L’ouverture des archives du pontificat de Pie XII
Article mis en ligne le 6 mars 2019 par Jean-Dominique DURAND
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Le pape François a annoncé le 4 mars 2019, à l’occasion du 80° anniversaire de l’élection au pontificat de Pie XII, l’ouverture pour la recherche historique des archives de ce pontificat très important, qui couvre les années de la Deuxième Guerre mondiale et les années de reconstruction du monde, guerre froide et début de la décolonisation, de 1939 à 1958. L’ouverture sera effective à partir du 2 mars 2020. La règle au Vatican, est de respecter un délai de 70 ans avant l’ouverture des archives, et de les ouvrir non pas année après année, mais globalement par pontificat. Jean-Paul II avait ainsi ouvert d’un seul coup les pontificats de Pie X (1903-1914) et Benoît XV (1914-1922) et Benoît XVI, celui de Pie XI (1922-1939). François aurait pu attendre 2028, 70 ans après la fin du pontificat de Pie XII, pour ouvrir ce pontificat. Dans une volonté de transparence, et en pensant que l’Église n’a rien à craindre de la recherche historique, le pape a fait un geste important pour la connaissance historique, rigoureuse d’un pape dont la mémoire a subi de nombreuses attaques, notamment pour son attitude durant la guerre et face à la persécution des juifs. De rudes polémiques ont eu lieu, relayées par le théâtre (la pièce Le Vicaire de Rolf Hochhuth, 1963), le cinéma (Amen de Costa Gavras, 2002) ou des livres à scandale (Hitler’s Pope de John Cornwell, 1999). Il s’agissait de construire autour de Pie XII une légende noire, en en faisant au pire un antisémite complice des nazis, au mieux un indifférent au sort des juifs. Ces productions ont trouvé le relais complaisant de médias toujours friands de scandales dès lors qu’il s’agit du Vatican.

En réalité, on connaît bien le rôle de Pie XII grâce à de nombreux travaux historiques sérieux élaborés par de vrais historiens dans de nombreux pays. On peut citer notamment de Philippe Chenaux, Pie XII, diplomate et pasteur, publié aux Éditions du Cerf en 2003. On connaît plutôt bien l’action de Pie XII durant la guerre, malgré la fermeture officielle des archives, pour deux raisons : d’une part parce que le Vatican lui-même a publié un grand nombre de documents issus de ses archives : 11 volumes publiés entre 1965 et 1981 ; d’autre part du fait de l’ouverture des archives des États belligérants ou neutres qui étaient en relation avec le Saint-Siège, et celles d’organismes internationaux comme la Croix-Rouge Internationale. L’ouverture des archives permettra sans doute de préciser certains points encore méconnus, et de mettre fin aux polémiques inutiles, de clore les rumeurs. On ne peut donc que se réjouir de la décision de François.

Cette ouverture permettra surtout de mieux connaître les années 1945-1958 de ce pontificat : le magistère pontifical, ses aspects doctrinaux, ses encycliques, la proclamation du dogme de l’Assomption en 1950, ou encore la réflexion sur un futur concile œcuménique (qui sera convoqué par le successeur de Pie XII, Jean XXIII en 1959), le rôle international du Saint-Siège alors que monte l’aspiration à l’indépendance des peuples colonisés dans un climat de tension permanente Est-Ouest, et qu’une Europe nouvelle se construit. Un énorme travail attend les historiens, avec cet objectif que leur indiquait dès 1883 le pape Léon XIII qui avait voulu le premier ouvrir les archives vaticanes à la recherche historique : « Les hommes documentés et compétents en ces matières, doivent se consacrer avec conviction à écrire des textes d’histoire avec l’objectif précis de faire apparaître ce qui est authentiquement vrai et de réfuter les injures criminelles qui depuis trop longtemps ont été accumulées contre les Pontifes romains. A la narration sommaire, que l’on oppose la peine de l’enquête et la réflexion ; à la témérité des affirmations, la prudence du jugement ; à la légèreté des préjugés, le choix approfondi des faits. Que de toute force, soient réfutées toutes les faussetés et les inventions, en s’appuyant sur les sources des événements. » François ne dit pas autre chose : « La recherche sérieuse et objective saura évaluer dans leur juste lumière, avec une critique appropriée, les moments d’exaltation de ce pape et sans doute aussi les moments de graves difficultés ».

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