27 mai 2019 : Discours pour la Journée Nationale de la Résistance - Montluc
Article mis en ligne le 29 mai 2019 par Jean-Dominique DURAND
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Monsieur le Monsieur le Préfet de Région, Préfet du Rhône, Madame la Députée, Anne Brugnera, Monsieur le vice-président de la Région, représentant le Président, Philippe Meunier, Madame la vice-présidente de la Métropole, représentant le Président, Myriam Picot, Madame la Maire du 3° arrondissement, Catherine Panassier, Mesdames et Messieurs les élus, chère Maud Roy, adjointe à la Mémoire, Madame la Rectrice d’Académie, Monsieur le Général commandant la Région de Gendarmerie Auvergne – Rhône-Alpes, Messieurs les officiers, Monsieur le Consul Général d’Allemagne, Mesdames et Messieurs les Consuls, Monsieur le Président de l’ANACR, cher Roger Gay, Mesdames et Messieurs les représentants des Associations d’Anciens combattants, Monsieur le représentant du Président de l’Université Jean Moulin – Lyon 3, Messieurs les Présidents des ordres nationaux, Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs, Chers élèves et enseignants, je salue notamment Emma Renard, lauréate du Concours national de la Résistance et de la Déportation,

La loi du 19 juillet 2013 a institué la Journée nationale de la Résistance, en lui donnant une vocation pédagogique forte. Elle a été fixée au 27 mai. Nous avons été pionniers à Lyon pour saluer la Résistance en ce jour majeur de son histoire, grâce à l’ANACR, cher Roger Gay, qui depuis de nombreuses années déjà rend hommage ici, devant la stèle du Fort de Montluc et la fresque Jean Moulin, à celui qui sut unifier la Résistance française. Le 27 mai 1943, fut fondé en effet le Conseil National de la Résistance, qui réunit pour la première fois, huit mouvements de Résistance, deux syndicats et six partis politiques. Jean Moulin avait dépensé une énergie peu commune pour rassembler sous la bannière du général de Gaulle et de la France Libre, des organisations diverses, à l’histoire et à la culture politique très différentes. C’était une gageure. Il y est parvenu. Il était parvenu à unir la France résistante, et il avait créé une œuvre durable, malgré son arrestation à Caluire, moins d’un mois plus tard. En effet, non seulement le Conseil National de la Résistance a su organiser le combat unitaire, mais il a su aussi se projeter dans l’avenir. Il a su organiser une vraie réflexion sur le futur d’un pays qui serait à reconstruire entièrement, sur tous les plans, politique, économique, social, spirituel, le fameux Programme du CNR. Les résistants lyonnais se sont montrés pionniers aussi en organisant chaque année une Journée départementale de la Résistance. Elle a été pensée et mise en œuvre par deux résistants déportés, Robert Vallon et Robert Namiand, en 1967, 46 ans avant que la loi de 2013 n’institue une Journée nationale. Cette Journée a la particularité de se dérouler dans les communes du Département et de la Métropole, et pas seulement à Lyon. Elle permet de faire mémoire d’événements héroïques et de personnalités trop souvent oubliés des grandes cérémonies. Cette Journée a été longtemps placée au plus près du 21 juin, anniversaire de l’arrestation de Jean Moulin ; elle a été avancée au dimanche le plus proche du 27 mai. Ces Journées ont toutes les deux une forte vocation pédagogique, C’est pourquoi nous avons souhaité rassembler sur la même journée plusieurs événements afin de donner à cette Journée une forte visibilité, dans une coopération dynamique entre la Ville, l’État et les Associations. Ainsi cette cérémonie se poursuivra-t-elle dans un instant dans la prison de Montluc, centre de la répression nazie, puis cet après-midi en Préfecture, pour la remise des prix du Concours national de la Résistance et de la Déportation. Précisément, l’un des moyens dont nous disposons pour transmettre la mémoire et l’histoire des sombres années 1939-1940, est le Concours National de la Résistance et de la Déportation, dont le thème en 2019 était « Répression et déportation en France et en Europe. Espaces et histoire ». Cette thématique correspond bien à ce que Lyon vécut en cette période. Relisons le discours que le général de Gaulle prononça le 14 septembre 1944, du balcon de l’Hôtel de Ville, s’adressant à la foule amassée place des Terreaux : « Comment dire à Lyon toute l’émotion, toute la gratitude que je ressens dans cette capitale gauloise qui fut ensuite la capitale de la Résistance française et qui est aujourd’hui une très grande ville de notre France couverte de blessures, éclatante dans son honneur et emportée par son espérance. Je dis : couverte de blessures. Pour moi qui vous rends visite à Lyon aujourd’hui, cela éclate aux yeux et au cœur. Nous savons combien de nobles victimes ont été frappées dans votre ville par l’ennemi et quelquefois par les usurpateurs. Je dis : l’honneur de Lyon. Voyons, il suffit qu’on regarde pour savoir de source sûre que ce peuple immense que vous êtes n’a jamais accepté la défaite. Il n’a jamais cru qu’elle était définitive. Il n’a jamais cru que la France était autre chose qu’une grande nation […]. Je dis : l’espérance de Lyon. L’espérance de Lyon, c’est l’espérance de la France. Ah ! Nous avons bien souffert. Vous tous que je vois, combien d’angoisses, combien de douleurs, combien de deuils, combien de larmes représentez-vous pour le service de la France. Eh bien ! L’espérance de Lyon, qui est celle de la patrie, c’est que toutes ces épreuves-là n’aient pas été supportées en vain. Il faut qu’au moins