21 mai 2019
Article mis en ligne le 29 mai 2019 par Jean-Dominique DURAND
Imprimer cet article logo imprimer {id_article}

Madame la Maire du 7° arrondissement, vice-présidente de la Métropole, chère Myriam Picot, Monsieur l’adjoint au Maire du 7° arrondissement, cher Eddy Acacia, Madame la Consule d’Allemagne, Monsieur le Consul général d’Italie, Monsieur le Président de l’Amicale des Anciens d’Olida, cher Monsieur Drevet, Madame la Directrice du CHRD, chère Isabelle Rivé, Monsieur le Secrétaire du Musée d’Histoire militaire, cher colonel André Mudler, Je salue Pierrick Chobeaux qui a agi avec efficacité pour préparer ce dévoilement, Mesdames et Messieurs,

Le vendredi 26 mai 1944, il faisait beau, la température était douce. C’était le printemps. Un printemps pesant néanmoins, avec une vie quotidienne toujours plus difficile, et une répression de la part des nazis toujours plus féroce et impitoyable. Le 6 avril, les hommes de Barbie avaient raflé 44 enfants juifs qui avaient trouvé refuge dans l’Ain, à Izieu. Ils furent enfermés à Montluc et partirent pour Auschwitz dès le lendemain. L’ancienne École de Santé militaire, avenue Berthelot, réquisitionnée par la gestapo, retentissait des cris des résistants torturés ; les prisons étaient pleines, des résistants, des raflés, des juifs y croupissaient dans des conditions indignes ; les convois vers Drancy puis les camps de la mort en Allemagne, se succédaient au départ de la gare de Perrache ; les jeunes étaient soumis aux exigences du Service du Travail Obligatoire en Allemagne, ce qui eut pour effet d’alimenter les maquis qui se développèrent à partir de l’automne 1943 ; mais un coup épouvantable fut porté le 26 mars 1944 à celui du plateau des Glières. En même temps, ce printemps portait beaucoup d’espoirs. Les Alliés avaient débarqué en Sicile en juillet 1943 et le gouvernement fasciste était tombé, l’Italie avait rompu son alliance avec l’Allemagne et demandé un armistice signé en septembre. En Afrique du Nord, les territoires français étaient libérés et placés sous l’autorité de la France Libre, et les Anglais avaient repris la main en Libye. A l’Est, après Stalingrad, l’Armée rouge ne cessait de progresser. Les français savaient que les Alliés préparaient un débarquement quelque part dans le Nord-Ouest et aussi sans doute dans le Sud. Occupés et soumis à un gouvernement de collaboration inique, ils savaient que la défaite de l’Allemagne était inéluctable. Chacun savait aussi que ce serait long, que la guerre serait encore cruelle. La cruauté tomba du ciel ce 26 mai entre 10h43 et 11h05. L’horloge de la mairie du 7°, touchée, s’arrêta 10h50. 247 tonnes de bombes de 250 et 500 kilos furent lâchées sur le quartier où nous nous trouvons, selon la technique du Carpet Bombing. L’objectif était de détruire les installations ferroviaires et les gares de triage de Perrache, Lyon-Guillotière et Vénissieux. L’autre grand objectif était la gare de Vaise qui reçut 248 tonnes de bombes. Plus de 700 avions participèrent à l’opération. Appartenant à l’US Air Force, ils étaient partis d’une base en Italie du Sud. Ils arrivèrent par vagues de 25 à 30 appareils. Ces bombes larguées d’une altitude de plus de 4.000 mètres firent de gros dégâts matériels et humains, mais sans toucher efficacement les objectifs. Les avions volaient trop hauts, la précision était faible. Le nombre des victimes fut considérable. 717 morts, des milliers de blessés. Des hommes, des femmes, de nombreux enfants. Parmi eux, 68 personne à l’entreprise Olida à Gerland, piégés dans un abri qu’ils croyaient sûr, mais qui ne résista pas à des bombes qui pouvaient percer des murs de plus de 50 centimètres d’épaisseur. Les quartiers jouxtant les gares furent sévèrement touchés et durablement désorganisés, d’autant plus des bombes à retardement avaient été également larguées. De nombreuses usines furent rendues inutilisables, ainsi que des habitations : une partie du quartier de Vaise, la place Jean Macé, l’avenue Berthelot sur environ trois kilomètres, Moulin à Vent, le Grand Trou, les églises de l’Annonciade à Vaise, Saint-Michel sur l’avenue Berthelot. L’École de Santé militaire fut détruite, ce qui obligea la gestapo à se transférer place Bellecour. La cruauté vient aussi du fait que les bombes venaient de nos alliés, qu’elles étaient destinées à préparer la libération de notre pays en désorganisant les transports de l’occupant et sa capacité à se porter rapidement vers les zones du débarquement. Evidemment les nazis et le gouvernement de Vichy instrumentalisa les victimes de ces bombardements. Le maréchal Pétain fit même le déplacement à Lyon le 5 juin, afin de stigmatiser les Alliés. Ceci explique les difficultés que l’on a pu avoir dans le passé pour commémorer ces tragiques événements. Il n’est pas facile d’être tué ou blessé par vos propres amis, chargés de vous libérer. La Résistance fut elle aussi très critique, sans pouvoir rendre publique son opposition à ce type d’action. Alban Vistel adressa à Alger un télégramme de protestation, mais il ne fut pas autorisé à le rendre publique. Il m’a semblé nécessaire, en ce 75° anniversaire de ce drame vécu par des milliers de nos concitoyens, des débarquements en Normandie et en Provence, et de la Libération de notre Ville, de répondre à la demande de l’Amicale des Anciens d’Olida, relayée par Monsieur Raymond Drevet, et de Madame Myriam Picot, Maire du 7° arrondissement, il est temps de prendre de la hauteur pour comprendre ce qui s’est passé, et exprimer la compassion de la Ville pour les victimes jamais bien reconnues. Alors en ces temps où nous voyons à nouveau les nationalismes se renforcer et menacer l’Europe et la paix que la construction de l’Union Européenne garantit depuis près de 70 ans, alors que la guerre ravage tant de pays dans le monde, que notre armée est engagée sur des territoires extérieurs, je propose de méditer ces paroles prononcées par le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, devant près de 400 cercueils réunis place Saint-Jean : « Pourquoi tant de sang brutalement versé. Notre raison se déconcerte devant une telle régression de l’humanité. »

