés pour le ravitaillement et les travaux de cuisine et de ménage. La maison était une ruche : les parents nous présentaient tout ce monde comme des amis de passage et nous ont tenu pendant toute la guerre dans une ignorance prudente, d’où pour nous une grande sérénité, et pour la maisonnée refuge, le plus de sécurité possible. » Roland de Pury fut arrêté le 30 mai 1943 durant le Culte, et conduit à Montluc. Malgré les interventions du pasteur Boegner et du cardinal Gerlier, il ne put être libéré. Il ne fut sauvé que par sa nationalité suisse, par l’intervention du consul de Suisse à Lyon, et par le désir des nazis de récupérer des espions du Reich arrêtés en Suisse. Pendant son absence, Jacqueline resta très active pour gérer le refuge du presbytère, et orienter les réfugiés vers des caches plus sûres. Elle rejoignit Roland en Suisse après sa libération fin octobre 1943, en suivant la filière clandestine que bien de ses protégés avaient utilisée. Jacqueline et Roland de Pury revinrent à Lyon après la libération, à l’automne 1944. Ils se firent missionnaires dans les années 1960-1970, notamment à Madagascar. Leur action à Lyon placée sous la férule de Vichy de juillet 1940 à novembre 1942, puis sous l’occupation nazie, est remarquable à quatre titres au moins : le refus de la défaite d’un pays qui n’était pas le leur mais qu’ils aimaient parce qu’ils voyaient en lui la patrie des Droits de l’homme ; un très grand sens de la Justice ; le respect de toutes les différences et le refus de tout racisme ; le culte de la liberté. Il nota dans son Journal de cellule rédigé à Montluc avec des bouts de crayons : « Ah ! Tu me fais durement saisir que c’est là justement tout le problème de notre destinée : esclavage ou liberté ». ; Marqués par le grand théologien suisse Karl Barth, ils ont formé à partir de 1931, un couple fusionnel, partageant tout, et surtout un courage infini face aux dangers. Jacqueline fut « le grand amour impérieux » de Roland, selon l’un de leurs amis. Parents de huit enfants, ils auraient pourtant eu bien des raisons de rechercher la tranquillité. Il n’en a rien été. Ils méritent bien de la Ville de Lyon.

puce Contact puce Espace rédacteurs puce squelette puce RSS puce Valid XHTML 1.0 Strict
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V2
Version :