cette fois, après avoir tant souffert, tant lutté, et demain, et demain, après avoir vaincu, au moins cette fois il faut que cela serve à quelque chose. L’espérance de Lyon, c’est celle de tous les fils, de toutes les filles de France, c’est un avenir meilleur. » Il est vrai que la Résistance à Lyon fut ample, diverse, impliquant des personnes de toutes générations, de toutes origines sociales, des ouvriers, des intellectuels, des étudiants, des patrons, des syndicalistes, des journalistes ; des résistants de toutes origines politiques, des communistes et des chrétiens, et des personnes venues de la droite, et même de diverses origines nationales avec la participation de nombreux étrangers. Cette Résistance lyonnaise fut spirituelle avec les jésuites de Fourvière et le pasteur de Pury, de solidarité dont témoignent les réseaux de sauvetage des juifs avec l’abbé Glasberg et l’OSE. Elle fut une résistance fondée sur le renseignement destiné aux Alliés, sur l’information des populations rôle dévolu à la presse clandestine, pensons à Combat et à l’imprimerie de la rue Viala. Elle fut une Résistance organisée, structurée, grâce à l’action notamment de Jean Moulin. Elle fut une Résistance active, armée, nourrissant de nombreux maquis tout autour de la ville, elle fut une Résistance passive, faite de petits gestes quotidiens, ce que l’historien Jacques Sémelin appelle la « résistance civile ». Tout ceci a fait de Lyon une plaque tournante, plaque tournante du renseignement et de l’information, plaque tournante de l’entraide, de la protection des persécutés et de leur évacuation vers des lieux plus sécurisés, plaque tournante de l’organisation des mouvements de Résistance et de la réflexion sur l’après-guerre, Le décret du 26 novembre 1946, attribuant la Médaille de la Résistance française à la Ville de Lyon insiste sur ce point : « Ville héroïque, plaque tournante des réseaux et mouvements. Devint capitale de la Résistance par la volonté et l’abnégation de ses habitants. » Lyon fut aussi capitale de la répression. Lyon a connu bien des drames, des blessures, de l’arrestation de Jean Moulin le 21 juin 1943, à la destruction de l’imprimerie de la rue Viala le 17 juin 1944, ou l’exécution de cinq résistants le 27 juillet 1944, de la rafle de la rue Sainte-Catherine le 9 février 1943, à l’arrestation des enfants de la colonie d’Izieu et de leurs éducateurs. L’arrestation et la déportation des résistants, la chasse aux juifs, le sort des raflés pris au hasard dans les rues : Lyon a vu se déchaîner une répression féroce, organisée par la Gestapo et la Milice de Vichy. Les procès de Klaus Barbie en 1987 et de Paul Touvier en 1994, condamnés pour crimes contre l’humanité, ont révélé l’ampleur et l’organisation d’une répression conduite par la Gestapo et par les autorités de Vichy. Ces procès ont ouvert la voie à de nouvelles études historiques et à la mise en valeur par la Ville de Lyon et par l’État, de lieux emblématiques des souffrances endurées et des actes héroïques accomplis : la prison de Montluc, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, la Maison d’Izieu. La Ville a de nombreux lieux de recueillement, plaques et mémoriaux qui rappellent l’histoire de la répression et de la déportation. Le 8 avril 2019, le maire de Lyon, Gérard Collomb, a inauguré le nouveau mémorial dédié aux Enfants d’Izieu, installé au cœur de la cité, place Carnot. Parmi les monuments les plus emblématiques, le Veilleur de Pierre est le sanctuaire de la Résistance et de la Déportation. Ce monument livre des noms, de personnes et de lieux. Les noms des cinq résistants abattus le 27 juillet 1944, place Bellecour, afin de terroriser la population. Ils représentaient toute la diversité sociale et idéologique de la Résistance. On y lit les noms de lieux de massacre et de camps, dont les statuts étaient divers : d’internement, de concentration d’extermination,. Montluc, Saint-Genis Laval, Villeurbanne, Valence, Les Milles, Rivesaltes, Argelès, Le Vernet, Récébédou, Chambaran, Buchenwald, Natzweiler-Struthof, Mauthausen, Ravensbrück, Dachau, Bergen-Belsen, Chelmno, Treblinka, Auschwitz-Birkenau, Sobibor, Maïdanek, Belzec, Theresienstadt, Cross-Rosen, Ohrdruf, Sachsenhausen, Monowitz, Rawa-Ruska, Dora, … Et tant d’autres. Ils donnent une cartographie lyonnaise, rhodanienne, régionale, française, européenne de l’horreur nazie. « Passant, va dire au monde qu’ils sont morts pour la liberté », dit le Veilleur. Une répression féroce, atroce, n’est pas parvenue à briser la volonté et l’espérance de ceux qui se battaient. Même dans le fond des cachots et des camps, le corps torturé, brisé, mais l’esprit libre, ils ouvrirent la voie de la réconciliation, et de la construction d’un monde nouveau, une Europe démocratique et unie. Plus que jamais, en ce lendemain d’élections européennes aux résultats inquiétants, restons déterminés pour transmettre et faire vivre ce message et assumer cette responsabilité. Inscrivons-nous dans le sillage de Simone Veil, que nous venons d’entendre grâce aux élèves des Minimes. Elle a vécu le pire de la répression et elle fut, trente-quatre ans après la libération des camps, la première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel en 1979. Espérons que du Parlement élu hier, émerge une personnalité qui soit à sa hauteur. Quant à nous, simples citoyens français et européens, il nous revient de nous montrer déterminés et à la hauteur d’un tel exemple. Vive la République, vive la France, vive l’Europe.

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