08 juin 2017 - Discours en l’honneur des Combattants d’Indochine Jardin du Combattant d’Indochine - Lyon, 8° arrondissement
Article mis en ligne le 8 juin 2017 par Jean-Dominique DURAND
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Madame la Représentante de Monsieur le Préfet de Région, Préfet du Rhône, Madame et Messieurs les Parlementaires, Madame la représentante du Président du Conseil régional, Monsieur le Maire du 8° arrondissement, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le représentant du Général, Gouverneur militaire, Monsieur le représentant du Général commandant de la Région de Gendarmerie, Madame, Messieurs les Consuls, Madame la Directrice Départementale de l’ONACVG, Messieurs les représentants des Autorités militaires, Mesdames et Messieurs les représentants de l’Éducation Nationale, Mesdames et Messieurs les Présidents des Associations d’Anciens combattants, Monsieur le Président du Comité de Liaison, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Chers Anciens combattants en Indochine, cher Général Brun, cher Roger Dague, Bien chers élèves,

Chaque 8 juin, nous nous retrouvons en ce Jardin du Combattant d’Indochine que la Ville de Lyon, et plus particulièrement la Mairie du 8° arrondissement, a voulu dénommer en l’honneur des combattants en Indochine. Nous savons combien le 8° arrondissement est attentif aux questions de mémoire, et je salue tout particulièrement son maire, Christian Coulon, ses adjoints et je remercie Franck Lévy et Alain Devornique pour leur implication.

La Journée nationale d’hommage aux Morts pour la France en Indochine, a été instituée par décret le 26 mai 2005, et fixée au 8 juin jour anniversaire du transfert de la dépouille du Soldat inconnu de la guerre d’Indochine, le 8 juin 1980, à la Nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette près de Lens, au cours d’une cérémonie impressionnante. Depuis lors cette Journée est, parmi les Journées nationales et les commémorations qui s’échelonnent tout au long de l’année, l’une des plus émouvantes. Chaque année je ressens la même émotion, et c’est un honneur pour moi d’apporter à ceux qui ont combattu en Indochine, dans le souvenir des disparus, le salut respectueux de la Ville de Lyon au nom de Gérard Collomb, Sénateur-Maire de Lyon, Président de la Métropole, Ministre de l’Intérieur.

Les combattants en Indochine ont affronté une guerre difficile, cruelle et douloureuse. Beaucoup d’entre eux avaient connu également les combats de la Guerre mondiale et de la Résistance en Métropole, et pour certains, les camps de concentration nazis. Dès 1946, un nouveau conflit éclata en Indochine. Ce territoire français à l’issue d’une occupation japonaise cruelle, qui avait déstabilisé l’administration française, aspirait lui aussi à la paix. Mais dès le départ des japonais, des revendications nationalistes s’affirmèrent, portées notamment par le Parti communiste indochinois dirigé par Hô Chi Minh. L’incapacité des gouvernements français lointains et instables à mesurer le poids de ces revendications, l’affirmation du communisme en Chine, la Guerre froide et la Guerre de Corée, ont ouvert la voie à une guerre longue, dont le début officiel est daté de novembre 1946, et la fin de juillet 1954. En ces années où nous commémorons le centenaire de la Première Guerre mondiale où nous célébrons l’héroïsme et le sacrifice des Poilus, nous devons aussi porter dans nos mémoires et dans nos cœurs, les soldats de l’Indochine, qui combattirent dans des conditions souvent effroyables : enfoncés dans l’eau des rizières et des marécages, traquant un ennemi invisible et mouvant dans la jungle, sur un relief difficile à maîtriser, en souffrant de la chaleur humide. Certains noms jalonnent le souvenir de ces combats : Cao Bang, Dong Khe, Na San, Dong Trieu, Hoa Binh, et bien sûr Diên Biên Phu. Cette terrible bataille de 57 jours reste le symbole à la fois de l’acharnement, du courage, de l’abnégation comme en témoigne l’action de l’infirmière Geneviève de Galard auprès des blessés. Plus de 3.400 hommes y furent tués. A la violence des combats s’ajoutèrent pour beaucoup l’inhumanité des camps de prisonniers du Viet Minh qui étaient absolument atroces. Ils valaient à bien des égards les camps de concentration nazis. 75% de nos soldats y périrent de mauvais traitements au mépris des règles établies par la Convention de Genève. Les témoignages des survivants, dont certains ont écrit des ouvrages importants, comme Amédée Thévenet avec son Mourir pour l’Indochine. Carnets de guerre et de captivité sont corroborés par les archives historiques. Parmi ces dernières, les archives du Comité International de la Croix Rouge à Genève, donnent des descriptions hallucinantes. Inimaginables furent les souffrances infligées à nos soldats : le travail forcé, les privations, les sévices en tous genres, complétés par la « rééducation » politique c’est-à-dire un invraisemblable lavage de cerveau marxiste-maoïste. Je signale aussi l’ouvrage Les chemins de Diên Biên Phu de franck Mirmont et Heinrich Bauer (2015), dont l’un des protagonistes est Bernard Ledogar, récemment disparu. Il faut se souvenir aussi des souffrances morales, qui marquèrent à jamais de nombreux combattants, qu’il s’agisse de l’abandon à un sort tragique des soldats indochinois et de villages fidèles à la France, annonciateur de l’abandon des harkis à la fin de la Guerre d’Algérie, ou du retour difficile en Métropole de soldats qui avaient tout donné à la Patrie, mais qui furent accueillis d’une manière infâme par certaines parties de la population française.

Telle est l’histoire, dont la Commémoration d’aujourd’hui entend se faire l’écho. Il ne s’agit pas de vivre tournés vers le passé, dans le souvenir des douleurs et dans la rancune. Mais de comprendre ce qui s’est passé, sur le double plan de la décision politique et de la stratégie militaire afin d’en tirer toutes les leçons pour notre temps. Il s’agit de saluer les valeurs du courage, de la solidarité, de la fidélité. Ces valeurs sont toujours portées en avant par plusieurs associations, qu’il s’agisse de l’ANAI ou de l’ANAPI, qui font de la promotion des liens entre la France, le Viet Nam, le Cambodge et le Laos, une priorité, à travers notamment le soutien à des écoles et à la diffusion de la langue française, mais aussi l’aide apportée aux étudiants vietnamiens de Lyon. Il faut du courage pour se battre, pour supporter les épreuves de la guerre ; il en faut aussi beaucoup pour construire la Paix. J’ai entendu le regretté et admirable Amédée Thévenet. Il parlait de son absence de haine pour ses geoliers et de sa volonté de construire un chemin de paix. Je me souviens de Claude-Pierre François, longtemps président de l’Association Nationale des Anciens et Amis de l’Indochine. Lui aussi incarnait une belle volonté de réconciliation afin de construire une paix durable. Je salue la mémoire de Bernard Ledogar, ancien de Diên Biên Phu, prisonnier l’un des piliers de l’ANAPI.

Je suis toujours frappé par la force qui émane des anciens de l’Indochine dont beaucoup surmontent les stigmates du passé pour regarder devant eux avec un courage toujours égal : il faut du courage pour se battre, pour supporter les épreuves de la guerre ; il en faut aussi beaucoup pour construire la Paix. Tel est le sens profond de nos commémorations : ne pas oublier les sacrifices et transmettre les vertus de la démocratie et de la liberté pour lesquelles les soldats se sont battus en Indochine, et en même temps, reconstruire, développer, réconcilier, bâtir la paix.

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