Dans la même rubrique :

25 mars 2017 : Discours à l’occasion des 60 ans de la mort d’Édouard Herriot 1957-2017 Square Jussieu, Lyon 3°
le 29 mai 2019
par Jean-Dominique DURAND
27 mai 2019 : Discours pour la Journée Nationale de la Résistance - Montluc
le 29 mai 2019
par Jean-Dominique DURAND
16 juillet 2017 : Discours à l’occasion de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France
le 16 juillet 2017
par Jean-Dominique DURAND
23 juin 2017 : Discours à l’occasion du dévoilement d’une plaque en l’honneur de musiciens victimes de la barbarie nazie
le 23 juin 2017
par Jean-Dominique DURAND
15 juin 2017 - Allocution à l’occasion de la remise du Prix Gilbert Dru de la LICRA Rhône-Alpes - CHRD
le 15 juin 2017
par Jean-Dominique DURAND
08 juin 2017 - Discours en l’honneur des Combattants d’Indochine Jardin du Combattant d’Indochine - Lyon, 8° arrondissement
le 8 juin 2017
par Jean-Dominique DURAND
29 janvier 2017 : Discours à l’occasion du 72° anniversaire de la Libération des camps nazis Veilleur de Pierre
le 29 janvier 2017
par Jean-Dominique DURAND
06 octobre 2016 : Discours à l’occasion du Congrès national de l’Association des membres de la Légion d’Honneur décorés au péril de leur vie - Hôtel de Ville de Lyon
le 6 octobre 2016
par Jean-Dominique DURAND
13 septembre 2016 : Discours à l’occasion du dévoilement d’une nouvelle plaque mémorielle Prison Saint-Paul / Université Catholique de Lyon
le 13 septembre 2016
par Jean-Dominique DURAND
13 septembre 2016 : Discours à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Regards sur la Grande Guerre 1914-1919 - Salle Edmond Locard
le 13 septembre 2016
par Jean-Dominique DURAND
puce Contact puce Espace rédacteurs puce squelette puce RSS puce Valid XHTML 1.0 Strict
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V2
Version :